Canton 3 : au centre des convoitises !

Les 22 et 29 mars prochains, les citoyens sont invités à élire leurs conseillers départementaux. Après les cantons I et II, Pas de roses sans épines ! s’intéresse au 3 canton de Montpellier, aussi 17 canton de l’Hérault, composé des Aubes, la Pompignane, l’Ecusson, la Comédie, les Beaux-Arts, Antigone, Parc à Ballons, Rives du Lez, Richter, Port-Marianne, Odysseum, Jardins de la Lironde et Grammont. Ce territoire comprend l’ancien canton de Philippe Saurel, maire de Montpellier. Le binôme qui en ressortira victorieux  sera un vrai symbole contre l’hyper-maire. « Les Sauréliens » ont donc la pression.

Dray-Fitoussi – Tortorici (Majorité municipale) : l’imposture citoyenne

Ce n’est pas la première campagne que Michèle Dray-Fitoussi mène pour Philippe Saurel, le maire de Montpellier. En effet, lors des élections cantonales de 2011, elle était la suppléante de ce dernier sur l’ancien canton III de la ville. sous l’étendard du Parti socialiste, leur candidature fut même victorieuse. Mais une foi élu à la mairie en 2014 , Philippe Saurel le dit : « j’ai démissionné de mon poste de conseiller général alors que je n’y étais pas obligé ». C’est donc Michèle Dray-Fitoussi pourtant déjà conseillère municipale et communautaire qui est devenue élue du département à sa place. Pour les prochaines élections départementales, le maire prévient : « Ceux qui seront conseillers généraux ne seront plus adjoints au maire, ou vice-présidents de la métropole », (Artdeville n°47 mars-avril 2015). Faut-il comprendre qu’ils pourront toujours être simples conseillers à la ville et à la métropole tout en siégeant au département ? C’est déjà le cas pour Michèle Dray-Fitoussi depuis un an et se pourrait l’être aussi pour son binôme, Sauveur Tortorici, qui est actuellement adjoint au maire et conseiller à la métropole. Philippe Saurel a beau jouer sur les mots, cela est et restera du cumul !

Tout cela n’a pas l’air de déplaire à Michèle Dray-Fitoussi, qui lors d’un débat organisé par Midi Libre et TV Sud, n’hésite pas à vanter sa double fonction : « Je suis élue de la métropolCAZf92KWUAArP5-e, je suis élue du département donc je parle avec deux casquettes ». On s’attendait à un autre discours et un autre comportement de la part d’une liste se revendiquant « citoyenne ». Au fil des minutes, ses propos se rapprochent de plus en plus de ceux des professionnels de la politique, allant même jusqu’à dire : « On vote, c’est le seul moment de la vie démocratique où on a le droit de dire quelque chose, sinon on se tait jusqu’au scrutin d’après ». Le « vote », « seul moment de la vie démocratique » ? Voilà une vision bien limitée de la démocratie qui concorde avec celle du maire.

Heureusement pour nous, la démocratie (dêmos, « peuple » et krátos, « pouvoir ») se trouve sous plusieurs formes et tout au long de la vie (comités de quartiers, associations, syndicats). Même si elle est souvent vidée de sa substance, la démocratie ne se cantonne certainement pas aux scrutins. Et que dire de « sinon on se tait jusqu’au scrutin d’après » ? Voilà donc tout ce qu’a à dire Michèle Dray-Fitoussi à ceux qui s’abstiennent ou votent blanc ? Décidément cette liste « citoyenne » est de plus en plus déconnectée des citoyens. Ne pas vouloir « dire quelque chose » comme le dit cette dernière, c’est aussi vouloir faire passer un message. Encore faut-il le comprendre plutôt que le pointer du doigt. Avec 64.78% d’abstention, blanc et nul au premier tour sur l’ancien canton III de Montpellier en 2011, Michèle Dray-Fitoussi devrait savoir que loin d’être une non volonté de donner son avis, le boycott des élections est un véritable phénomène de société qu’il faut traiter comme tel. A croire que le sursaut ne viendra pas de cette caste politique pour qui la formule « liste citoyenne » n’est qu’un moyen comme un autre d’avoir des places, toujours plus de places, et non une autre manière de concevoir la politique, la vie de la cité. L’illusion n’aura que peu durée.

Martin – Buffalon (PS) : comme on se retrouve

Pour ces élections Sylvie Buffalon et Serge Martin auront la lourde tache de représenter la majorité départementale. Sylvie Buffalon est la conseillère générale sortante de l’ancien canton Montpellier IV. Devenue conseillère générale en juillet 2012 après l’élection aux législatives de Patrick Vignal, dont elle était suppléante, elle souffre d’un manque de popularité car elle n’a jamais été mise sur le devant de l’affiche. Pour la petite anecdote, en 2008, au second tour de l’élection cantonale de l’ancien canton 4, Patrick Vignal était alors en ballottage face à un candidat de droite, qui n’est autre que Sauveur Tortorici, le candidat présenté aujourd’hui par Philippe Saurel. Serge Martin est lui aussi un membre du Parti socialiste, il était même en 49ème position sur la liste de Jean-Pierre Moure aux dernière municipales. Président régional des Amis de Jean Jaurès, ses engagements de campagne sont loin de la verve du tribun : « Nous serons réellement 100% avec vous », ou encore : « Nous revendiquons toutes les solidarités, défendons-les ».

Christien-Charrière – Moncharmont (FdG) : ben, mon coco !

Ces deux-là se connaissent bien. Aux dernières élections municipales, ils jouaient dans le même camp : le Parti communiste français (PCF). Ils étaient tous deux candidats sur la liste Front de gauche conduite par Muriel Ressiguier (Parti de Gauche). Mais les rancœurs semblent tenaces : désormais le PG s’est éloigné de ses alliés d’hier pour fricoter sur le canton II avec l’ersatz d’écologie EELV. Marjolaine Christien-Charrière s’est même éloignée du PCF en rejoignant Ensemble, autre mouvance du Front de Gauche. En un an, le PCF de Montpellier a perdu plusieurs de ses plus jeunes militants. Porte-parole d’Osez le féminisme, elle bat la campagne avec le pétillant Roger Moncharmont qui se voyait tête de liste aux municipales.

L’apparatchik n’aura pas eu son heure de gloire à l’époque et a du mal à être connecté avec la réalité sociale de Montpellier. D’ailleurs, il se présente modestement comme inspecteur du travail. Un titre spolié alors qu’il est directeur du travail de l’unité territoriale de l’Hérault à la DIRECCTE du Languedoc-Roussillon. En clair : il est le grand patron des inspecteurs du travail et met en oeuvre la politique du gouvernement actuel en la matière sous les ordres de Rebsamen. Ce qui n’empêche pas l’énergumène, dans ses tracts de campagne, d’houspiller le méchant gouvernement socialiste en se mettant dans les pas du Syriza grec. Au PCF, il n’y a pas d’âge pour faire des pirouettes !

Quoiqu’il en soit, leur profession de foi sorti tout droit du Politburo reste général : « refuser le désengagement de l’Etat », « Refuser les grands projets inutiles ou nuisibles », « Construire ensemble une démocratie participative », etc. « J’inscris ma candidature dans la perspective d’un changement dans le statut du travail », écrit Moncharmont. Une bien belle idée à soumettre à ses subordonnés. Mais une idée à côté de la plaque pour qui brigue le mandat de conseiller départemental. Moncharmont s’est trompé d’élection et a dû se croire prétendant à la présidence de la République. Il enchaîne décidément les rêves brisés.

Benglia – Goeller (FN) : Kit à mentir, autant le faire bien

Nous l’avons vu lors de l’analyse du canton II, pour ces élections départementales le Front national utilise un matériel de campagne identique, le kit, dans tout le pays. Inutile donc de chercher une quelconque proposition concernant votre canton en particulier ou même une phrase parlant de la situation locale dans l’Hérault. Plutôt cocasse pour un parti voulant défendre les institutions de proximité. Seule les premières pages des tracts à l’effigie des candidats FN, qui sont ici Jean-Paul Benglia et Jocelyne Goeller, sont locales. Mais en plus de faire de la propagande à grande échelle, le parti d’extrême droite sème le trouble en jouant avec les chiffres et les graphiques en plus de tromper les électeurs quant aux compétences du conseil départemental.

En effet, le journal Le Monde a fait un travail de décryptage du tract 8 pages du FN et les erreurs ne manquent pas. Sur la deuxième page du document, se trouvent deux graphiques volontairement trompeurs. Sur le premier « le Front national dénonce l’explosion du nombre de chômeurs, passé de 3,1 millions en décembre 2007 à 5,2 millions en décembre 2014. Le parti a ici choisi de retenir le nombre de chômeurs toutes catégories confondues : à la fois la catégorie A (aucune activité) et les catégories B et C (activité réduite). Ces chiffres, issus du ministère du travail, sont vrais ». Mais petite magouille visuelle, « l’axe des ordonnées ne commence pas à zéro, donnant l’impression d’une augmentation plus élevée qu’en réalité », ajoute le journal.  A gauche le graphique du FN, à droite le graphique aux bonnes dimensions.

Le second graphique concerne « les hausses d’impôts successives ces dernières années. Par « taxes et impôts », le FN évoque ici les prélèvements obligatoires, qui incluent également les cotisations (assurance maladie, retraites, etc.). » Ces derniers ont effectivement augmenté ces dernières années comme nous renseigne l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Mais la aussi la représentation du FN est biaisée. « Comme celui sur le chômage, l’axe des ordonnées ne commence pas non plus à zéro, comme cela doit normalement être le cas, mais à 818,3 milliards d’euros. Cela donne une courbe à la « pente » beaucoup plus forte que réellement ». De plus, « il manque deux années, 2009 et 2010. Choix étonnant… sauf lorsqu’on constate que ces prélèvements obligatoires ont diminué en 2009 (795,8 milliards d’euros), avant de recommencer à augmenter en 2010 (825,1 milliards d’euros) et de dépasser en 2011 le niveau de 2008. » Enfin, « ces prélèvements obligatoires sont exprimés en volume (milliards d’euros). Or ils sont dépendants du produit intérieur brut (PIB) et de sa croissance : si le pays est en récession, comme en 2009, alors le volume diminue, comme on l’a constaté précédemment. Si le pays est en croissance, et donc s’enrichit, alors les prélèvements obligatoires augmenteront sans forcément que leur taux augmente. Il est plus judicieux de visualiser ces changements en mesurant la part de ces prélèvements obligatoires dans le PIB. Cela étant, dans ce cas, l’augmentation reste nette, de 42,1% en 2007 à 44,7% en 2013 – un niveau jamais atteint auparavant. » A gauche le graphique du Front national, à droite le graphique réel :

En plus de jouer sur les images et les chiffres le FN joue aussi sur les mots pour tromper les électeurs quant aux compétences du département. « Dans son tract, le Front national mentionne plusieurs de ces propositions phares, comme « arrêter l’immigration », « mettre en place le patriotisme économique » ou encore « faire de vastes économies sur l’immigration, la fraude fiscale et l’Union européenne ». Problème : toutes ces thématiques ne sont aucunement du ressort des conseils généraux – et des futurs conseils départementaux. » conclut le journal. Il n’est pas question ici de remettre en cause l’augmentation des prélèvements obligatoires ou du nombres de chômeurs, mais de voir comment le FN manipule les données qu’il divulgue ensuite aux citoyens. Au lieu de faire un travail d’éducation populaire en expliquant clairement les choses et en y proposant des réponses, le Front National met des couleurs criardes et affole les masses avec des graphiques pipés. Le parti d’extrême-droite ne cherche pas le raisonnement, il tire sa force de l’émotion sans réflexion. Il est à parier que cette malhonnêteté ne sera pas que sur le papier.

Bouix – Avallone (UMP) : vous avez dit renouveau ?

Sébastien Avallone qui était en 23 position sur la liste de Jacques Domergue lors des municipales 2014 se retrouve aujourd’hui collaborateur du groupe UMP au sein de la mairie et de la métropole. Pour ces élections, il part donc en campagne avec Alyne Bouix, non encartée, afin de conquérir ce 3 canton. Leur slogan ? « Enfin le renouveau ». Pour se faire le binôme peut compter sur le soutien de Jacques Domergue, député de la de la seconde (2002-2007) puis la première (2007-2012) circonscription de l’Hérault tout en cumulant le poste de conseiller régional (2004-2008), et conseiller municipal de Montpellier depuis 2008. Mais aussi celui d’Elie Aboud, député de la sixième circonscription de l’Hérault depuis 2007, aussi élu à la mairie de Béziers depuis 1995. Le renouveau a ici un petit goût de renfermé.

Les idées portées par le duo aussi ne datent pas d’hier. En effet, leur première proposition est de « baisser la fiscalité départementale: en pratiquant notamment des économies sur les dépenses de fonctionnement du Conseil général », le binôme préfère donc découper en petits morceaux l’institution départementale plutôt que de lutter contre l’austérité imposée par l’Etat (-17,4 millions d’euros pour 2015). Les deux candidats veulent également la « sécurité des biens et des personnes: renforcer le réseau de vidéo-protection au sein des collèges pour mieux protéger nos enfants ». Alors même que les parents-d’élèves montpelliérains se mobilisent contres les baisses de moyens pour les établissement, comme au collège des Aiguerelles, la proposition de la droite fait flop. La meilleure façon de protéger les enfants est encore de leur offrir une éducation de qualité est la plus accessible qui soit. La droite toujours attachée à mettre les projecteurs sur les plus défavorisés souhaite « mettre en oeuvre une politique de solidarité responsable en demandant des 5 heures de travail dans l’intérêt général par mois aux allocataires du RSA ». Il faudrait donc mériter de survivre, quelle vision inhumaine. L’UMP, véritable machine à créer des élus condamnés (corruption, abus de biens sociaux, prises illégales d’intérêts, fraude fiscale…) devrait commencer à inscrire cette mesure dans ses propres statuts. En tout cas une chose est certaine, Sébastien Avallone et Alyne Bouix n’ont pas renouvelé la novlangue habituelle politicienne. « vidéo-protection » à la place de vidéosurveillance, car une caméra n’a jamais protégé personne ou encore « solidarité responsable » qui cache en réalité un flicage social. Un renouveau qui rappelle du déjà-vu.

Mantion – Reynaud (EELV) : l’écologie du spectacle

Coralie Mantion et Manu Reynaud ne perdent pas une seule occasion de faire le buzz. Lors du débat entre les candidats organisé par Midi Libre et TV Sud, Manu Reynaud n’a pas caché son désamour pour l’institution départementale, qu’elle se nomme Conseil général ou désormais Conseil départemental : « La position des écologistes sur le conseil général elle est connue ». En effet, elle est connue et visible sur le site d’Europe écologie les verts : « la simplifEELVication du paysage institutionnel avec la suppression des conseils généraux ».  Mais alors que fait ce candidat qui brigue un mandat dans une collectivité territoriale qu’il souhaite voir disparaître ? « On sait que cette institution disparaîtra un jour, de fait, ça a été voté par la droite et par la gauche. Maintenant il s’agit d’accompagner avec cette réforme territoriale et avec la grande région ». Le seul but d’EELV serait donc d’accompagner le département sur son lit de mort, voilà un programme qui fait rêver ! Ces acquis de la Révolution vont donc être réduits en fumée sur l’autel du diktat financier de Bruxelles, Manu Reynaud aidant à raviver les flammes si besoin est. Triste tableau qui peut faire sourire quand on sait que dans le canton Montpellier II, EELV est en campagne avec le Parti de Gauche qui a une vision diamétralement opposée sur cette question. Mais qu’importe, il est clair que la cohérence n’est pas une chose essentielle dans cette élection, du moins pour les candidat-e-s.

N’étant donc pas trop porté sur les compétences du département, le binôme a axé sa campagne sur des sujets qui le dépasse complètement. A l’instar de la future gare de la Mogère. Affiches, actions de rue, le duo veut faire des prochaines élections un véritable référendum pour ou contre cette gare. Aussi inutile soit-elle, il faut quand même rappeler que le département ne participe même pas à son financement, sans pour autant que cela gêne sa conCAOOSOIWUAAM0l1struction déjà programmée. Mais il ne restait plus que ça à Coralie Mantion et Manu Reynaud pour exister médiatiquement. A force de vouloir faire parler d’eux, les candidats vont même jusqu’à se faire une mauvaise pub. Le 16 mars, une action consistait à déployer une banderole sur la gare Saint-Roch et de jeter de faux billets par terre, synonyme du gaspillage financier que représenterait la construction d’une seconde gare. Mais les retours ne sont pas tout a fait en phase : « Pas très écolo leur geste tout de même! », « C’est un peu polluant quand même… », ou encore « MDR et ils se disent écolos la blague de l’année ». Voici les messages que l’on peut trouver sur la page Facebook de France 3 Languedoc-Roussillon qui en a fait un article. Le moins qu’on puisse dire c’est que malgré le fait que les militants EELV aient ramassés tous les billets au sol, le message n’est pas passé. Le binôme aurait décidément mieux fait de concentrer ses efforts autours des vrais enjeux départementaux, notamment sur les questions sociales (58% du budget 2015). Même si EELV n’aime pas le l’institution départementale et l’assume, ses candidats vont sans doute apprécier les 2 718 euros d’indemnités qui vont avec le poste de conseiller-ère, qui eux ne sont pas factices pour le coup.

Se présente aussi sur ce canton le binôme Tsagalos – Tamzarian (UDI-MoDem).

 

Les cantons s’additionnent et les programmes politiques restent tout aussi vagues. Sur Montpellier III, la gué-guerre entre le binôme de la majorité municipale et le PS sera plus prégnante qu’ailleurs. Dans le flou artistique entourant cette élection, les appels au vote pour le second tour vont être à surveiller de prêt. Quelques retournements de veste ne sont pas à exclure.

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