Collège des Aiguerelles : la grande farce des politiques et de l’administration !

À la veille du week-end de Pâques, parents d’élèves et enseignants du collège des Aiguerelles se retrouvaient pour leur cinquième assemblée générale après trois semaines de blocage. Pour cette AG, ils ont eu droit à un numéro de Grand-Guignol offert par des personnages haut en couleur : d’un côté, l’administration représentée par Laurent Thieffaine, directeur de cabinet du Recteur Armande Le Pellec Muller. De l’autre, Patrick Vignal, député PS, qui s’est investi d’une étrange mission de médiation. Une vraie farce quand on s’intéresse à la vision de l’éducation portée par le Recteur et le député bien loin de l’idéal de l’Éducation nationale républicaine.

IMG_5596Ce vendredi soir, les collégiens des Aiguerelles, leurs parents et leurs professeurs ne profiteront pas tout de suite de leur week-end de Pâques. Alors que rendez-vous est donné à 18h à l’entrée du collège, il leur faudra attendre une bonne heure pour commencer les débats. Effectivement, dans un bureau de l’école Charles Dickens toute proche, la Directrice académique des services de l’Éducation nationale (DASEN), Laurent Thieffaine, le directeur de cabinet du Recteur, Patrick Vignal, député PS de la neuvième circonscription, et une délégation des professeurs et parents d’élèves tentent de régler la situation de l’établissement bloqué depuis trois semaines. Parents et enseignants dénoncent la dotation horaire globale prévue pour les Aiguerelles à la rentrée prochaine. Le rectorat s’est appuyé sur des faux chiffres pour prévoir une dotation en baisse qui impactera les moyens alloués au collège comme nous l’avons déjà expliqué ici. Le collège Croix d’Argent qui, au bout de deux jours de blocage, avait eu gain de cause pour un problème similaire de dotation et le fait que le député Vignal s’intéresse à leur histoire laisse croire à l’assemblée que les choses vont enfin pouvoir évoluer en leur faveur. C’était oublier le grand sens de l’humour de l’administration et du politique rassemblés !

Patrick Vignal, le député-leurre

Parents, enfants et professeurs attendent patiemment la joyeuse bande alors que les murmures bruissent : le rectorat n’a rien lâché. La DASEN, Thieffaine et Vignal sont accueillis par le slogan scandé en chœur : « rendez-nous nos heures ! rendez-nous nos heures ! » Et Patrick Vignal de prendre le micro pour s’improviser animateur de soirée en jouant sur la démagogie : « je voudrais d’abord remercier les parents, les enseignants parce que c’est quand même important de s’occuper de nos gamins. » Courageux mais pas téméraire, Vignal se dédouane par avance : « au départ, je n’ai rien à IMG_20150403_194552faire là, que ce soit clair, je n’ai rien à vous demander, j’ai rien à vendre, j’ai rien à promettre. On est clair comme ça…, c’est un débat. » C’est clair, les parents doivent participer passivement au show de l’éminent député qui pensait peut-être se faire là un gros coup de com’ sur leur dos.

Excusant Jean-Louis Roumégas, le député de la circonscription des Aiguerelles, retenu à Paris, il poursuit : « moi je suis venu parce que j’étais élève ici aux Aiguerelles. » Vignal a une drôle de conception de son rôle d’élu de la République : les députés ne seraient redevables que du territoire de leur circonscription ? Faut-il lui rappeler qu’il est élu à l’Assemblée nationale où il vote des lois nationales et qu’il est bien député de Lille à Perpignan. « Moi j’ai fait mon rôle d’élu et j’ai appelé et j’ai même eu le recteur au téléphone pour lui dire que je veux comprendre les choses. Si c’est pour faire une lettre et plus nous revoir ça sert à rien ! Donc je resterai avec vous le temps qui faudra parce que je veux comprendre comment ça marche ! », poursuit l’animateur de soirée.

Monopolisant le micro, le voilà parti à mettre en forme son histoire laissant penser qu’il est du côté des parents : « On a eu un débat très houleux avec Monsieur Thieffaine, directeur de Madame le Recteur. Ça fait deux heures qu’on s’empaille comme on dit chez nous. » Et, à mesure qu’il développe son propos, il infantilise les parents qui se retrouvent sur les bancs de l’école : « Moi je pense qu’il faut leur donner la parole, qu’ils s’expriment, qu’ils expliquent leur point de vue et sans siffler et sans crier, sinon ça sert à rien du tout. » Compris les parents ? On ne crie pas !

Avant de lâcher le micro, il promet d’être devant le collège mardi 7 avril à 8h30 pour se faire « une analyse objective » de IMG_20150403_195339la situation. Et de poursuivre ses phrases commençant par « moi je » : « moi je ne veux pas dédouaner l’administration. Eux, ils ont un compte, ils ont un ordinateur et on leur dit 445 dotations pour tant de gamins. Sauf qu’eux, ils ont pas tout ce qu’est la richesse de notre société, c’est l’humain derrière. » L’administration appréciera. Il poursuit : « On a la chance d’avoir des collèges où les parents d’élèves et les enseignants sont vraiment ensemble. Mais je pense qu’il est important pour continuer votre bagarre qu’on écoute aussi le deuxième camp. » Les « bagarreurs » de cour d’école apprécieront à leur tour.

Personne n’est dupe du rôle joué par Vignal ce soir-là. Ainsi, il s’est trahi quand il a proposé aux parents « d’oublier, pas d’effacer, d’oublier les trois semaines » de blocage. Un parent lui rétorque que c’est « un petit peu insultant de venir nous dire qu’ils (les membres du rectorat, ndlr) commencent à travailler avec nous après trois semaines de blocage, c’est limite un petit peu du foutage de gueule ». Plus tard, un père l’invective : « vous essayez de nous endormir ! Vous nous essoufflez ! » Le député-leurre n’aura pas fait illusion bien longtemps. C’est qu’en réalité, il se contrefout de l’éducation lui préférant l’entrepreneuriat.

Merci patron Vignal !

Pour comprendre que l’éducation n’est pas sa priorité, il faut s’intéresser de près à son activité parlementaire. Et son « je n’ai rien à faire là » lancé aux parents en introduction de son propos laisse le citoyen lambda pantois. Effectivement, Patrick Vignal est tout de même membre de la Commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale ! Une commission dont les domaines de compétences sont, entre autres, l’enseignement scolaire. Mais il est vrai que Patrick Vignal a d’autres préoccupations comme en atteste son activité à l’Assemblée. Il lui aurait été pourtant aisé d’interpeller la Ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, lors des traditionnelles questions au gouvernement du mercredi. Mais Vignal avait d’autres priorités.IMG_20150403_195342

Alors que les parents des Aiguerelles entamaient leur mouvement de blocage, il participait à une séance de la Commission des affaires culturelles et de l’éducation le 17 mars à 16h30. Il s’agissait de l’ « audition de M. Patrick Kanner, ministre de la ville, de la jeunesse et des sports, et de M. Thierry Braillard, secrétaire d’État aux sports », nous apprend le compte-rendu. Vignal aime le sport et ne manque pas de poser une question pertinente : « Comment faire pour inventer une mobilité urbaine sportive qui permettrait aux gens de quartiers difficiles de pratiquer une activité sportive avec des personnes venant d’autres quartiers ? » En préservant des collèges comme celui des Aiguerelles, avons-nous envie de répondre à celui qui possède 50% du capital de la SARL Acquaforme – une salle de sport – dont l’associé-gérante n’est autre que Françoise Vignal, sa conjointe. Les deux tourtereaux sont aussi les heureux parents de la société Pepsy « spécialisée dans le secteur d’activité de la location de terrains et d’autres biens immobiliers. »

Il lui restait encore deux semaines pour se rattrape. Mais il préfère interpeller le ministre du travail sur les dysfonctionnements du régime social des indépendants (RSI): « À l’heure où la France connaît une crise de confiance », écrit Vignal, « il y a urgence à agir afin d’aider une partie importante et influente de la population active. » Jusqu’à fin mars, il interpellera aussi la ministre de la santé « sur les règles de regroupement des pharmacies sur une plateforme de vente de médicaments sur internet » et la ministre de l’écologie « sur le contournement de la ligne grande vitesse, LGV entre Nîmes et Montpellier. » À côté de ces sujets, l’avenir des collégiens des Aiguerelles reste peu de chose. C’est que l’avenir de ses propres enfants est assuré. Ainsi, sa fille, Maryll Vignal, est l’une de ses subordonnées en tant qu’attachée parlementaire, comme nous l’apprend sa Déclaration d’intérêts et d’activités.

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Armande Le Pellec Muller, la Thatcher de l’éducation

Comme de coutume, il ne fallait pas chercher à trouver la trace d’Armande Le Pellec Muller, recteur de l’académie de Montpellier. C’est son chien de garde qui a la charge d’annoncer à la foule que rien n’est lâché. Le brave Laurent Thieffaine n’est pas un habitué du grand air des cours de collège. Dans son costume gris, l’homme mal à l’aise ne prend pas la parole longtemps abreuvant les parents d’un discours langue-de-bois. Il refuse de rentrer dans le détail de l’argumentation car « le but n’est pas de rentrer dans les détails de la dotation parce que comme ça on peut pas le faire ». Le mépris chevillé au corps, il ajoute : « aujourd’hui on a commencé à travailler (avec Vignal, ndlr) , il y a des choses sur lesquelles on est d’accord, d’autre sur lesquelles nous ne sommes pas encore d’accord car nous n’avons pas eu le temps de finir le travail. » Et il préfère parler de « coût, euh, le nombre d’heures« , bégaie-t-il préférant s’échapper plutôt que d’argumenter.

IMG_20150403_195547L’homme n’a rien à dire et ne décide de rien. Celle qui tire les ficelles préfère se pavaner auprès du monde de l’entreprise. Le Recteur, Armande Le Pellec Muller, veut étouffer le conflit d’une main de fer car, elle aussi, a une drôle de conception de l’éducation. Avec un CV administratif long comme le bras, elle vient de Strasbourg où elle a été rectrice « un peu moins de trois ans », nous apprend L’Étudiant. Armande aime aussi les breloques : elle est chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur, officier dans l’ordre national du Mérite et commandeur dans l’ordre des Palmes académiques. En résumé, c’est un bon petit soldat du gouvernement de l’austérité. Et la Thatcher de l’éducation prend son rôle très au sérieux !

Mais ne venez surtout pas lui parler d’éducation dans le but d’émanciper ! Armande n’est pas de cette vieille école des Hussards noirs de la République. Armande est une gagnante et préfèrera toujours le Medef à Jules Ferry. D’ailleurs, ça rapporte plus. Elle fait partie des heureux gagnants de la prime de Noël 2014 de 25 620€ accordée aux recteurs, soit 10 000€ de plus qu’en 2013 ! D’ailleurs, dans le premier numéro de « La Lettre du recteur », son objectif est clair : « Priorité à l’insertion professionnelle », est titré son édito. Pour elle, « les jeunes ont besoin de l’école et des entreprises LettreduRecteur-1conjointement pour acquérir les valeurs, les connaissances et les compétences utiles à leur projet personnel et professionnel. » En juillet 2014, elle a d’ailleurs créé le Club Ecole-Entreprise, « une association de dialogue entre écoles et entreprises, au bénéfice des élèves et pour le développement économique du territoire. » Entre autres objectifs, le Club est pour le développement de l’esprit d’entreprendre et le développement d’un partenariat plus actif entre les entreprises et les acteurs de la formation. Les parents et enseignants des Aiguerelles doivent la faire doucement rigoler avec leurs heures pour des classes bilangues en allemand. C’est qu’ils n’ont pas entendu son cri du cœur lancé à la première « Matinale du Club », le 2 mars dernier à Béziers : « Il est indispensable de bien faire comprendre aux jeunes que rien n’est jamais figé. » Jawohl mein general !

Ma petite entreprise… au collège

À la lecture de « La Lettre du Recteur », on comprend mieux l’état d’esprit d’Armande Thatcher et que le combat des Aiguerelles est à mille lieues de ses ambitions académiques. Dans son dossier : « Les professionnels s’invitent dans les établissements », plutôt que d’apprendre les langues mortes ou vivantes, les collégiens auraient les faveurs du recteur s’ils créaient leur « mini entreprise ».  « Un programme pédagogique qui permet à des collégiens, des lycéens ou des étudiants de vivre la création et le développement de l’activité d’une entreprise, les élèves étant accompagnés tout au long de leur projet par leurs enseignants et par un parrain issu du monde de l’entreprise », écrit Armande.Quand ils auront testé leur « mini entreprise » jusqu’au lycée, ils pourront ensuite profiter du « statut d’étudiant entrepreneur » qui permet « aux étudiants de voir la création d’entreprise comme une opportunité quelque soient leur formation, leur niveau d’étude, leur origine sociale, culturelle, territoriale. »

À moins d’être contrainte par sa hiérarchie après une pression supplémentaire du mouvement, on voit mal comment, dans ces conditions, Armande Le Pellec Muller revienne sur la dotation du collège des Aiguerelles pour améliorer le suivi des élèves en difficulté et le maintien de sections internationales. Avec elle, l’académie de Montpellier entre de plein pied dans l’école du Medef.

Les parents d’élèves, les dindons de la farce ?

Les parents d’élèves ont très bien compris à quoi jouait le rectorat : le pourrissement du mouvement jusqu’aux vacances de Pâques vendredi prochain. Le témoignage de ce père de famille éclaire la situation : « j’ai discuté avec Monsieur Thieffaine mardi soir pendant une heure devant le portail et à un moment donné il a lâché : « on peut faire pareil avec moins ». Monsieur Thieffaine, il a aussi dit que pour éduquer les enfants, il fallait laisser faire les IMG_5587professeurs, pas les parents », raconte-t-il au micro. « Il y a autre chose à économiser que le temps d’éducation de nos enfants ! », conclut-il. À la fin de l’AG, le dégoût domine dans les rangs des parents. « Ils nous parlent comme à des gosses ! », réagit une maman. Une autre qui a les larmes aux yeux enchaîne : « à aucun moment il ne parle des enfants ! ils n’en parlent que comme un coût ! »

 

Lors de cette assemblée générale, administration et politique ont fait un numéro de Pipo et Mario qui ne trompe personne. Le député Vignal a beau jeu de pointer l’attitude d’une administration qui ne fait qu’appliquer les lois d’austérité que le même député vote à l’Assemblée nationale. L’hypocrisie ne tient pas à la lumière des faits. Les parents et les enseignants sont plus que jamais solidaires pour se battre pour une réelle éducation républicaine pour leurs enfants. Armande Le Pellec Muller engage un bras de fer où elle perd la main. Aucun parent dans cette académie ne voudra de son projet pédagogique Made in Medef. Peut-être est-il temps pour elle de postuler dans le privé pour appliquer ce qu’elle prône à ses élèves. « Il est indispensable de bien faire comprendre aux jeunes que rien n’est jamais figé », dit-elle ? Les parents vont se charger de le lui démontrer.

4 réflexions sur “Collège des Aiguerelles : la grande farce des politiques et de l’administration !

  1. Merci beaucoup les garçons , On vous aime , vous êtes experts pour mettre les choses à plat !!!!Merci du fond du coeur, c’est pour tout ça qu’on doit continuer à se battre !!! Pierre-Marie

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  2. Tiens, des veaux se sont apparemment trouvés un Grand Combat. Il faudrait expliquer à ces veaux, au lieu d’un magnifique article service de soupe avec le vocabulaire « de gôche » dégoulinant qui va bien (l’auteur serait-il directement impliqué dans cette blague ?), qu’un mois de cours perdus est peut être plus ennuyeux pour l’instruction de leurs gamins (qui ne pensent qu’à s’amuser et faire des trucs excitants, tout ceci étant forcément bien plus rigolo que bosser, donc) que peut-être un peu plus d’élèves par classe l’année prochaine. Ce qui serait réctifié l’année suivante si jamais les prévisions étaient fausses.

    M’enfin bon, la raison ne doit pas être une chose qui peut atteindre un veau, donc amusez vous bien. Les profs doivent être ceux qui rigolent le plus dans l’affaire: même pas besoin de faire grève pour leurs combats d’arrière garde, les veaux leur offrent les vacances. Et pourtant, si le nombre d’élèves par classe est si grand, c’est sûrement plus parce que le nombre d’heures de cours de leurs amis les profs sont plutôt faibles. Pathétique …

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