Il va y avoir du sport… business !

L’actualité joue parfois sur le terrain de l’ironie ! Ainsi, la dernière Coupe Davis qui s’est tenue avec les équipes nationales s’affrontant pour remporter le prestigieux saladier d’argent, faisait un sacré écho à l’actualité politico-économique. En France, certains joueurs ont, en effet, la nationalité atypique. A l’instar de Jo-Wilfried Tsonga, connu pour ses prestations publicitaires Kinder Bueno, et Richard Gasquet, fierté tennistique du Languedoc-Roussillon pour être né à Béziers. Ces deux-là savent-ils encore où ils habitent ? S’ils représentaient bien la France, de nationalité officielle ils ont depuis fort longtemps préféré la Suisse. Ce qui ne les a pas empêché d’être décorés de l’Ordre national du Mérite en 2013 par le feu gouvernement Ayrault. C’est qu’il faut en avoir du mérite pour jouer sous les couleurs du pays où, à leurs yeux, ils payaient trop d’impôts ! Seul Roger Federer méritait finalement de gagner la Coupe Davis 2014. Ce Suisse d’origine reverse même sa prime de 2.5 millions d’euros au staff helvétique. Peu de choses à côté des 7,5 millions de dollars récoltés sur le circuit ATP cette saison. Ce à quoi il faut ajouter ses contrats publicitaires. coupedavis-trophee

« Dans le sport, nous devons choisir entre deux conceptions :
– la première se résume dans le sport spectacle et la pratique restreinte à un nombre relativement petit de privilégiés,
– selon la seconde conception, tout en ne négligeant pas le côté spectacle et la création du champion, c’est du côté des grandes masses qu’il faut porter le plus grand effort.
Nous voulons que l’ouvrier, le paysan et le chômeur trouvent dans le loisir la joie de vivre et le sens de leur dignité. » C’est ainsi que Léo Lagrange résumait sa vision du sport dans son discours du 10 juin 1936. En 2014, cette vision du sous-secrétaire aux sports et à l’organisation des loisirs du Front populaire semble définitivement bannie des terrains au profit du sport-business. A moins que…

Une règle : le fairplay

Hier soir à Montpellier, dans les locaux d’Insport, un complexe de football en salle où vous pouvez jouer dans les conditions d’un match professionnel, se tenait le séminaire de Majestee. Samir et Mohamed, tous deux trentenaires, ont crée il y a un an leur entreprise d’équipement sportif pour les clubs de sport semi-professionnel. Majestee habille petits et grands dans ces clubs où subsistent encore une vraie vision du sport, ferment du vivre-ensemble où les valeurs humaines se propagent au moyen d’un ballon qu’il soit rond ou ovale, d’une balle, etc. Chez Majestee, on revient à l’essentiel des valeurs : le fairplay. Au séminaire étaient invités les responsables de clubs, des joueurs et tous ceux qui composent la galaxie Majestee. Les clubs ont reçu des mains de Samir les fanions du respect. Ils seront ensuite distribués aux capitaines qui les remettront à leur tour à l’équipe adverse. Sur ces fanions sont résumées les règles de respect pour qu’un match se passe dans les meilleures conditions.

Majestee

Après une présentation du déroulé de la soirée, Rani passe la parole à Samir. Il rappelle l’histoire du projet pensé il y a dix ans sur les bancs de Richter, la faculté d’économie de Montpellier. Samir n’en parlera pas ce soir mais il a évolué depuis son enfance dans les clubs de football de La Paillade. Passionné par le textile sportif, il a toujours voulu créer son entreprise. Après un bac +5, il fera de tous les métiers : bâtiment, vente, etc. Sur les terrains de football, il a vu l’évolution du sport et la violence gangrener les échanges . « Jamais on ne m’a fait de la prévention », se rappelle-t-il. Alors oui, c’est un chef d’entreprise qui fait du business dans le sport mais qui veut aussi véhiculer des valeurs.

La foot-industrie

Dans le sport en général et le football en particulier, les valeurs ont effectivement glissé à mesure que s’installait le système libéral. L’équipe de Saint-Etienne est assez emblématique de cette dérive comme l’expliquent justement Antoine Dumini et François Ruffin dans « Comment ils nous ont volé le football » (1). « La « fièvre verte » qui saisit la France dans ces années 70, l’adulation qui entoure les Rocheteau, Curkovic, Revelli, Sarramagna, Lacuesta, Lopez, Piazza, Repellini (…), les entreprises en profitent aussi. » L’équipe de « Sainté » devient même la tête de gondole d’un territoire. Ainsi, le directeur du Comité  départemental du tourisme de l’époque rêve « de renforcer l’attractivité de la ville minière ».

CVT_Comment-ils-nous-ont-vole-le-football_3612Les produits dérivés du « label Vert » fleurissent « jusqu’à l’hymne « Allez les Verts ». Le marketing footballistique naît alors. » Le foot-business est sur les rails. La transition demande des adaptations : le président du club, Roger Rocher écopera de trois ans de prison dont trente-deux mois avec sursis « pour une « caisse noire » de vingt millions de francs qui lui servait à garder de meilleurs joueurs. » L’argent-roi investi les terrains : « les ficelles d’une PME cèdent, quand le foot devient une grosse industrie. »

Lutte des clubs

Certes, l’argent coule dorénavant à flots pour les stars du sport bling-bling. Et, comme dans la société, les écarts se creusent entre les clubs professionnels qui sont pour certains cotés en bourse, et les clubs semi-professionnels qui, crise oblige, doivent se serrer les lacets. C’était l’objet d’une discussion que j’ai eu au séminaire de Majestee avec un grand gaillard. Il s’occupait d’un club de football australien, un sport quasi inconnu en France mêlant les règles du rugby et du football américain sur un immense terrain de cricket. Pendant deux ans, il a pris en charge la gestion et la logistique de cette petite entreprise. « Mais je n’arrivais plus à assurer correctement les entraînements et les matchs. J’ai dû arrêter surtout quand j’ai eu ma petite », m’explique-t-il.

Pendant deux ans, il a pourtant donné tout ce qu’il a pu avec un budget plus que limite. Il participait aussi  aux compétitions « mais je n’ai jamais pu faire la coupe du monde qui se passe en Australie. Tout compris, c’est 3 000 euros pour les trois semaines ! Peu de joueurs peuvent se le permettre. » Beaucoup de clubs, quelque soit leurs résultats, se retrouvent alors coincés par ce plafond de verre faute de budget.

On en revient là aux deux conceptions de Léo Lagrange : « le sport spectacle » où la pratique est réservée à « un nombre relativement petit de privilégiés » et la conception qui se tourne « du côté des grandes masses (là où) il faut porter le plus grand effort. » Loin des codes du sport business, les équipiers de Majestee en reviennent aux bases sur le terrain même des valeurs. Dans l’économie comme sur le terrain, c’est l’humain qui prime.

1- « Comment ils nous ont volé le football – La mondialisation racontée par le ballon », Fakir Editions – 6 euros

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