Féodalité : à bas la Commune, vive la Métropole !

Ce lundi 12 janvier 2015 aux alentours de 16h30, une dame se présente aux vigiles qui sont postés à l’entrée de l’hôtel de Montpellier agglomération fraîchement rebaptisé Montpellier Méditerranée Métropole. Elle se voit refuser l’accès mais est redirigée en face, vers la salle Pelloutier. Elle reste interloquée et s’exécute. Cette dame comme d’autres ce soir-là ne pourront pas accéder à la salle du Conseil où se déroule la première séance délibérative de la métropole. Funeste allégorie d’une démocratie locale qu’on enterre : le citoyen est dorénavant écarté des lieux de décisions communales.

« Pacte de confiance » pour élus à la solde

17 juillet 2014. En pleine torpeur estivale le maire-président d’agglomération de Montpellier, Philippe Saurel, convoque une séance extraordinaire de l’agglomération ununique point à l’ordre du jour : « saisine des conseils municipaux pour qu’ils se prononcent sur l’obtention par décret du statut de métropole. » Dans l’argumentaire fournit aux maires des trente-et-une communes de l’agglomération est écrit : « Cette transformation en métropole devient indispensable pour que notre dynamique soit portée dans le paysage territorial à venir, pour que notre communauté développe son attractivité économique et qu’elle assure un développement durable de son territoire. » La citoyenneté est bannie du texte. L’enjeu est purement économique pour que le territoire reste compétitif. Effectivement, la métropole est un axe fondamental de la réforme des régions où le Languedoc-Roussillon fusionnera avec Midi-Pyrénées. La guerre des clochers ne va pas tarder à se faire jour entre Montpellier et Toulouse, notamment pour le titre de capitale régionale. D’un point de vue économique – qui est donc l’essentiel argument – Montpellier part déjà avec un train de retard alors que la ville rose a déjà décollé avec Airbus.

IMG_4311Certes, la délibération est assortie d’un « pacte de confiance métropolitain » pour que la transformation soit « consentie, partagée et négociée avec les maires. » Cette originalité est en fait un gage du tout-puissant maire de Montpellier qui le jure la main sur le cœur : la métropole ne prendra pas de décisions qui iront à leur encontre. Un »pacte de confiance » qui a la même valeur que le  « contrat de confiance » de Darty. « Les promesses n’engagent que ceux qui les croient », disait l’autre. En plein été, les élus de feu Montpellier Agglomération votent donc le texte à la majorité (3 votes contre, 11 abstentions) où ils approuvent le lancement du processus d’obtention du statut de métropole. Contrairement à ce qu’en disent certains élus, ce 17 juillet, ils ont bien voté le fait de demander à l’État le passage de l’agglomération en métropole. Sans cette demande explicite de la collectivité à l’Etat, la métropole ne peut pas voir le jour. Les maires rentrent ensuite dans leur commune respective amusant leurs conseils municipaux d’un débat démocratique dont tout semble joué d’avance. Ils viennent en effet de voter le début de la transformation.

24 octobre 2014. Après avoir fait voter leurs conseils municipaux pour ou contre la passage en métropole, les trente-et-un maires se retrouvent pour un vote final. La délibération est claire : l’ambition affichée est « d’inscrire de manière offensive (sic) dans le paysage territorial à venir et de la grande région issue de la fusion des régions (…) en faisant de la Métropole le moteur d’une stratégie de coopération avec l’ensemble des communautés de communes et d’agglomération formant un bassin de vie. » A noter que le vocable quelque peu guerrier n’offusque personne. Le projet s’articule autour de cinq piliers : développement touristique, santé, numérique, sciences du vivant, transports. La démocratie locale n’est pas un pilier de la future collectivité qui se dessine : un énorme machin aux super-pouvoirs concentrés dans les mains du Président. Il faut noter qu’avec la métropole, l’organigramme s’étoffera de cinq postes de vice-présidents de plus qu’à l’agglomération. Les vaniteux aiment les titres qui plus est quand ils sont garnis de substantiels émoluments mensuels. Là encore, le vote passe sans encombre (2 votes contre, 5 abstentions).

« Décentralisation ? Non, féodalisation ! »

Cette métropole entre dans le cadre général de l’acte 3 de la décentralisation. C’est un véritable danger démocratique comme l’analyse justement un homme politique local. Il commence ainsi son propos rappelant « les orientations générales des élites néolibérales concernant les collectivités locales qui ont imposé leur philosophie générale, tant dans les cercles dirigeants de la droite que dans une partie de la gauche. » Il poursuit : « Les trois étages qui ont constitué la France républicaine depuis 1789 jusqu’à nos jours sont clairement identifiés (nation, département, commune) et soumis à l’expression de la souveraineté populaire par le biais du suffrage universel direct. »

« La collectivité locale centrale de la République Française est la Commune », rappelle-t-il de sa plume engagée. Et seIMG_4307 référant à l’Histoire, l’homme de gauche écrit : « La libre administration des communes, inscrite dans notre droit fondamental actuel, est l’héritière du combat pour les libertés commencé dés le Moyen-âge par la revendication de la liberté communale. L’élection des mairies au suffrage universel direct a été une conquête des républicains contre tous les pouvoirs autoritaires et anti démocratiques de l’ancien régime, de l’Empire ou du régime de Vichy. »

Cette réforme est donc désastreuse pour la démocratie et la métropole va tuer la commune ! « Ces mastodontes urbains avec à leur tête des présidents omnipotents, tels de nouveaux féodaux, auraient la mainmise sur les communes intégrées et structureraient fortement les autres territoires, réduisant le département à un simple guichet social et les communes à des entités sans consistance dont le seul pouvoir sera de faire les mariages et de donner le nom des rues…. » Pour lui, la citoyenneté est clairement en danger : « Les citoyens n’ont plus ce même pouvoir de contrôle sur leurs élus. La résistance des communes à la métropolisation est saine et doit être défendue. (…) C’est la résistance de la démocratie communale ; c’est la résistance de la souveraineté populaire qui veut garder le pouvoir d’élire ses élus, d’avoir prise ainsi sur le choix de la politique à mettre en œuvre sur le territoire où ils vivent. » Les idéaux de la Révolution française résonne dans ce texte titré : « Décentralisation ? Non, féodalisation ! ». L’auteur est René Revol, maire Parti de Gauche de Grabels. Il s’est abstenu sur les deux votes concernant le passage en métropole. Il s’est bien gardé de faire des envolées engagées pour le maintien des communes et contre le président « omnipotent », tel un nouveau « féodal » (1). C’est que depuis, le nouveau baron l’a fait vice-président de la métropole en charge de la régie publique de l’eau et des milieux aquatiques. Ses administrés n’ont pas fini de boire la tasse. Plus grave, l’état major national du Parti de Gauche au courant de la situation reste étrangement silencieux. Seul un responsable national, sous couvert d’anonymat, confie que les votes de Revol posent réellement problème, « il fait  n’importe quoi », dit-il. Mais l’ami de longue date de Jean-Luc Mélenchon ne sera pas inquiété.

Commune : funérailles en grande pompe

Ce lundi 12 janvier 2015, les idéaux de la Révolution française s’envolent avec l’écho de La Marseillaise que les trente-et-un édiles entonnent à ce premier Conseil métropolitain. Philippe Saurel a fait les choses en grand. Il a invité Jean-Luc Moudenc, maire UMP de Toulouse. Pierre de Bousquet de Florian, préfet de Languedoc-Roussillon, est aussi à la tribune. Le maire de Montpellier, nouveau baron de la métropole, fait déjà allégeance au Monarque-Président en invitant son représentant à s’exprimer au conseil. Les gueux sont parqués à la salle Pelloutier. Ils sont d’ailleurs beaucoup à avoir boudé la séance. Une cinquantaine de personnes seulement regarde sur grand écran leurs élus enterrer en grande pompe la Commune, éblouis qu’ils sont par cette nouvelle étoile. Dans les prises de parole, on notera celle du préfet qui malgré un discours soporifique, donne les pistes du nouveau territoire. « Au niveau de la réforme des régions, il y a l’affirmation des métropoles, l’affirmation des métropoles », répète-t-il montrant qu’elle est la clé de voûte de l’ensemble de la réforme. L’enjeu ? « La compétitivité et l’emploi », assure le représentant de l’État. Les premières pelletées de terre viennent d’être jetées sur le cercueil de la Commune. Pour lui, la métropole c’est, entres autres, « valoriser les fonctions économiques, assurer la promotion internationale du territoire et être un très dynamique catalyseur de croissance et de créations d’emplois. »

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Le préfet finit d’enterrer la dépouille communale en rappelant les élus à leurs nouvelles missions : « il faut réfléchir à mutualiser les compétences et les services entre la métropole et l’ensemble des communes. » En clair : réduction des coûts dans le moindre village du territoire. Il est certains qu’à terme les citoyens apprécieront la perte des services publics de proximité et des emplois associés. Les trente-et-un maires ont maintenant la dure tâche d’expliquer pourquoi et comment ils vont détruire l’outil qui les a élu il y a même pas un an. Nous apprécierons alors l’art de la communication politique et de la mauvaise foi. Il n’y aura ni fleurs ni couronnes pour la Commune ainsi enterrée, mais des écharpes. Philippe Saurel, baron de métropole, offrira à chaque élu une écharpe tricolore : le bleu-blanc-rouge laisse la place au vert-violet-orange. Nos élus ont été ce soir-là jusqu’à tuer nos symboles républicains ! À la place d’écharpes, des laisses auraient été plus appropriées.

« La Commune (de Paris, ndlr) était à la fois la chose et le mot de ralliement, la réalité et le signe, le fait et IMG_4316l’idéologie », écrivait Maurice Dommanget, historien de la Révolution française comme le rappelle L’école libératrice*. « La période de la Commune est une période révolutionnaire dans la mesure où, durant ces soixante-douze jours, les masses parisiennes n’ont pas, comme dans une période normale, laissé au gouvernement et à l’administration le soin de régler leurs problèmes, mais ont voulu participer de manière directe et constante à leur solution. « La Commune c’est le peuple lui-même » écrit « Le Prolétaire », organe de revendications sociales du XIème arrondissement. »

Les citoyens endeuillés qui ne prendront plus part directement à la gestion de « leurs problèmes » quittent la salle Pelloutier. Pendant ce temps-là, leurs élus jouissent d’agapes dans un étage isolé de l’hôtel de la métropole. Cette tradition du festin de l’entre-soi qui existait sous l’agglomération va certainement perdurer après chaque conseil. Les élus vont maintenant s’atteler à la suite : « Il sera temps ensuite de tisser patiemment le pôle métropolitain et de créer un réseau solide de travail entre les intercommunalités  qui, naturellement, dessineront le contour de la future région », écrit Philippe Saurel dans un communiqué avant de conclure sur cette future région : « celle de l’ancien Comté de Toulouse ». La baronnie est installée, vive la féodalisation !

1- Définition de féodalité selon le Larousse :

  • « Régime politique et social d’Europe occidentale du Xe au XIIIe s. et qui reposait sur la constitution du fief. »
  • « Toute puissance économique ou sociale fortement structurée qui tend à devenir indépendante de l’État : Les féodalités financières. »

*L’école libératrice, « La Commune de Paris », 16 avril 1971, n°27 – Édition unique.

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