Départementales : « la gauche » sans fond !

Les années passent et les élections s’enchaînent. Ainsi en va-t-il de la saine vie démocratique de notre République. Un an après les élections municipales, les citoyens vont devoir se prononcer en mars prochain pour élire leurs représentants au Conseil départemental (ex-Conseil général). La campagne se lance tranquillement. Pas de roses sans épines ! vous propose un tour d’horizon des stratégies de « la gauche » sur les cantons de l’Hérault s’appuyant en partie sur des documents internes.

Une chose est sûre : vous ne croulerez pas sous les arguments de fond politique. Les Politburo héraultais sont effectivement concentrés sur les petites combines pour décrocher des postes. Dans l’Hérault, la lutte des places a depuis longtemps remplacé la lutte des classes. Hauts les cœurs Camarades, plongez dans la tambouille locale !

Les candidats AOC de Saurel

Commençons par les candidats d’appellation d’origine contrôlée par Philippe Saurel, le maire-président de Montpellier métropole. Aux élections municipales, le dissident PS se gargarisait d’une « liste citoyenne », subtile communication pour mieux cacher qu’il n’avait pas de troupe derrière lui. Mieux, il se revendiquait « divers gauche ». 10958754_10205980099408072_577544420_nÀ l’épreuve de son action, Montpellier journal l’a rebaptisé « divers droite », ce qui colle mieux à sa réalité politique. À l’époque, il promettait d’être « maire à plein temps ». Depuis, il engrange les mandats et tient ses adjoints d’une main de fer. Ces derniers obéissent au doigt et à l’œil. « Même pour signer les parafeurs, les adjoints passent par Saurel.Ils ne prennent aucune décision, Saurel contrôle tout ! », rapporte une source traînant ses guêtres à l’Hôtel de Ville.

Pour les élections départementales, l’hyper-maire recycle donc ces adjoints, les préparant, comme lui, à devenir de bons cumulards. Nombre de ses candidats ont déjà de quoi bien occuper leurs journées cumulant par là même les émoluments. À côté de leurs nombreuses activités, les voilà projeter dans une campagne électorale estampillés « Majorité municipale pour votre canton ». Le matériel de campagne est singulier : si tracts et affiches reprennent les codes couleurs de la campagne municipale qui a entre temps redécoré le journal municipal, la photo du boss figure en bonne place avec cette mention : « soutenus par Philippe Saurel ». Les bons petits soldats ne contrarieront jamais l’égo de leur empereur qui les a fait courtisans.

P’tit poste pour candidat PS, svp !

Dur, dur de faire partie de la majorité gouvernementale qui réalise tout, sauf un programme de gauche. Encore plus dur quand vous vous faites soufflez la ville aux dernières élections municipales par un dissident bien décidé à se venger de ses anciens camarades. Résultat, le PS de Montpellier a perdu mille adhérents depuis la défaite de mars 2014, assure un militant bien placé dans la hiérarchie socialiste héraultaise.10966677_10205979941764131_1905159523_n Le système clientéliste de la Frêchie arrive à son terme : il est fini le temps du marchandage d’une carte PS contre un logement ou un emploi, poursuit la même source.

Si une page se tourne pour le PS, les caciques du parti restent en place et partent pour un nouveau tour de piste lors de ces élections. Et c’est André Vezinhet, l’actuel président du Conseil général qui a pourtant déjà fait ses adieux politiques, qui a la tâche ardue de cornaquer les poulains de l’écurie socialiste. D’anciens adjoints en vue se retrouvant sans emploi politique en sont réduits à tendre la sébile aux électeurs pour glaner un poste au département.

Et ils peuvent compter sur Dédé Vezinhet qui charge l’ancien camarade Saurel, « le seul qui n’a rien fait du temps où il était conseiller général » (Midi Libre, 29/01/15). Une campagne qui promet de vite tourner au règlement de compte. Des animosités qui s’exacerbent même au sein de la famille socialiste élargie au moribond Parti radical de gauche (PRG). Ainsi, la fédération PS réserve le premier canton de Montpellier (La Paillade-Grabels) à ses frères en se passant de la décision de sa propre base. Résultat : un binôme dissident PS se lance dans la course sur ledit canton. Aux électeurs avertis de faire le tri dans ces bisbilles aux considérations hautement politiques.

EELV : l’écologie au panier

Europe Écologie-Les Verts ressort d’une année interne bien difficile. La claque reçue aux municipales a vu ses effectifs fondre sur les bancs de l’opposition à la mairie. C’est la piteuse conséquence de la main mise de Mustapha Majdoul sur le parti écologiste qui l’avait vite vendu au candidat PS, Jean-Pierre Moure. « Il est arrivé avec un tas de cartes de complaisance pour mettre la main sur le parti », explique un militant fatigué de ces luttes internes qui prend dorénavant du champ avec les écolos.

Les forces en présence rétablies, EELV part à la bataille départementale sans grande cohérence politique dans l’Hérault. Leur « stratégie autonomie contractuelle « C » » donne le ton : « Autonomie globale et accords techniques avec des acteurs associatifs ou partenaires de gauche selon les situations locales ». Ce pompeux vocable technocrate se résume en un mot : opportunisme. Une gué-guerre interne s’est poursuivie sur ces accords où les opportunistes d’hier se font chevalier blanc. A l’image de Mustapha Majdoul qui parle d’ « écolos aux plus offrant(s) » dont le PS et de « compromission sans projet ».

Tweet-Majdoul

Dans certains cantons comme à Pignan, les électeurs assisteront même à des binômes singuliers : des candidats EELV se présentent avec des candidats PCF ! Des unions ubuesques au regard des prises de position de chaque organisation sur le nucléaire et le productivisme. EELV profite là de la brèche d’un Front de Gauche atomisé pour tenter de grossir son nombre d’élus. Les programmes promettent donc d’être édulcorés, si programme il y a. Les pages concernant l’écologie ont dû être vite été jetées au panier.

L’Appel pour un autre échec du Front de gauche

Il est le loin le temps de la campagne présidentielle de 2012 où le Front de gauche avait suscité un véritable espoir chez les sympathisants de gauche déçus par le Parti socialiste. Deux ans après, les différentes formations du cartel de partis allaient se déchirer sur l’autel des municipales. À Montpellier, le Front de gauche a passé une campagne interne de défiance. Les citoyens ont été complètement oubliés et seuls 7,56% ont fait confiance à « la vraie gauche ». Nouvelle claque quelques mois plus tard aux élections européennes : 6,61% au niveau national, juste derrière Europe Écologie-Les Verts (EELV).

Le précieux trésor des quatre millions de voix des présidentielles se sont éparpillées en deux ans alors que l’abstention s’est renforcée. Dans l’Hérault, il est à parier que les partis du Front de gauche (PCF, PG, Ensemble) se sont vidés de leurs militants à l’instar du Parti de gauche (PG) 34 qui a vu fondre ses effectifs de plus de 35% en un an comme l’atteste un document de la dernière Assemblée générale du 22 novembre 2014.

4_pages_appel_Autre_AvenirMais les apparatchiks s’entêtent et jouent la nouvelle carte à la mode : la liste citoyenne. Ainsi, le 26 novembre 2014, un document est publié sur le site d’Ensemble : « Appel citoyen du Montpelliérain pour un autre avenir ». De sa mise en page vintage sortie tout droit des années ’70, les couleurs criardes enfoncent des portes ouvertes à coup de : « Les riches sont de plus en plus riches alors que le nombre de pauvres et de chômeur-se-s n’a jamais été aussi important ni augmenté aussi vite » ou encore : « La droite et l’extrême‐droite, en embuscade, portant la même politique libérale ne sont pas une solution, exacerbant les nationalismes, la domination masculine, l’homophobie, le racisme et la xénophobie. »

L’Appel se gargarise d’une liste de cent premiers signataires qui rassemblent les états-majors, les seconds couteaux et quelques militants sincères. Son objectif ? « Avec le soutien du Front de Gauche du montpelliérain et de toutes les autres composantes politiques opposées à l’austérité qui le souhaitent, nous voulons ouvrir la voie à un autre avenir, construire une alternative répondant à l’urgence sociale et écologique, façonnée par les besoins populaires (…) ».

Deux mois à peine après le lancement de cette « nouvelle alternative », un des rares militants sincères confie : « Les militants de base ont bien coopéré et puis il y a eu confiscation par les appareils et les élections départementales où les masques sont tombés ! ». Et les vieux réflexes ont refait surface : « Le stalinismes de retour ! », poursuit l’impétrant avant de conclure : « le Front de gauche est mort, sans regret finalement car il était devenu complètement inaudible de la population. » Tout est dit.

Le Parti de Gauche sans militants ni citoyens

Au national, le Parti de Gauche (PG) a mis en place une démarche citoyenne. Sur le papier en tout cas. Ainsi, le texte adopté par le Conseil national du 30 novembre 2014 est clair : « le temps d’un nouveau souffle est venu » et ces élections départementales « peuvent contribuer à rassembler une majorité changeant le cours de l’histoire de notre pays ». La méthode ? « Rendre le pouvoir aux citoyennes et aux citoyens » par un rassemblement placé sous leur contrôle.

La clé de voûte de la démarche est l’assemblée citoyenne de canton « pour co-élaborer le projet départemental et désigner les candidatures qui représenteront cette nouvelle méthode d’action ! » Le PG est clair sur ce point : « Ces assemblées désigneront les candidatures » car « cette exigence de clarté, de sincérité et de respect de la décision collective citoyenne est au cœur de notre proposition. »

Ce texte semble n’avoir pas passé les frontières de l’Hérault. Effectivement, aucune assemblée citoyenne de canton n’a vu le jour. Après la perte spectaculaire d’adhérents, le PG 34 se lance donc dans cette élection sans militants et propose de faire la « révolution citoyenne » sans citoyens, un vrai concept !

Le PG n’informera que les seuls élus à la coordination départementale. Le 24 janvier 2015 à 21h05, ces derniers ont reçu un courriel ayant pour objet : « note politique élections départementales ». Ce texte leur a été envoyé par le sémillant co-secrétaire Joël Vezinhet qui écrit ceci à ses ouailles : « je vous adresse cette note politique destinée à vous fournir des éléments d’information, d’appréciation, d’analyse pour vous aider à y voir plus clair et à faciliter les discussions avec nos partenaires dans les dIMG_4707ifférents cantons où nous sommes impliqués. » On est très loin de la démarche nationale du PG.

Plusieurs enseignements sont à retirer de ce texte. D’abord que le Front de gauche est bel et bien mort et enterré dans l’Hérault. Le premier point est effectivement titré : « Un cadre départemental de discussion inexistant au niveau FDG ». Le PG rejette la faute sur le PCF où « chacun (…) a tendance à privilégier ses intérêts de boutique au détriment d’une approche et d’une vision stratégique départementale ».

Le PG tient effectivement moins bien sa boutique. À plusieurs endroits, on lit qu’il y a un manque criant de militants.  Béziers 3 ? « Avec quelles forces militantes construire une dynamique sur ce canton ? » Sète ? « Y aller avec EELV ? Faiblesse militante du PG et d’EELV pour espérer réaliser un résultat significatif. » St Gély du Fesc ? « notre faiblesse en militants (3 seulement sur le canton …) ». Sur ce territoire, Vezinhet observe « des critiques agressives du PCF contre René Revol par rapport à la vice-présidence de l’Agglo » qu’il n’ose pas nommer Métropole. Crime de lèse-majesté inacceptable pour le porte-flingue de l’élu à la régie publique fantoche.

À Montpellier, seules deux candidatures sont actées sans qu’aucune assemblée générale interne n’ait lieu contrairement aux méthodes – théoriques – du parti. Sur le premier canton de la ville, « ma candidature est actée comme titulaire », impose derechef Vezinhet. Sur Montpellier 2 : « Accord politique EELV/PG en titulaires ». Et les militants ont eu la joie d’apprendre par la presse que Muriel Ressiguier conduira la campagne après s’être présentée aux municipales, européennes et sénatoriales avec les résultats qu’on connaît.

En clair, les deux co-secrétaires du PG 34 ont décidé unilatéralement de leur candidature sur les cantons de leur choix. Ce qui n’empêche pas Vezinhet de conclure son texte sorti tout droit du Politburo du PG : « N’hésitez pas à nous contacter Muriel et moi avant de prendre des décisions sur lesquelles vous hésitez. Privilégions la réflexion collective. » No comment.

Pour ces élections départementales, c’est donc une véritable gauche sans fond qui se présente devant le électeurs. Les accords de boutique éclatent au grand jour où on remarque que le fond politique a complètement été évacué. Dans les divers rapprochements d’étiquettes, la répartition des places a pris le pas sur le programme. Et tout ce petit monde donne l’impression d’avoir préparé chacun dans son coin un second tour hypothétique. Nous donnons ici uneIMG_4717 vision large pour aborder les départementales. Et à celles et ceux qui utiliseraient l’argument facile du vote FN pour qui critiquerait les stratégies de « la gauche », nous répondons qu’elle est notre famille politique et qu’il est de notre devoir de démêler les stratégies de comptoir pour redonner un vrai sens politique aux élections. Ce jeu de malhonnêteté intellectuelle grossit les rangs de l’abstention et favorise la poussée de la droite et son extrême. Et c’est cette gauche sans fond qui en est la première responsable.

 

Mise à jour du 3 février 2015 : D’après L’Agglo-Rieuse et Midi-Libre (03/02/2015), le PRG s’allierait finalement à EELV pour former « le ticket titulaire de la majorité sortante ». Et, « en cas d’élection, le binôme titulaire, Philippe Thinès (PRG)-Dalila Yousfi (EELV), laisserait sa place à mi-mandat à son suppléant, Mustapha Majdoul et la suppléante PRG dont le nom n’est pas encore connu. »

Une réflexion sur “Départementales : « la gauche » sans fond !

  1. logiques décuries » , petits arrangements de dernières minutes ,rien ne permet de construire de véritables politiques publiques au service des citoyens. Il faut rompre avec toutes ces magouilles électoralistes.

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