Eau : le cocktail explosif qui coule dans nos robinets !

Philippe Saurel, président de Montpellier métropole, affublé de son nouveau chien de garde faisant office de caution de gauche René Revol, maire de Grabels et vice-président en charge de la régie publique de l’eau, se gargarise de mettre en place un vrai service public de l’eau sur le territoire de la métropole. Une annonce à relativiser quant aux actes. Les groupes privés sont encore bien présents dans la gestion de notre eau. Et d’ailleurs, en nous abreuvant de belles paroles, quelle eau publique nous font boire les deux compères ?

IMG_4770« L’objectif est d’avoir une gestion qui soit la plus économe et la plus responsable possible », assure devant la presse René Revol (Direct Matin Montpellier Plus – 15/04/15). Le Che Guevara aquatique poursuit : « on aura la régie qui laisse le plus de place aux citoyens, avec la possibilité d’intégrer des tarifs sociaux » (Midi Libre – 14/04/15). Sur le prix en régie, « nous y reviendrons ultérieurement avec précision », répondent Saurel et Revol à Midi Libre. C’est qu’il est loin le grand service public de l’eau boutant hors de sa gestion les multinationales Véolia et consorts.

Une régie à bas débit

La régie publique qui entrera en vigueur au 1er janvier 2016 ne concerne effectivement que treize communes de la métropole sur trente-et-une : Grabels, Jacou, Juvignac, Lattes, Le Crès, Montferrier-sur-Lez, Montpellier, Pérols, Prades-le-Lez, Saint-Brès, Sussargues, Vendargues, Villeneuve-les-Maguelone. Et cette régie ne concernera que la distribution de l’eau et pas l’assainissement dont deux contrats restent entre les mains de Véolia « pour un montant de 95 M€ ! Une façon de se consoler… », ironise Midi Libre.

Le verre de la régie est donc à moitié vide ou à moitié plein selon que vous voulez voir la réalité en face ou jouer sur la corde de la communication vaseuse. Car cette régie va continuer à rapporter gros aux entreprises privées ! Ainsi, dans sa revue de presse du 28 mars 2015, Montpellier journal nous apprend que « Naldeo (…) vient d’emporter le marché d’assistance maîtrise d’ouvrage pour « l’accompagnement organisationnel, juridique, financier et technique pour la mise en place de la régie de l’eau potable et de l’eau brute ». Le marché court jusqu’au 30 juin 2016. Montant : 446 136€ TTC. » Ce qui n’empêche pas Saurel de seriner dans la propagande officielle de la métropole : « Bien commun de l’humanité, l’eau sera bientôt notre bien public. » Et son fidèle obéissant au doigt et à l’œil de répéter dans le même document : « L’eau est un bien commun de l’humanité. Sans eau, un être humain ne survit pas plus de 3 jours. » Et, sans l’eau, combien de temps une multinationale survivrait-elle ? Ce n’est pas à Montpellier que nous aurons la réponse.

Eau bénite publique du Rhône au Lez ?

Avant de couler dans le robinet des 337 000 habitants des treize communes concernées, d’où vient cette eau qui, d’un coup, reçoit l’onction des saints Saurel et Revol ? Dans la fiche de presse du lundi 13 avril 2015, on apprend que « la Régie aura également en charge le développement et la gestion des réseaux d’acheminement de l’eau brute du Bas Rhône du Languedoc sur le territoire métropolitain. » Le Bas Rhône du Languedoc n’est autre qu’un « canal d’irrigation amenant l’eau du Rhône vers le sud du département du Gard et l’est du département de l’Hérault depuis les années 1960 », explique l’encyclopédie en ligne Wikipédia. Ce canal porte aussi un autre nom : le canal Philippe-Lamour qui « permet l’aménagement du territoire de cet espace en permettant une diversification agricole, d’assurer sa croissance urbaine et touristique (…) ». L’utilisation de l’eau est claire : de l’eau pour le business, mais pas que.

En décembre 2014, le collectif Eau secours 34 interpellait les élus de Montpellier Agglomération sur la qualité de l’eau du Rhône. Dans une lettre ouverte, les représentants d’Eau secours 34 écrivaient : « le schéma directeur d’alimentation en eau potable prévoit la construction d’une usine de potabilisation de l’eau du Rhône à Valedeau. Cette usine va coûter dans les 75 millions d’euros. Les analyses de l’eau du Rhône ont révélé des taux importants de métaux lourds et de pesticides, la présence de résidus médicamenteux et de nanoparticules n’est pas contrôlée. L’eau de bonne qualité, qui nous alimente à partir de la source du Lez sera mélangée avec celle du Rhône qui est classée comme tout juste potabilisable. » En gestion privée ou publique, l’eau reste tout autant polluée mais sur ce sujet Saurel et Revol restent d’une discrétion de violette préférant noyer le poisson dans la régie.

Pour Eau secours 34, des leviers sont faciles à trouver plutôt que de construire une usine de dépollution hors de prix pour le contribuable. D’abord, « en réduisant les pertes entre la source et le robinet, il y a aujourd’hui 26 % de perte soit plus de 8 millions de m3 par an. L’économie de consommation est déjà réelle et peut encore s’améliorer. » Ils poursuivent leur missive aux élus, Saurel et Revol compris, ainsi : « À investir 75 millions d’euros il serait plus avisé de les investir dans la construction de réservoirs et de réseaux secondaires d’eau brutes à partir de ces ressources saisonnières. Ce faisant on pourrait ainsi du même coup améliorer la lutte préventive contre les inondations et donner un coup de fouet à la relance d’une agriculture de proximité à l’échelle de la « métropole ». Avec de la meilleure eau que celle du Rhône ! » Eau secours 34 donne une solution globale clé en main. Car l’enjeu de l’eau n’est pas simplement la gestion de l’eau qui coule au robinet mais l’ensemble de la problématique liant les activités humaines et la qualité de la ressource. Un travail qui reste bien plus compliqué que d’ânonner « l’eau, bien commun de l’humanité » devant un parterre de journalistes. Cette eau bénite publique aurait-elle de nouvelles vertus ? Bien au contraire, c’est un sacré cocktail qui remplit nos pichets !

Cocktail explosif

Eau secours 34 aura bien une réponse à son courrier de décembre 2014… le 13 février 2015. Le pétillant René Revol a eu le temps de préparer ses arguments mais la démonstration tombe à l’eau. « L’alimentation en eau de Montpellier Méditerranée Métropole repose, pour une très grande part et pour les communes où notre collectivité exerce la compétence en propre, sur une ressource souterraine, celle du karst de la source du Lez », écrit l’élu. Il avoue que « l’aquifère karstique du Lez, comme toutes les ressources de cette nature, présente une vulnérabilité importante (…) » D’après lui, « cette vulnérabilité intrinsèque, connue depuis longtemps (…) nécessite, en cas de pollution et afin d’assurer la continuité du service public, de pouvoir recourir à des ressources de substitution. » Et pour Revol, la substitution est toute trouvée : le « canal Philippe-Lamour qui transporte l’eau du Rhône jusqu’aux portes de Montpellier. »

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En écrivant cela, Revol nous promet donc de boire un cocktail explosif. Pour s’en assurer, il suffit de lire les récentes études sur le sujet. D’abord, concernant le karst du Lez, « la carte de l’indice global de vulnérabilité montre que le bassin d’alimentation de la source du Lez est d’une  vulnérabilité moyenne à très élevée, dont 61 % de vulnérabilité élevée à très élevée », apprend-on d’un document de Montpellier Agglomération. Ce qui veut dire que les polluants ont de fortes chances de s’en donner à cœur joie. Ce que confirme une étude de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) de Languedoc-Roussillon.

PCB dans le gosier

Le premier ingrédient du cocktail explosif est l’un des plus dangereux que l’on retrouve dans le milieu naturel. Il s’agit des fameux PCB (polychlorobiphényles/polychloroterphényles) ! Ce sont « des polluants organiques persistants, Contamination-PCB_Dept_34_cle2b531e-1bioaccumulables, difficilement biodégradables, très toxiques avec de nombreux effets neurologiques ou endocriniens. Ils sont, en outre, classés en tant que substances probablement cancérigènes pour l’homme », explique la DREAL. « Les PCB sont des produits de synthèse abondamment fabriqués entre les années 30 et 80. Ces substances (209 « congénères ») très stables thermiquement furent utilisées comme plastifiants, fluides caloporteurs et isolants électriques », poursuit la direction régionale. Leur présence dans les cours d’eau n’a donc rien de naturel et est dû à l’activité huPCB_carte-contamination_2013maine. Pour la DREAL, « les PCB sont des substances hydrophobes, rarement rencontrées dans l’eau, leur présence y dénote une très forte contamination. Les PCB se retrouvent donc préférentiellement dans les sédiments et surtout dans la matière grasse des êtres vivants. »

On les retrouve dans plusieurs cours d’eau de la région Languedoc-Roussillon. Et dans l’Hérault, deux « sont identifiés comme les plus touchés au plan environnemental » : le Lez et le canal Philippe-Lamour ! Le Bassin Rhône-Méditerranée dont l’eau arrive par Philippe-Lamour était même considéré comme  « foyer de la crise PCB en 2005 ». Et Revol a beau jeu de nous pondre une usine de décontamination : les PCB ne se décomposent qu’à partir de 1 000 degrés comme l’explique La lettre de Bureau Veritas.

 

Pesticides et métaux sur un plateau

Selon la DREAL, sur les quarante-quatre stations régionales, « en 2011, aucune station n’a été exempte de pesticides ». En ligne de mire : les activités agricoles qui répandent principalement « des herbicides, au premier rang desquels le glyphosate et Herault_Pesticides_2011_cle017562surtout son métabolite l’AMPA. Les triazines détectées (30% des stations) le sont généralement dans les prélèvements de printemps. » Une bonne nouvelle dans cet océan de polluants : entre 2008 et 2011, la qualité des eaux s’améliore dans l’Hérault.

 

Les contaminations métalliques sont présentes dans l’Hérault avec un gloubi-boulga d’arsenic, de cuivre, de mercure, de plomb, de zinc et autres Metaux_Bryophytes_Dept-34__cle1d1217joyeusetés. D’après les analyses, les seuils sont en-dessous des alertes autour de Montpellier. « Le fond géochimique naturel, le passé minier et les activités anthropiques actuelles (urbanisation, voies de transport, agriculture, industrie) expliquent ces apports de métaux aux cours d’eau », explique la DREAL.

 

« L’eau est un bien commun de l’humanité » ont beau répéter en chœur Philippe Saurel et René Revol, sa qualité reste à désirer. Certes, ils ne sont pas responsables de cet état de fait. Mais, avant toute chose, le grand service public de l’eau ne doit-il pas prendre en considération l’ensemble de la problématique ? S’il y a un intérêt à une gestion publique de l’eau, dont moins de 50% des communes de la métropole profite, qu’en est-il de la ressource ? Qui va la contrôler et comment ? Revol pourra répondre que ce n’est pas de son domaine, son attribution ayant perdu les milieux aquatiques dans le changement de l’agglomération en métropole. Sur ce volet, c’est Jackie Galabrun-Boulbes, maire de Saint-Dérézy, qui est vice-présidente de la métropole déléguée à la prévention des risques majeurs et gestion des milieux aquatiques. Car s’investir dans le dossier de la qualité de l’eau, c’est aussi engager une réelle politique publique envers les industriels et les agriculteurs. Et là, il faudra plus que des pirouettes sur l’air du « bien commun de l’humanité ». Quoiqu’il en soit, pendant ce temps-là, c’est le citoyen qui boit la tasse polluée. Oui mais en régie publique, ça change tout !

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