La gabegie extrême des subventions au FISE

Le Festival international des sports extrêmes (FISE) est un événement connu et reconnu à Montpellier. Pendant plusieurs jours, en bordure du Lez, le FISE brasse des milliers de spectateurs par an. En grande partie des adolescents en mal de sensations fortes. Les épreuves s’enchaînent à un rythme soutenu avec des participants cotés dans leur domaine (BMX, roller, skate, trottinette). Si la renommée du FISE n’est plus à faire, son financement par les collectivités pose sérieusement question comme le soulève le rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC).

La ville et l’agglomération de Montpellier d’un côté et la région Languedoc-Roussillon de l’autre ont été très généreuses avec les organisateurs du FISE apprend-on dans ce rapport du 16 janvier 2015. La CRC a effectivement décortiqué la gestion du festival sur la période 2007-2013. Si vous voulez vous plonger dans l’ensemble des observations de la CRC, Montpellier journal rend compte dans le détail des originalités de ladite gestion.

Tiroir-caisse à subventions

La première d’entre elle est le lien entre l’association du FISE et la SARL Hurricane. Ainsi, jusqu’en 2013 l’association « n’a pas de salarié ni même d’adhérents, aucune recette liée aux cotisations n’ayant été enregistrée au compte de résultat. » Sa singularité est qu’elle est « financée très majoritairement par les collectivités publiques » et « pouvait recevoir, au moins jusqu’en 2012, la qualification d’association transparente sans activité réelle ». Dans la pratique, son objet paraît clair pour la CRC : « recevoir des deniers publics en échappant largement au contrôle qu’auraient dû exercer les collectivités publiques. » IMG_4791

En fait, pendant très longtemps, l’association est un vulgaire tiroir-caisse : « Cette structure apparaît en effet comme un point d’encaissement de subventions publiques reversées à une société privée en charge de la réalisation effective de la manifestation FISE Montpellier, la SARL HURRICANE, et dont le dirigeant est également président de l’association depuis le 15 décembre 2009. »

Et les élus ont fait preuve d’un laissé-faire surprenant vu les sommes en jeu. « Les collectivités territoriales se sont davantage impliquées dans la réussite, incontestable, de la manifestation que dans les conditions juridiques et financières de son organisation. A cet égard, les relations entre la société commerciale HURRICANE et l’association auraient dû être très clairement précisées », poursuivent les magistrats de la CRC.

Argent public pour gestion privée

Alors que l’austérité s’impose dans toutes les strates des budgets des collectivités, à la lecture du chapitre « Les conventions avec les collectivités territoriales », le citoyen avisé restera quelque peu pantois. Ainsi, l’État baisse ses dotations globales de fonctionnement aux collectivités représentant une perte de 12 millions d’euros pour la Ville et de 13 millions pour la Métropole (Midi Libre – 15/02/15). Pendant des années, ces dernières ont pourtant gavé une association fantôme.

La ville de Montpellier, dont aucun élu n’a mis le nez dans la gestion du FISE, a doublement aidé ses organisateurs : par l’octroiement d’une subvention annuelle et la mise à disposition gratuite de l’occupation du domaine public municipal. Ainsi, pendant que nombre d’associations tentent de joindre les deux bouts avec des miettes de subventions, pour le FISE, « la subvention en nature de la ville a augmenté de 23,2 % de 2012 à 2013. »

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Et nos élus de dépenser sans compter pour les yeux doux du patron de la société privée Hurricane : « en 2013, le montant des aides directes et indirectes consacrées par la ville en faveur du FISE s’élève à plus de 990 000 €. » Les impôts des montpelliérains ont ainsi permis de mettre à disposition gracieusement des tas de services municipaux : « l’espace public pour la mise à disposition du site, les sports pour la mise en place des infrastructures et le suivi de la manifestation, le service des eaux pour réguler le niveau du Lez, les espaces verts pour l’aménagement du site puis sa remise en état, la voirie et de la régulation du trafic automobile, la police municipale pendant la durée de la manifestation pour organiser la circulation et veiller à la tranquillité publique. » Ce ne sont là que quelques exemples d’une longue liste.

 FISE fucking

Comme toute association subventionnée par la ville, le FISE a des devoirs pour justifier de l’utilisation des fonds publics. En théorie. Car là encore les organisateurs du festival ont été l’objet d’une grande clémence de la part des élus. La convention du 24 février 2007 stipulait en effet que l’association devait remettre tout un tas de preuves dont « le compte d’emploi comportant les dépenses et recettes réelles du projet subventionné, certifié par le président de l’association ou le commissaire aux comptes, s’il y a lieu, ainsi qu’un état récapitulatif des justificatifs de dépenses relatifs au projet subventionné » ou encore « un état définitif, signé du président, récapitulant les recettes et dépenses affectées au projet et un état des factures acquittées pour le projet. » Résultat ? « L’ensemble de ces documents ne semble pas avoir été transmis à la ville de Montpellier sans pour autant entraîner une réaction de la collectivité », affirme la CRC.

IMG_4787Du côté de l’agglomération de Montpellier, « les dossiers constitués (…) ne portent pas trace des états mensuels d’exécution des budgets. » Le FISE ne fournit pas les documents exigés ? Qu’importe, la collectivité s’adapte ! Elle a ainsi « estimé que l’obligation de fournir des états mensuels d’exécution du budget n’était pas appropriée compte tenu de l’activité de l’association, ce qui l’a conduit à supprimer la fourniture de ces documents à partir de 2011. »

Les élus à la ville estimant certainement qu’ils n’en faisaient pas assez ont fait un petit geste pour l’édition 2010. La ville a pris intégralement en charge le voyage d’un champion de BMX, Jimmy Levan sur le trajet : Seattle-Atlanta-Paris-Montpellier-Londres-Seattle. Pas de bol, Jimmy s’étant blessé à la cheville, il déclare dans une vidéo tournée par la ville qu’il ne peut pas participer aux épreuves. Les montpelliérains auront dépensé 3 811,52€ pour la convalescence de Jimmy dans le Sud de la France.

FISE de pub’

Dans cette générosité sans borne, la région Languedoc-Roussillon n’est pas en reste en « multipliant par plus de 4 sa subvention à l’association pour devenir, comme elle l’écrit dans des documents présentant l’évènement, le premier bailleur de subventions de la manifestation. » Au-delà des subventions accordées, la région a aussi rajouté quelques joyeusetés dans la corbeille du FISE. Alors que les organisateurs devaient indiquer partout sur leur communication la participation du Languedoc-Roussillon, la CRC constate que la région a acheté des prestations publicitaires en 2007 et 2008 dans le programme et un hors-série DVD FISE 2008. IMG_4795

Dans ce jeu de celui qui a la plus grande subvention, le Conseil général de l’Hérault a botté en touche ne donnant pas suite aux demandes de l’association. Heureusement, car la gabegie des subventions pour le FISE donne le vertige : « Le montant total des contributions financières (subventions) accordées par les trois collectivités territoriales est passé de 175 000 € en 2007 à 530 000 € en 2013, avec un point haut à 613 000 € soit une progression de 203 % et une progression moyenne annuelle de 20,3 %. » Alors que finalement cela a profité à une société privée, Hurricane, la CRC observe qu’ « il apparaît que le financement public représente sur la période 2007-2012, selon les années, entre 80% et 100% des produits d’exploitation. »

 

Si ce rapport est cinglant pour la gestion du FISE, il pose sérieusement question sur le travail des élus qui ouvre grand les vannes à subventions sans jamais contrôler leurs réelles destinations. On parle tout de même d’un total d’1 433 910€ en 2013 (subventions et prestations en nature) ! « Ce n’est qu’à partir de 2012-2013 que les bailleurs de fonds publics ont commencé à prendre conscience de cette pratique de management institutionnel et de gestion contestables », relève la CRC. Que les élus des majorités de l’époque aient voté sans réel contrôle doit questionner. Mais que dire des élus d’opposition qui, à la ville, à l’agglomération et à la région, représentaient l’UMP, le FN, EELV, le Front de Gauche (Parti de Gauche, Ensemble) ? Il n’est pas question ici de faire écho au sempiternelle « tous pourris ». Mais ce dossier soulève surtout la question des compétences des élus et de leur réelle disposition à prendre en main les affaires de la Cité pour le bien commun. Pour qui a déjà suivi une séance de conseil (municipal, d’agglomération, régional), les assemblées ressemblent bien souvent à de vulgaires chambres d’enregistrement où le fait politique, au sens noble du terme, est dilué dans des débats soporifiques où les égos sur-gonflés se frottent les uns aux autres. À ce rythme, le bien commun est sur une pente glissante.

 

Crédit photo de Une : Jérôme Audureau

3 réflexions sur “La gabegie extrême des subventions au FISE

  1. Ca bénéficie surtout aussi au public (bien que moi ça soit pas trop mon truc)… En terme de public attiré/subvention donné, ça me semble pas si énorme. On parle quand même du plus gros évenement Européen en la matière. Quand à la mise à disposition de l’espace public, cela me semble juste normal. Que je sache les autres festival Montpellierain ne payent pas non plus cette mise à disposition…
    Cela dit ça n’excuse pas le manque de suivi…

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  2. Si les subventions ont été versées peut être qu’avec toute cette législation qui se contredit il y a des méandres que l’on peut certainement emprunter pour faire des montages financiers qui peuvent passer. Ce ne serait pas la première fois en France.
    En général quand de tel fait sont dénoncés il faut se poser la question de savoir si ça ne vient pas d’une jalousie quelconque d’une autre association qui elle n’aurait pas obtenu de subventions?
    Ceci dit je ne prend pas parti pour l’un ou pour l’autre, mais plutôt pour les gens qui paient de leurs deniers ces gabegies! C’est à dire vous et moi! Et de fait comment se fait-il que la CRC ne mette le doigt seulement maintenant dessus alors que ça se fait au vu et au su de tout le monde depuis le début ?
    Si il y en a qui ont su profiter du système tant mieux pour eux . Il ne faudrait tout de même pas oublier que les 500000 personnes attendues sur cet événement font fonctionner l’économie du pays. Donc à partir du moment ou il y a de l’argent et du profit en jeu…tout devient ….permis dirait on?
    Soit c’est vrai le montant des subventions semble énorme sur ces qques années mais si l’on calcule ce que les 500000 personnes dépensent sur cette manifestation je serais bien curieux de connaître le chiffre d’affaire et de voir la différence entre l’investissement et le bénéfice.
    Maintenant on peut se poser la question à qui proffite ce bénéfice financier? Il est bien entendu que le bénéfice de l’image de marque pour Montpellier est extraordinaire! Cette manifestation est retransmise dans plusieurs pays à travers le monde et parfois même en direct voyez les retombées!
    Que faire ? Pas supprimer la manifestation ou la pénaliser ce ne serait pas constructif mais par contre il est temps que ça soit géré sérieusement sinon ça finira à l’eau et ce serait dommage!

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