Collège des Aiguerelles : le village gaulois républicain résiste à l’empire libéral !

Statu quo au collège des Aiguerelles bloqué par les parents d’élèves depuis le 16 mars dernier. Alors qu’ils occupent désormais l’établissement jour et nuit, Armande Le Pellec Muller, la rectrice, reste droite dans ses bottes. Elle ne lâche pas la moindre petite heure alors qu’elle en retire cinquante-cinq à la rentrée prochaine. Elle préfère d’ailleurs laisser entrer les entreprises privées par la grande porte de l’école républicaine tout en manœuvrant en sous-main dans ce conflit. De leur côté, les parents continuent de défendre une toute autre idée de l’éducation de la République. Face à l’envahisseur libéral, le village gaulois résiste !

IMG_5902« Armande, tu descends ? » Un groupe de parents d’élèves, de collégiens et d’enseignants sont assis devant le rectorat ce mercredi 15 avril interpellant la rectrice pour qu’elle leur rende leurs heures. Comme à son habitude, l’illustre fonctionnaire n’aura pas la délicatesse, ne serait-ce que de recevoir une délégation. La Dame de Fer du rectorat préfère le mépris tout en jouant la montre espérant certainement que le mouvement s’essouffle. À cinq semaines de blocage, elle ne semble toujours pas avoir compris que la détermination se renforce du côté des parents.

« Alors que jusqu’ici nous avons été plutôt modérés et patients, votre appel a rallumé un vent de colère et d’indignation ! », écrit le 17 avril, Marlène Navoly, présidente FCPE des parents d’élèves du collège, à Laurent Thieffaine, directeur de cabinet de la rectrice. Elle pointe du doigt le fait que « nous sommes épuisés et dégoûtés des mêmes arguties que l’on nous oppose depuis 4 semaines. Vous avez pu croire que nous étions résignés à attendre la rentrée des vacances scolaires, il n’en est rien. » Telle Margaret Thatcher, Armande Le Pellec Muller semble leur répondre de sa condescendance naturelle : « There is no alternative ». Informés en assemblée générale le 10 avril dernier d’attendre la fin des vacances pour une nouvelle rencontre, « les parents en ont été scandalisés. Le sentiment qui en est ressorti est que les parents ont été floués et insultés », poursuit le courrier avant de poser un ultimatum à son Excellence la rectrice :« Nous vous proposons donc jusqu’au Mercredi 20 Avril pour nous recevoir avec une offre concrète d’heures, car cela fera 15 jours que vous nous aurez reçus en entretien. »

Les « pressions » douteuses du rectorat

Quand on analyse le fonctionnement du rectorat dans ce conflit, il est à parier que les parents ne décrochent pas l’entretien souhaité dans l’échéance voulue. Effectivement, la rectrice ressemble plus à la grande chef d’une république bananière qu’à un digne représentant de la République. Pour cela, il faut écouter les propos de la principale du collège, Madame Lopez, et de son adjointe. Lors de l’assemblée générale des parents et enseignants du 7 avril dernier, dont Pas de roses sans épines ! s’est procuré un enregistrement, la rectrice recourrait à de bien étranges méthodes.

Dans l’assemblée, un papa prend la parole et demande au duo de la direction du collège : « est-ce que vous subissez des pressions du rectorat ? », « des pressions plus personnelles pour vos carrières ? », enchaîne une maman. L’adjointe 11133932_826199640762307_1102519292271164193_oamorce une réponse : « pas de pression sur nos carrières, en tout cas… », la principale la coupe : « en tout cas, c’est pas dit ! » Et l’adjointe de reprendre : « soit c’est pas dit et de toute façon l’une comme l’autre on s’en fiche un peu, c’est pas le problème. Par contre des pressions, enfin c’est-à-dire oui des pressions dans le sens où… » Le propos est mal assuré mais les comparses vont poursuivre leurs confidences.

Ainsi, au début du blocage, Madame Lopez s’était fendue d’un courrier qui avait soulevé la colère des parents. Lors de cette AG, elle en explique les coulisses : « par contre le courrier, on ne l’aurait pas fait si on ne nous avait pas demandé de le faire. » Et ça ne s’arrête pas là : « Après sachez qu’il s’est passé un certain nombre de choses où on nous a demandé de prendre des positions et qu’on a refusé de le faire. Je ne vous dirai pas quoi. » Le brouillard se désépaissit quand, plus tard, elle avoue au micro que c’était « quand vous occupiez le dedans et le dehors de l’établissement, on a eu des demandes où on ne s’est pas exécuté. » « On n’a pas tout dit ! », renchérit même sa fidèle adjointe. Le mystère restera entier et c’est au rectorat de s’expliquer.

La principale du collège manque d’heures

Au-delà de cette tambouille nauséabonde dans un état de droit, la principale s’est aussi prononcée sur le fond de l’affaire : la dotation globale horaire qui supprime cinquante-cinq heures comme nous l’avons déjà expliqué ici. Madame Lopez raconte : « je sais que, même si ça ne fait qu’un an que je suis là, que l’équipe pédagogique est très, très investie et que effectivement avec cinquante heures en moins tout ne peut pas être fait et que le bénévolat n’a pas lieu d’être. On l’a dit ! » Pour le coup, elle est sur la même longueur d’onde que les parents d’élèves : le collège des Aiguerelles ne pourra pas fonctionner aussi bien avec tant d’heures en moins ! Et son adjointe d’avouer que face à la rectrice : « on n’était pas plus écoutée que vous. »

Armande Le Pellec Muller affublée de son fidèle Laurent Thieffaine a donc aussi peu de respect pour ses équipes pédagogiques. Lors de cette AG, une mère apporte une analyse pertinente sur l’attitude de la rectrice : « je pense qu’elle nous a pris en grippe et qu’elle pensait avoir à faire à des parents qui ne réfléchissait pas et nous pousser à la faute en nous montant les uns contre les autres. Elle n’a pas bien compris qu’en fait, tout ce qu’elle fait, c’est nous renforcer dans le travail qu’on fait. On est là que pour les enfants, nous ! »IMG_5790

 Les priorités d’Armande

L’école publique républicaine n’est pas la priorité de la rectrice de l’académie de Montpellier comme nous l’avons déjà démontré ici. Elle l’a encore prouvée le 9 avril dernier. Ce jour-là, le peuple manifestait contre la loi ultralibérale Macron qui vise à anéantir notre système social. Armande, elle, a invité ses potes des entreprises privées au cœur DevisEduc001même de l’éducation publique ! Il s’agissait d’un « séminaire académique sur le numérique pédagogique » à Canopé (l’ex-CRDP) du lycée Joffre. Cela ressemblait surtout à une foire commerciale !

Écrans numériques, logiciels et portails éducatifs : le privé était dans les starting-blocks pour vendre tout et n’importe quoi estampillé « numérique ». D’ailleurs, les devis étaient rédigés à l’avance. Ainsi, sur celui que nous avons pu nous procurer, on remarque que les sommes sont coquettes : 5 158,80€ TTC pour un kit comprenant entre autres, une « valise classe mobile tablette », une « mousse d’accueil » de protection, un « hub de synchronisation », un « kit parafoudre », un « cadenas à code », etc. D’après les professeurs, les cinquante-cinq heures demandées par les parents des Aiguerelles équivalent à 90 000€ sur l’année. Soit près de dix huit kits ! Et Armande préfère payer grassement des kits numériques que des heures de cours. C’est un choix.

 Vignal offre un nouveau tour de piste

Et si la sortie de crise venait des politiques ? Le chef d’entreprise Patrick Vignal, accessoirement député de la 9ème circonscription de l’Hérault, le laisse croire. Il s’est déjà illustré devant les parents lors de l’une de leurs AG comme nous en avions rendu compte ici. Désormais, il n’a pas le droit à l’erreur car il est surveillé de près par des parents qui ne supporteraient pas, par dessus tout, que leur conflit soit utilisé à des fins de communication politique.

Après avoir joué l’animateur-médiateur entre les protagonistes, il s’est fait le devoir d’interpeller lui-même Najat Vallaud-Belkacem, la ministre de l’Éducation. Il a d’ailleurs rédigé un courrier avec le député EELV Jean-Louis Roumégas dont les Aiguerelles font partie de sa circonscription. Mais ce dernier reste bien prudemment à l’écart. Tweet-Vignal-140415Vignal, lui, poursuit son esbroufe en promettant : « S’il s’avère que nous sommes encore baladés, moi aussi, j’occuperai le collège » (Le Nouveau Montpellier – 17/04/15). En attendant, le 14 avril, il tweetait : « Je viens d’exposer la problématique du collège des Aiguerelles ! » Une photo de la ministre illustrant le propos.

Super-Vignal serait donc monté au créneau pour défendre son territoire ? Pas vraiment. Ainsi, l’agenda de la ministre montre qu’à l’heure du tweet, elle était bien présente à l’Assemblée nationale pour les traditionnelles questions au gouvernement. C’est le moment où, devant les caméras, les députés interpellent les membres du gouvernement sur des sujets d’actualité. Et elle a bien été interpellée sur la réforme du collège, au cœur du conflit des Aiguerelles, en ces termes : « cette réforme fait l’objet de nombreuses contestations. (…) Les professeurs d’allemand se désespèrent de la chute de l’apprentissage de cette langue et de la disparition des classes bi-langues ou européennes, alors même qu’il nous faut renforcer nos liens avec l’Allemagne. (…) Quant à nous, même si nous partageons votre diagnostic sur le collège, qualifié de « maillon faible du système éducatif », nous ne pouvons nous taire devant ce projet de réforme inadapté et lourd de conséquences. » Ces propos vindicatifs et justes sont de…  Virginie Duby-Muller qui s’exprimait pour le groupe UMP comme l’atteste le procès-verbal de séance.

AN

D’après nos informations, Patrick Vignal n’en a jamais parlé directement à Najat Vallaud-Belkcem. Il en a discuté le mercredi 15 avril avec son directeur de cabinet. Et le député PS n’est pas à un raté près. Ainsi, le 24 mars dernier, alors que le blocage des Aiguerelles était déjà en cours, il ne s’est même pas déplacé à la Commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale dont il est pourtant membre. C’est ballot car la séance était consacrée à la réforme du collège avec en guest-star Najat Vallaud-Belkacem qui déclarait, entre autre, ceci : « Nous devons donc accorder une beaucoup plus grande attention à la façon dont les enfants s’approprient les enseignements. » (à voir aussi en vidéo). Vignal se moquerait-il des parents des Aiguerelles ? Beaucoup commencent à le penser.

 

Le bras de fer qui se poursuit ainsi dans cette affaire en dit long sur l’intransigeance du gouvernement qui dépèce les services publics grâce au travail méticuleux de loyaux fonctionnaires à l’image d’Armande Le Pellec Muller. Si les parents ne lâchent rien, on attend toujours un engagement des syndicats d’enseignants dans cette bataille avec un appel à la grève qui pourrait renverser le rapport de force. Du côté des organisations de parents, si la FCPE des Aiguerelles assure le travail, elle semble bien isolée de la FCPE de l’Hérault qui ne bouge pas. Pourtant syndicats et FCPE pourraient fédérer le mouvement autour de la réforme des collèges qui impactent d’autres établissements comme le collège Las Cazes à Montpellier. Une convergence des luttes en quelque sorte. En attendant, le village gaulois des Aiguerelles poursuit la bataille contre la force obscure de l’empire libéral.

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