Le parcours du militant politique ou la métaphore de la libellule

Savez-vous comment naissent les libellules ?* La femelle pond ses œufs dans un cours d’eau. Les larves s’y développent au fond devenant de vrais prédateurs aquatiques. A ce stade, l’animal est bien loin de la superbe libellule colorée qui émerveille petits et grands lors des pique-nique printaniers. C’est une larve terne et moche qui s’alimente de vers et de têtards. Au bout de quelques temps, elle quitte la profondeur du ruisseau en grimpant le long d’un végétal. Elle se fixe hors de l’eau et commence sa transformation. L’enveloppe de l’insecte se fissure et au bout d’une heure, la libellule s’extrait abandonnant-là son « cadavre larvaire ».

libellule-larve2En politique, les libellules sont rares. Cela ressemble bien souvent à un nid de guêpes où les belles idées se confrontent à des égos qui grattent. Et qui s’y frotte, s’y pique ! Ce qui devrait être des débats d’idées de fonds se transforment en jeu de personnes se jugeant sur la forme. C’est que beaucoup n’ont pas procéder à leur mue salutaire.

Le gauche-washing du PS

D’autres ont fait la mue inverse : partant d’idées nobles de justice sociale et d’égalité, ils sont de farouches défenseurs de la « concurrence libre et non faussée » et de la « réduction des déficits ». Un bien bel exemple a été extrait cette semaine du marigot médiatique : Martine Aubry. Nous ne portons ici aucun jugement sur la personne ni sur son action politique mais analysons son discours. La « dame des 35 heures » est souvent présentée comme la gauche du parti dit « socialiste ». Effectivement, au PS le socialisme est en état de mort cérébral et cette gauche du parti  reste au chevet du mourant croyant qu’il reviendra à la vie.

Mais Martine Aubry mue. Ainsi, elle confie au Journal du Dimanche que « la question n’est pas de renoncer à réduire les déficits », avouant le lendemain sur France Inter qu’Hollande, sur cette question, ne se débrouille pas si mal. Elle est dans l’axe de la social-démocratie qui ne renie pas le marché mais souhaite mettre quelques sparadraps ici ou là alors que la plaie est béante. Sur ces ambitions personnelles, elle se dit,dans son parti, « candidate… au débat d’idées ». Avec Valls, Macron, Rebsamen et compagnie, les idées au PS sont claires et le débat inexistant. libellule-yeux2

Le rôle conscient ou inconscient de Martine Aubry est simple : c’est l’opération gauche-washing du PS. Tout comme le capitalisme a inventé le greenwashing, qui est « une présentation déformée des faits et de la vérité, dans le but d’apparaître socialement et/ou environnementalement responsable aux yeux d’un public ciblé », le PS mène sa campagne de gauche-washing pour laisser croire qu’il est encore attaché aux idéaux de gauche. De Jaurès à Cambadélis, la mue idéologique s’est opérée depuis bien longtemps.

Extrême gauche ? Non, écosocialiste !

Dans tous nos partis, nous sommes confrontés à cela : le bagage idéologique de chacun-e qui influence l’action politique. Nous sommes toujours surpris quand nous parlons avec des plus vieux car à une époque les cadres étaient clairs : trotskiste, communiste, socialiste ou encore maoïste, espèce qui semble disparue, tout le monde se référait à une doctrine précise. Personnellement, nous ne comprenons pas certaines nuances et pour les différencier il semblerait qu’il faille être doctorant en politique de gauche de la gauche française.

Sans moquer celles et ceux qui ont appartenu à ces schémas de pensée et qui ont été à l’origine de luttes et de conquêtes sociales, il faut bien dire que ça ne fait plus trop sens aujourd’hui. Et les actions politiques qui en ressortent sont tellement cadrées qu’un seul mot nous vient à la bouche : stalinisme. Il leur faudrait grimper petit à petit pour sortir la tête de l’eau et abandonné leur « cadavre larvaire » pour arriver à penser autrement la politique.

Et notre positionnement dans tout ça ? « Extrême gauche » pour les uns, « gauchiste » pour les autres, notre dénomination politique n’est pas chose aisée. Alors nous répondons « écosocialiste ». Parfois, ça fait tiquer. Souvent, ça fait marrer. Mais,une chose est sûre, nous croyons fermement que c’est la seule doctrine capable de rassembler les différents courants de pensée et de proposer une perspective commune. L’action politique qui en découle est alors forcément ouverte et collaborative. C’est notre conviction la plus profonde. Mais, là, ne nous pensons-nous pas déjà libellule alors que nous ne sommes que larve ?

 

* « Chroniques de libellules – Histoires de guêpes » – Réalisation : Jean-Philippe Macchioni, Aster, France

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