La Place Royale du Peyrou est morte, vive le roi Saurel !

A l’occasion des fêtes de Noël, la mairie de MoIMG_4445ntpellier a décidé de transformer le jardin du Peyrou en parking géant. Du 5 décembre au 20 janvier c’est donc gratuitement que des centaines de voitures ont pu stationner sur cet immense plateau dominant la ville. 2010, 2011, 2012, 2013, 2014, cette opération destinée à « soutenir le commerce du centre-ville » ne date pas d’hier. Pourtant cette année ce sont trente-huit jours qui ont été concernés, bien plus qu’habituellement. La Place Royale en a fait les frais. Pourquoi en est-on arrivés là ? Retour sur cette action et ce qu’il faut en savoir.

Un patrimoine à sauvegarder

Unique Place Royale en belvédère de France, le Peyrou doit son titre à l’immense statue équestre du roi Louis XIV IMG_4663qui trône au milieu de l’édifice. L’ensemble de la promenade du Peyrou comprend plusieurs éléments datant du 17 et 18ème siècle, ils furent inscrits ou classés monuments historiques au cours de l’année 1954. L’Aqueduc des Arceaux y a été inscrit alors que l’Arc de triomphe, le château d’eau, la promenade proprement dite, son enceinte et le pont qui y mène ont été classés. La partie inscrite présente un intérêt remarquable à l’échelle régionale, tandis que la partie classée est considérée comme un intérêt historique et architectural à l’échelle de la nation. Cette dernière dispose du plus haut niveau de protection. Tout n’est donc pas faisable avec cet héritage d’une grande richesse qui ne demande qu’à rayonner au dessus de la ville.

Résister aux assauts électoraux

Si le coup de grâce a été donné récemment il y a cependant bien longtemps que le danger planait sur la place forte. Réclamé depuis des dizaines d’années par la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI), c’est en 2005 qu’un projet porté par la mairie d’Hélène Mandroux et consistant à bâtir un parking sous terrain au Peyrou a été élaboré. Ce plan colossal de mille places sur six étages à bien entendu été rejeté par la IMG_4449commission supérieur des monuments historiques. Celle-ci considérant que le projet portait « une atteinte inacceptable tant au monument historique qu’aux aménagements paysagers » et « conduirait à une dénaturalisation du site ». Pour Philippe Saurel, encore adjoint à l’urbanisme de Montpellier, ce projet n’était « pas enterré ». « Nous allons interpeller le nouveau ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, pour qu’il revienne sur ce dossier », prévenait même l’élu dans Midi Libre.

Cinq années après ce refus, en 2010, c’est Jacques Domergue, à l’époque député UMP de l’Hérault, qui a rouvert le dossier à l’Assemblée nationale en interpellant le ministre de la Culture. Accompagné de ce même député, d’Hélène Mandroux, maire de Montpellier, de Philippe Saurel, aujourd’hui maire, et d’une représentante de commerçants, le ministre a traversé l’esplanade afin d’« observer la configuration de l’ensemble », rapporte Midi Libre. Si toute cette cour était présente ce n’était que pour une raison : « convaincre le ministre de la Culture de dire oui à la construction du parking sous le Peyrou », ajoutant qu’il fallait « absolument que la sortie soit côté arc de triomphe parce que les chalands n’aiment pas marcher ».  Dans l’espoir d’augmenter les chances de succès le président de la CCI de Montpellier en poste, Rudy Iovino, avait envoyé uIMG_4476ne lettre à Frédéric Mitterrand le priant d’acter la réalisation du parking. Le ministre qui en rentrant de Montpellier n’avait toujours pas tranché sur la question s’était tout de même « étonné qu’aucune association de riverains n’existe pour défendre l’intégrité du Peyrou ». Au grand dam de ce cortège espérant tantôt flatter un électorat, tantôt défendre son intérêt, la seconde requête ne fut pas plus fructueuse que la première et le projet fut une nouvelle fois abandonné.

Un Peyrou sans dessus-dessous

Si ce n’est pas en dessous alors garons-nous au dessus ! LaIMG_4427 mairie de Montpellier, non contente de ne pas pouvoir bâtir un parking, a décidé en 2010, sur proposition de la CCI, de permettre un stationnement gratuit sur le Peyrou durant les fêtes de fin d’année.  Cette mesure ne fit pas que des heureux : « Comment justifier de sacrifier un espace vert emblématique de la ville, l’un des joyaux du patrimoine montpelliérain sur l’autel de la sainte bagnole ? », s’interrogeait alors EELV dans un communiqué. Mais l’équipe Mandroux, à mille lieu de cette problématique, pensait surtout à satisfaire les détenteurs de commerces des environs. Après les vingt-sept jours de parking gratuit en 2010, sans doute trop important et causant des indignations, ce nombre a été réduit en 2011 pour atteindre les douze jours. Au fil des ans la durée du stationnement gratuit s’allongea de manière progressive : quinze jours en 2012 puis dix-huit en 2013. En 2014, Philippe Saurel en digne héritier de la maire déchue continua dans la surenchère et fit de l’esplanade un garage automobiIMG_4434le durant trente-neuf jours ! Les modalités restèrent les mêmes :  – Un sens unique de circulation – Pas de véhicules d’un tonnage supérieur à trois tonnes cinq – Une vitesse maximale de 10km/h.  Trop d’honneur pour ce monument plus habitué aux calèches qu’aux moteurs à combustion ! Il n’en reste pas moins que ce furent les trente-neuf jours de trop. « Une dizaine de bancs de pierre a été brisée, poussée, abîmée. Et les sols s’affaissent toujours et encore plus sous le poids des centaines de voitures garées toute la journée », commente Midi Libre. « On se demande vraiment si le jeu en valait la chandelle », ajoute Direct Matin.

Ailleurs et autrement, c’est possible !

La situation est d’autant plus révoltante que le site est limitrophe de trois parkings : le parking des Arceaux géré par la TaM, société d’économie mixte, le parking Peyrou-Pitot administré par la multinationale Vinci et le parking Arc de Triomphe dont la concession revient à Effia, filiale du géant Kéolis. Il certain que ces derniers sont loin d’être gratuits, le prix variant d’1€60 à 2€10 pour une heure de stationnement. Mais la mairie qui a décidé de déléguer ces services à des eIMG_4465ntreprises privées, jusqu’en 2056 pour Peyrou-Pitot, aurait très bien pu mettre en place une régie publique et ainsi moduler les prix selon ses souhaits.

Pire encore, en 2013, Vincent Meyer, responsable du service des placements à la mairie de Montpellier, annonçait à Midi Libre : « Nous assistons à une baisse régulière de la fréquentation des parkings de la ville depuis l’an 2000 ». Ce déclin s’est même accentué à partir de 2005, « année depuis laquelle l’occupation a baissé de 15 % », compléta le responsable. C’est ainsi que le remplissage du parking exploité par Vinci a diminué de 10.2 points entre 2011 et 2012 et que la fréquentation moyenne en semaine à Arc de Triomphe était de 66% contre 62% aux Arceaux. « Ce qui semble évident et compte tenu du fait que les parkings existants sont loin d’être saturés, c’est que la création de nouveaux parkings ne s’impose pas. Pas même sous le Peyrou », conclua Serge Fleurence, premier adjoint de l’époque. Alors pourquoi continuer sur le Peyrou ?

La ronde des lobbies

Si cette opération montre bien une chose c’est que Philippe Saurel, tout comme Helène Mandroux avant lui, est prêt à détruire un site historique de Montpellier pour faire les yeux doux aux commerçants du coin, qui votent et font voter. Mais pourquoi les choyer ainsi et à ce prix alors que d’autres modes de gestion des parkings étaient possibles et que ces derniers sont loin d’êtres remplis ? Une partie de la réponse réside dans l’édition du 23 juillet 2014 de l’Agglo-Rieuse. En effet avec Odysseum, le Polygone et Grand Sud la petite ceinture montpellieraine ne manque pas de centres commerciaux et d’autres sont déjà en projet. « Montpellier n’a pas besoin d’une énième guerre commerciale entre les centres commerciaux dont le centre-ville fera une fois de plus les frais, car il ne bénéficie ni des moyens des grands centre commerciaux, ni de leurs facilités d’accès, ni de leurs loyers bas », prévenaient alors Alain Simon et Nadine Fraysse, président et vice-présidente de la Faduc (Féderation des associations de commerçants, d’usagers et de consommateurs) en visant tout particulièrement André Deljarry, président de la CCI. « Je souscris entièrement à la démarche de la Faduc. Nous avions dénoncé le projet fou d’OdIMG_4421ysseum, on ne nous a pas écoutés à l’époque. Ils veulent récidiver (…), c’est encore de la folie, les petits commerçants et les forains du centre-ville sont en danger », ajoutait alors Jean-Pierre Touchat, président du syndicat des halles et des marchés.

Il faut dire que les boutiquiers du vieux Montpellier ont raison de s’inquiéter. Ode à la mer, Oz et Polygone Saint-Roch, rien n’arrêtera la société du caddie et ses plans pharaoniques, encore moins avec la généralisation du travail du dimanche. Macron en a rêvé, Saurel & co l’ont fait. La dégradation du Peyrou serait donc un dégât collatéral des actions de la mairie destinées à montrer, hypocritement, qu’elle n’a pas abandonné le centre-ville. Celle-ci laissant en réalité les promoteurs et la grande distribution prospérer en paix, une belle diversion. Cette diversion, le Peyrou en a payé le prix fort. En plus d’une concurrence déloyale, le centre-ville doit désormais faire avec des monuments en morceaux. C’est ce qui arrive quand on veut contenter deux mondes qui s’opposent inéluctablement. Au risque de perdre un électorat, Aïe !

Un Peyrou défoncé, des petits commerces dupés, un capitalisme dopé

Philippe Saurel « dont l’un des arguments de campagne était la préservation du Peyrou » en est bien loin comme le rappelle Direct Matin. Ce lieu « avec pelouses interdites aux quidams et plans d’eau sans l’âme d’un poisson vif » fait aujourd’hui office de « parking royal » se moque Midi Libre. Il faut dire que quand des jeunes y avaient commencé un jardin partagé le maire s’était vite empressé de les déloger. Il s’agissait là pourIMG_4452tant d’un bourgeonnement citoyen. Lorsqu’en 2009 les grilles du Peyrou ont été endommagés par des viticulteurs en colère contre la grande distribution, Philippe Saurel, encore adjoint à l’urbanisme avait dit ceci : « Même si je comprends et partage la grande détresse du monde viticole, il n’en demeure pas moins que la ville de Montpellier qui les a accueillis généreusement ne mérite pas la destruction de ce patrimoine qui est le patrimoine de tous ». Une indignation à deux vitesse qui montre qu’en tout cas le maire lui n’a rien contre la grande distribution dont il soutient les nombreux grands projets en cours. Ce même soutien qui le pousse à faire illusion auprès du centre-ville en sacrifiant le Peyrou. Si l’activité du centre historique lui importait vraiment, alors pourquoi abandonner la ligne 5 de tramway ? Pourquoi continuer de céder nos parkings au privé ? Et ne serait-il pas temps d’engager une véritable politique sociale dans cette ville qui compte 25% de pauvreté ? Ce n’est pas Jean Moulin, président du Conseil National de la Résistance passé par le Peyrou qui le contestera. On a vraiment peur de rien quand on rêve d’être le nouveau roi Soleil !

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