Gare à vous, ça déraille en Languedoc-Roussillon !

Ce n’est un secret pour personne, l’activité humaine a des conséquences directes et indirectes sur notre environnement. Nos comportements influent sur l’écosystème qui permet pourtant la vie humaine sur Terre. Il est vrai que les géants de l’agroalimentaire et autres multinationales font partie de ceux qui impactent le plus l’environnement. Dans le quotidien, nos habitudes alimentaires, nos façons de consommer, de nous chauffer ont aussi un impact. Nous nous concentrerons sur nos modes de déplacement. Changer nos manières de circuler est un passage obligé en matière de réduction de la pollution. Pour cela les énergies carbonées doivent être réduites et les transports en commun favorisés. C’est donc toute une société qu’il faut réinventer dont l’aspect social ne doit jamais être perdu de vue. Ces dernières semaines en Languedoc-Roussillon les événements concernant les transports ont été nombreux ! D’une subvention de l’Etat pour un tronçon de tramway à Montpellier à une manifestation en gare de Quillan en passant par l’arrivée proche des TER à un euro, ensemble, défrichons l’actu !

Drôle de subvention pour drôle de gare

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La gare Saint-Roch tout juste renovée. Crédit photo : Xavier Malafosse

Le 18 décembre dernier, Ségolène Royal, Ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, et Alain Vidalies, Secrétaire d’Etat chargé des Transports, ont accordé à la région Languedoc-Roussillon 27,8 millions d’euros de subventions pour quatre projets. Il s’agit de deux lignes de bus à Nîmes, une ligne de bus à Perpignan et une extension de la ligne 1 de tramway à Montpellier jusqu’à la future « gare Montpellier-Sud de France » (aussi appelée gare de La Mogère). Pour ce dernier, l’Etat finance à hauteur de 3,9 millions d’euros sur un total de 40 millions. Loin d’être une aide colossale, il s’agit surtout d’un choix qui interpelle de la part du ministère de l’Ecologie et Développement durable.

L’Etat ne trouve rien de mieux à faire que de subventionner un tronçon « pour aller d’un centre-ville vers nulle part », commente un internaute sur midilibre.frEn effet ce nouveau tronçon d’1,3 km de tramway franchissant la LGV, l’autoroute A9 actuelle et son déplacement n’a d’autre but que la desserte d’une seconde gare. Nous en avions déjà parlé dans ce blog. C‘est le profil type du grand projet inutile : doublon de la gare du centre ville qui vient d’être rénovée et loin d’être saturée, située en zone inondable, au cœur de la dernière parcelle agricole reliant Montpellier au littoral et foyer d’une précieuse biodiversité locale. Les raisons ne manquent donc pas pour faire cesser ce projet d’un autre temps qui coûte 140 millions d’euros. Les 3,9 millions d’euros de l’Etat aurait été plus utiles à d’autres infrastructures. Effectivement, l’agglomération de Montpellier met le holà sur sa politique de déplacement au grand dam des 80 000 usagers de l’agglomération sans desserte. Par exemple, la collectivité enterre la ligne 5 de tramway.

10712975_843712538993127_5905933178887464501_nLa mobilisation citoyenne s’organise même si pour Philippe Saurel, maire de Montpellier, « le tout tram c’est fini ». Un autre internaute lui rétorque : « l’Agglo ne commande pas la ligne 5 au profit du prolongement de la 1, dont l’utilité sociale est moindre. La ligne 5 aurait désenclavé une grande partie de la ville… ». C’est dans cet esprit que le colL5ctif, muni d’une pétition et d’une page Facebook, se bat pour que la 5ème ligne voit le jour. Une subvention de transports écolos pour financer un tronçon de tram en pleine campagne afin de finaliser une gare qui est aux antipodes de l’écologie, c’est plutôt cocasse, mais il y a pire !

Il est beau le progrès !

Les fêtes de Noël arrivant, il est temps pour moi, comme pour de nombreux étudiants, de quitter Montpellier pour rejoindre ma famille. Direction la gare du centre-ville. Je monte dans un TER bondé, mon billet à 6,60 € en poche malgré ma « carte jeune ». Après quarante minutes de trajet, me voilà en gare de Béziers. Il me reste encore 20 km pour atteindre mon point d’arrivée, Cessenon-sur-Orb, village de 2 500 âmes dans les hauts cantons de l’Hérault. Prendre le bus ? Ce n’est malheureusement pas possible, l’unique véhicule qui fait quelques aller-retour en semaicarte 1910-1930ne n’est pas en service le dimanche. C’est donc une voiture qui m’attend sur le parvis de la station biterroise. A peine monté dans l’auto, je lance : « C’est quand même dommage qu’on ne puisse pas aller à Cessenon en train, il n’y avait pas une gare avant ? » L’enfant du village aux cheveux blancs assis devant me répond : « Bien sur que si, je vais vous la montrer ! ». Arrivés à l’entrée de la bourgade, il pointe du doigt un emplacement abritant une maison de village. « Elle était là ! », s’exclame t-il. Oui, était… c’était aussi le cas il n’y a pas si longtemps dans de nombreux villages comme en atteste la carte ci-contre. Le soir venu, je tombe sur un reportage de France 3 Languedoc-Roussillon où il est question d’une manifestation en gare de Quillan. Les 300 habitants de la haute vallée de l’Aude présents et armés d’une pétition de plus de 7000 signatures protestent contre la décision de la SNCF de fermer le guichet de la gare en 2015. La crainte ? Que toute la ligne ferme et qu’un car made in Macron carte simplifiee du RFN RFF juin 2014la remplace. Leur combat est clair : défendre le service public ! Quillan n’est pas le seul village touché, trois hameaux gardois et lozériens vont aussi voir leurs guichets fermer, là encore, cela fait craindre la fin du train dans les Cévennes. Mais cette austérité qui pousse aux économies ne s’arrête pas aux guichets. En effet, « Réseau Ferré de France a décidé de couper les platanes centenaires qui bordent les quais de la gare de Villefort. Un choix qui évitera de payer du personnel pour balayer les feuilles qui font patiner les trains en automne », comme le rapporte France 3. Cette actualité ne peut que faire écho à la marche à pied de Béziers-Neussargues de mai 2013 à laquelle une cinquantaine de personnes ont participé pour défendre la ligne Béziers-Millau, toujours menacée par la SNCF. Sous couvert d’économies il s’agit là d’une vraie chasse aux petites lignes locales comme le montre la carte du réseau ferré de juin 2014 ci-dessus. En lot de consolation la région va mettre en mettre place le TER à un euro sur les lignes restantes. Enfin presque.

Un euro le pipeau ?

170px-Pile_ou_faceC’est une première en France, à partir du 1er janvier 2015, prendre un TER en Languedoc-Roussillon ne coûtera qu’un euro symbolique. Cette mesure financée à hauteur de 3,5 millions par la région à de quoi satisfaire les 23 000 utilisateurs quotidiens du TER qui verront leur budget transport diminuer. La SNCF quant à elle table sur une hausse à deux chiffres de la fréquentation grâce à ce prix attractif. Car en effet « l’objectif est de remplir les TER », explique-t-on au conseil régional du Languedoc-Roussillon qui finance le TER et en délègue l’exploitation à la SNCF », mentionne Le Figaro. Super, la région promeut les transports en commun vous dites-vous avec joie ! C’est le côté pile de votre pièce d’un euro. Mais ne criez pas victoire trop vite car le côté face est tout autre. En regardant tout cela de plus près, les modalités sont légions :  aucun train supplémentaire ne sera affrété ; il n’y aura qu’un quota de places à un euro ; le quota sera plus important aux horaires et sur les lignes les moins prisés ; un billet ne sera donc pas valable pour tous les trains comme actuellement mais uniquement pour un train donné ; l’offre sera seulement disponible sur Internet et l’usager devra imprimer son billet ;  l’offre sera préférentiellement accordée aux usagers détenteurs d’un abonnement. Interpellé sur Twitter au sujet de ces désagréments, Claude Zemmour, Vice-Président au Conseil Régional répond :

Pour justifier tout cela, le conseiller régional invoque l’offre Prem’s de la SNCF (avantage pour voyager le week-end, aller-retour un samedi, voyages en groupe, réservation trois mois à l’avance). L’élu compare donc une offre nationale destinée à des cas particuliers à un soit disant avantage local sous-entendant que toute la région peut y accéder. Il parle aussi de sécurité. Il est vrai que si l’offre à un euro séduit beaucoup de monde, les TER risquent d’êtres bondés, mais n’est-ce pas déjà le cas sur certaines lignes et à certaines heures ? Etant 3920_818_CARTE-TRAIN-REGIONALutilisateur ponctuel des TER languedociens je n’ai vu que rarement des rames où tout le monde était assis. Le système actuel qui permet l’achat en gare d’un billet de TER pour n’importe quel train de la journée n’est pas plus sûr concernant le remplissage des wagons. Et quand bien même l’affluence serait importante, n’est-ce pas une bonne nouvelle et l’occasion de mettre à disposition plus de trains ? Reste l’argument du « bon service public ». Les conditions pour détenir la place à un euro font que nombreux sont les citoyens exclus de cet avantage. En effet, le simple fait qu’il faille obligatoirement commander son billet sur internet en prive d’accès environs 20% de la population. Détenir un abonnement pour en profiter revient à faire payer beaucoup plus qu’un euro, de même que pénaliser les lignes et les horaires les plus fréquentés revient à en exclure les travailleurs et étudiants qui font des trajets réguliers aux heures de pointe. En somme, ce qui aurait pu être un véritable atout social et une bonne mesure environnementale n’est profitable que pour les personnes ayant internet, prenant le TER lorsque personne ne le prend et détenant un abonnement, autrement dit, pas grand monde. Derrière cette offre qui s’apparente à une « innovation », voire une « révolution » comme le disait feu Christian Bourquin, ex président de la région, ne subsiste qu’un très bon coup de communication dont le calendrier concorde étrangement avec les élections régionales de 2015.

Hypocrisie et manip’ électorale ne sont pas écologie et social

L’austérité s’abat sur les transports de proximité, lignes de tramway ou petites liaisons TER, aucun n’est épargné. Mais si le temps est à l’orage sur les services publics, le ciel est nettement plus clément au-dessus des grands projets rentables. La règle est simple : couper toutes ramifications pour un maximum de rendement sur une voie centrale, comme avec la LGV. Le tout se fait avec l’aide de l’Etat et sa subvention pour « transports propres ». Là l’écologie est galvaudée, habiil-3-ecologiele communication mais mortifère diversion. La région, elle aussi s’y connait bien en matière de communication, mais les vieilles méthodes feront-elles toujours recette ? Rien n’est moins sûr. Pourtant ici comme ailleurs nous avons besoin d’un véritable maillage de transports en commun. Aussi bien pour faire face à la crise sociale qu’écologique. Des transports accessibles à tous, en terme de prix et de nombre. Disons stop à l’austérité, tendons vers la gratuité !

6 réflexions sur “Gare à vous, ça déraille en Languedoc-Roussillon !

  1. Ahah Moi je compte bien profiter de ces ter à 1 euro bien inaccessibles à ma bourse auparavant avec laquelle je bénéficie pourtant d’une connec a internet A nous la libre circulation (ou presque) et une fois le systeme installé, remplir les trains sera plus simple, et le « quota » grimpera gentilment… comme lors de l’étude depuis 2011.

    Optimisme et voyage, merci à ceux qui agissent et agrandissent la liberté de tous ceux qui veulent y prendre part.

    A nous de faire évoluer ces idées et actions concrètes pour qu’elles s’adaptent à nos besoins. Personnellement j’attends ce jour depuis l’annonce de cet événement : je vais pouvoir me déplacer pour 1 euro symbolique dans un ter dans ma région.
    Et chacun qui se connectera et sera patient avec la mise en place, sera souple sur ses horaires et saura apprécier un voyage en petit train jaune, (là où le billet devenait difficile à régler pour beaucoup d’entre nous) y trouvera une avancée conséquente pour sa vie quotidienne. Sète ! Perpignan ! Avignon ! Montpellier ! Narbonne !

    Pour moi c’est jour de fête aujourd’hui, et une pensée pour les dev et tous ceux qui auront oeuvré pour ce projet depuis des années, le site doit être implanté cette nuit, afin que nous avancions, en admirant le paysage au passage…

    Merci ! Et meilleurs voeux

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  2. Perso cette mesure j’en discute depuis pas mal d’année avec des usagers regulier du TER. Alors pleins de truc a dire, dans un premier temps j’ai étais super favorable à cette idée, en effet voyager partout dans le LR a moindre coup je valide, vite les ballades en Cévennes dans le Canigou ou en Pays cathare!! Après j’ai discuté avec des copains a la SNCF et les premiers coack arrive pas de personnels supplémentairement pas de matériel supplémentaire. Du coup question: comment ils vont faire pour calmé la vague des nouveaux utilisateurs? Surtout que c’est sur que l’affluence sera au rendez-vous, la mesure est déjà appliquer sur plusieurs « petites » lignes dans la region avec notamment Nîmes le Gros-du Roi surcharger en été avec régulièrement des usagers qui restait a quai (Même avec un prix modique ,1€, ca fait …. de pas monter dans un train). Ils ont trouvé avec la « réservation » internet et les places limité… (Pas très « le train pour tous » tous ça).
    Bien sur le projet de prolongement de la ligne 1, déjà super lente et longue, est une aberration comme cette gare du désert, et qui plus ai sous-marine (comme ce blog ;-))
    Bon aller c’est tard je commence a dire blagues alors merci pour cet article et bonne nuit.
    PS: Aillant la chance de pouvoir voyager sur des heures creusent et ayant internet, j’espère quand même voir les Cévennes et le Canigou plus souvent 😉

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  3. En contribution au train à 1 euro, ci après un billet que j’avais écris début janvier. Bien à vous. Jean Michel Henric.
    A 48h de sa généralisation en #languedocroussillon

    #letraina1euro #TER train fantôme #SNCF

    Le 05 janvier 2015 prochain est prévue la généralisation du TER à 1 € en Languedoc Roussillon.

    A quelques jours de son démarrage, on ne trouve aucune information sur le site de la Région, encore moins auprès de la SNCF, dans les gares et guichets.

    Que se passe t-il ?

    En réalité, sa mise en place connait des ratés.

    La Région accusant la SNCF de traîner des pieds.

    Afin d’être sur les « rails » le jour J, la Collectivité Territoriale a été contrainte de passer en force et surtout…à la caisse.

    Elle assurera via une Régie, la vente des billets à 1 € sur Internet : coût du système autonome 720 000 €. Par ailleurs, la Région prendra intégralement en charge la nouvelle tarification, soit un surcoût de 3,5 M€.

    N’oublions pas la prise en charge totale de la Communication : coût à ce jour inconnu.

    Qui crois encore que « tout est gratuit » !

    Dernière subtilité de langage, la généralisation annoncée concernait bien l’ensemble du réseau mais on ne nous avait pas dit : « pas tous les billets ».

    L’Assemblée Régionale nous a en effet annoncé ce 19 décembre, l’accès à l’équivalent de 460 000 places annuelles. Ce qui correspond à près de 1 300 places par jour, soit plus de 5% des 23 000 trajets quotidiens à réserver sur Internet uniquement.

    Ainsi, selon les heures, les trains et les quotas disponibles, la quasi totalité des voyageurs ne bénéficiera pas de cette mesure.

    Dommage encore une fois pour les usagers qui auront été « un peu abusé » par les effets d’annonce.

    A quand une réelle politique de transports avec des offres tarifaires « sérieuses », des horaires adaptés et un cadencement incitatif ?

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  4. Bonjour, c’est toujours pareil, mais… parmi les personnes manifestant contre la fermeture de ces lignes, combien prenaient effectivement le train ? Combien avaient remis en cause ce mode de transport individuel qu’est la voiture ? Ce n’est pas une fois que le mal est fait qu’on devrait manifester son désaccord, mais c’est avant qu’on aurait pu s’interroger sur la place qu’on accorde à la voiture. En gros, tout le monde en a une, ne se déplace qu’avec elle, « c’est plus pratique, tu comprends », surtout dans des endroits comme la haute vallée de l’Aude, et se plaint ensuite qu’on supprime le train. Et bé oui, té !
    Ça fait quand même un moment qu’on démantèle les voies ferrées, pour en faire notamment des voies vertes…
    Et oui, 2 fois plus de lignes il y a presque 100 ans.
    Combien est-on à s’opposer à l’hégémonie de la bagnole ? 1, 2, peut-être 3 % en France ?

    P.S. Ha ha, je viens de voir que je commente un article paru il y a quelques mois. Mais bon, c’est de saison, vu ce qui se passe en ce moment avec les trains Intercités.

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