René Revol, l’apparatchik

Pas de roses sans épines ! poursuit son herbier politique en épinglant les élus de la métropole de Montpellier. Ainsi, il est toujours intéressant de faire l’historique des parcours politiques au regard des actions d’aujourd’hui pour comprendre ces personnages qui nous gouvernent. Après s’être intéressé à Philippe Saurel maire divers droite se révèlant être un vrai baron de province, nous nous intéressons à l’un de ses fidèles vice-présidents : René Revol.

Quand on s’intéresse au parcours politique du maire de Grabels et vice-président de Montpellier métropole en charge de la régie publique de l’eau, on comprend que René Revol est avant tout un homme d’appareil. S’il est passé par le PS, il n’en a pas pour autant été socialiste. S’il se fait le chantre local du Front de Gauche rassemblant Parti de gauche et Parti communiste, il reste farouchement opposé au PCF tel qu’il l’était dans ses jeunes années. Il militait alors dans un étrange parti politique dont le fonctionnement sectaire et dogmatique avec ses gourous et son culte du secret fait froid dans le dos. Cette charmante organisation est l’OCI, l’Organisation Communiste Internationaliste rassemblant d’invétérés aficionados de Léon Trotsky.

Révolution en carton

Côté pile, René Revol est membre du bureau national du Parti de Gauche (PG), membre du conseil d’administration de l’association « La gauche par l’exemple » – association des élus du PG – et ami de toujours de Jean-Luc Mélenchon. Dans ce rôle militant, il se pose comme un défenseur de « la vraie gauche » maniant le verbe dans des envolées lyriques révolutionnaires. Côté face, il est le maire du village de Grabels, s’acoquinant avec le baron local Philippe Saurel pour un poste de vice-président de Montpellier métropole. Délégué à la demie régie publique de l’eau de Montpellier, il est aussi président du conseil d’administration d’Aqua d’Oc-Régie des eaux de Montpellier.

À la lecture de ses votes à la métropole, le révolutionnaire se révèle de pacotille. Effectivement, ces derniers mois, Revol photos_montpellier_2_inaugurationa défendu bec et ongle les délégations de service public (DSP) de l’assainissement de l’eau dont deux contrats ont été attribués à Véolia. Il a aussi voté pour les DSP du funéraire (qui était jusqu’alors géré en régie publique) et du traitement des déchets (usine Amétyst). Alors qu’il se dit publiquement contre la seconde gare de Montpellier prévue à La Mogère, il se pose comme « premier zadiste » du site. Mais les grandes envolées ne résistent pas aux votes. Ainsi, quelques mois plus tôt, il votait en loucedé les délibérations permettant que le projet voit le jour. À ce titre, René Revol se révèle être un parfait imposteur comme nous l’avons déjà démontré ici. Revol est un véritable Janus adepte du précepte : « faites ce que je dis, pas ce que je fais ». Et son talent de manipulateur de la rhétorique, il l’a aussi appris sur les bancs de l’OCI.

Revol, l’entriste

L’OCI, kézako ? L’« ancêtre de l’actuel Parti ouvrier indépendant (POI) », explique Marianne (21/11/14) rappelant que, de l’autre côté, « la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), (était l’)ancêtre du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) d’Olivier Besancenot. Deux rivales qui se disputent depuis les années 60 l’héritage idéologique du « Vieux » (Léon Trotski), à savoir la «révolution permanente». »

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Journal de propagande de l’OCI

Ainsi, OCI et LCR sont les sœurs ennemies du trotskisme et ont seulement en commun  le rejet du stalinisme, soit le PCF. « Dans l’immédiat après-Mai 68, une plaisanterie circulait dans les milieux d’extrême gauche : avec deux trotskistes, on peut faire une organisation ; avec trois trotskistes, on peut en faire quatre… » Si la LCR est de tous les combats (« Mai 68, le féminisme, le combat des homosexuels, les luttes des immigrés, l’antimilitarisme… »), l’OCI, sous la férule de Pierre Boussel, plus connu sous le pseudo Pierre Lambert, reste très méfiante. Ainsi, les « lambertistes »  « s’en méfient à tel point qu’en mai 1968, «l’Orga» donne l’ordre à ses militants de quitter les barricades… Et les lambertistes, quoique vomissant officiellement les «socedems» (sociaux-démocrates), promis aux «poubelles de l’histoire», préfèrent le travail d’«entrisme», déclaré ou clandestin, dans les organisations institutionnelles : le PS, Force ouvrière, l’Unef. »

C’est ainsi qu’entrent au Parti socialiste tout un tas de petits soldats de l’OCI. Un membre qui a côtoyé l’organisation aux côtés de Revol se rappelle : « l’objectif était clairement de faire de l’entrisme au PS pour faire passer nos idées de l’intérieur. Tout le monde y est allé : Jean-Luc (Mélenchon, ndlr), René (Revol, ndlr) et même Joël (Vezinhet, co-secrétaire du PG34, ndlr) ». Et les jeunes loups du trotskisme ont eu une solide formation comme le rappelle Marianne : « Leur organisation de jeunesse, l’Alliance des jeunes pour le socialisme (AJS) écope du doux sobriquet d’«AJS barre de fer», pour sa propension à régler toute discussion politique par la baston… Elle est aussi célèbre pour ses manières cavalières de prendre le contrôle des organisations «de masse». Un dirigeant socialiste d’aujourd’hui se souvient : «On ne comprenait pas comment l’Unef-ID dirigée par les étudiants de l’OCI parvenait à afficher dix fois plus d’adhérents que nous. On a cherché et on a trouvé : ils prenaient les noms et les adresses dans l’annuaire téléphonique et remplissaient des cartes…»  » Une fois que le vers est dans le fruit, « ces militants ont construit des places fortes et acquis une majorité ou verrouiller les majorités comme dans certaines branches de Force Ouvrière par exemple chez les enseignants », raconte Sylvain Boulouque, historien, spécialiste de l’histoire du communisme et de l’anarchisme (Atlantico – 21/09/14).

Le gourou de Revol

Après cette solide formation, il est compréhensible que Revol en ressorte en véritable apparatchik. Et cela grâce à son gourou : Pierre Broué, historien décédé le 26 juillet 2005, un fan de la première heure du vieux Léon à un tel point qu’il écrira une biographie de mille pages. « Pierre Broué était mon maître », écrit Revol dans son hommage au défunt IMG_1039homme. Avec le « maître », le maire de Grabels écrira de passionnants écrits d’une modernité sans pareil : « Trotsky, l’opposition de Gauche et 1e Groupe bolchevik-léniniste en France de 1929 à 1936 ».

L’hommage à Broué signé Revol révèle tout le personnage : « Pierre Broué nous a appris à ne pas céder aux puissants du moment et à résister quoiqu’il en coûte », s’enflamme Revol le militant. Depuis, devenu un des puissants du moment, Véolia et consorts remercient Revol l’élu de leur accorder ses votes pour les délégations de service public. Revol poursuit : « Et cela allait de pair avec une exigence de vérité : dire la vérité est la première exigence de celui qui veut transformer le monde. Or le stalinisme et tous ceux qui voulaient par réalisme politique s’en accommoder nous demandaient d’accepter le mensonge et la tromperie, les anathèmes et les exclusions contre ceux qui ne pensent pas comme vous. » Depuis, il s’accommode parfaitement du réalisme politique bien installé sur son siège de vice-président de la métropole.

Sur la vérité, il continue ainsi son hommage : « Ce flambeau de la vérité historique, Pierre l’a tenu y compris dans les années du libéralisme triomphant : c’est un capital précieux aujourd’hui où l’action en France comme dans le monde contre la mondialisation capitaliste redonne vigueur et actualité au combat socialiste. » Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’avec René Revol l’élu, le flambeau de la lutte contre le libéralisme s’éteint à petit feu. Finalement, il semble qu’il n’ait retenu de son gourou et de son passage à l’OCI que le côté sectaire qui prône l’entre-soi, la manipulation des masses et le jeu des appareils politiques.

Le PG, faux nez de l’OCI ?

Revol a donc participé à l’entrisme au PS avec les copains de toujours où il militait au sein de PRS (Pour la République Sociale), le courant de Mélenchon. Revol était membre du Conseil national du PS et en est exclu en 2007. Dans sa « Lettre à mes amis socialistes », Revol pointe du doigt « un petit noyau de dirigeants s’accroch(ant) à des méthodes politiques d’un autre âge. » Le comble pour un apparatchik de l’OCI ! Un des deux motifs d’accusation qui prône son exclusion du PS : « le fait qu’au moment de cette désignation j’aurai dénigré publiquement la Fédération socialiste de l’Hérault pour son fonctionnement non démocratique ». Il est vrai qu’en tant que tête de ponte du Parti de Gauche 34, il a fait preuve d’un fonctionnement intègre où la liberté de ton n’était pas du tout bannie.

En 2009, il participe avec l’ami de l’OCI Mélenchon à la création du Parti de Gauche, composante du Front de Gauche. L’OCI reste bien présente dans l’establishment du PG (Alexis Corbière). Mais il semblerait que toutes ces années d’entrisme au PS n’ait pas laissé indemne cette bande de copains. Ainsi, à l’assemblée générale du PG 34 en 2014, la bande de Revol fait voter une motion de censure interdisant aux militants de communiquer sur les réseaux sociaux sur ce qui se déroule dans le parti. Autrement dit, ne pas « dénigrer publiquement » la fédération du Parti de Gauche de l’Hérault. Cette motion fait suite à un questionnement de certains militants à propos du fonctionnement démocratique du parti et des votes de Revol. Alors que le PG vantait les mérites du referendum révocatoire dans la société, en interne il s’est avéré qu’avoir un bilan ou ne serait-ce qu des explications de vote était un crime de lèse-majesté.

CLT03-Jul-Sep-1979-1Pourtant, dans son hommage à Broué, Revol écrivait : « Pendant de longues années nous sommes nombreux à avoir formé à l’action politique et sociale des générations de militants et si dans ce travail d’éducation et d’organisation il reste une leçon que nous n’oublierons jamais c’est bien qu’une organisation politique ne peut pratiquer en son sein des méthodes contraires aux valeurs et aux objectifs qu’elle prône pour la société. Cela l’a amené à s’élever contre tous les comportements bureaucratiques et antidémocratiques, y compris dans les organisations trotskystes. » Encore une rhétorique Made in OCI ! Le plus drôle est qu’en 1979, le dirigeant du PG écrivait dans un numéro spécial des « Cahiers Léon Trotsky » consacré aux « procès de Moscou dans le monde ». Lui et ses amis auront finalement bien appris des méthodes staliniennes.

D’ailleurs, le PG national reste d’une discrétion de violette sur les votes du camarade René qui vont à l’encontre du programme du parti. Cette bienveillance du leader Mélenchon envers son frère de l’OCI viendrait-elle du fait que ce dernier aurait été son mentor dans la vieille OCI-Revol-Trotsky-1organisation ? Eux seuls ont la réponse. En tout cas, le PG est dans un état moribond, les militant-e-s fuyant les « méthodes d’un autre âge ». « L’état de la direction est pitoyable. Une partie se tire dans les pattes et l’autre attend le congrès. Et je ne parle pas de la partie qui ne s’est pas rendue compte que la mutation dont on parle depuis des années est arrivée et qui fonctionne avec de vieux schémas », explique un membre du sérail de Mélenchon qui garde l’anonymat. Et qui dépeint une situation bloquée dans l’Hérault à cause de René Revol dont la présence dans l’exécutif national du PG « fait grincer des dents à beaucoup ».

Revol, résistant… au monde moderne

Depuis l’OCI et les combats révolutionnaires du père Léon, René Revol est comme un poisson dans l’eau dans le marigot politique montpelliérain. De sa citadelle de Grabels, le petit père du peuple a gravi les échelons pour devenir vice-président de Montpellier métropole. Et il est resté un fervent résistant… au monde moderne. Ainsi, son porte-flingue, frère d’OCI, Joël Vezinhet trouve insupportable qu’on égratigne son ami (mentor ?) sur les réseaux sociaux en révélant le contenu de ses votes (à relire ici). Alors quand un média indépendant se mêle de ses affaires grabelloises, l’apparatchik panique et ne trouve qu’une parade pour le bâillonner : l’attaque en justice en réclamant un an de salaire au fondateur de Montpellier journal. Ce dernier peut reprendre à son compte les écrits de Revol sur son gourou : « Pierre Broué nous a appris à ne pas céder aux puissants du moment et à résister quoiqu’il en coûte ». « dire la vérité est la première exigence de celui qui veut transformer le monde » ? Le vice-président de la métropole semble s’être résolu à ne plus le changer si seulement il en a eu un jour la conviction. « Les trotskistes d’hier sont les pragmatiques d’aujourd’hui », constate le journal Marianne dans un dossier sur ces personnages hauts en couleur.

 

René Revol est vraiment un homme de son temps. Enfin, « un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître », comme le chantait Aznavour. D’une pureté révolutionnaire, le voilà s’accommodant parfaitement avec les « socedems » en tout genre dont Philippe Saurel. Ces longues années dans les arcanes des appareils politiques auront payées ! Le voilà en bonne place sur l’échiquier politique local. Désormais du côté des puissants, Revol l’apparatchik SoutienRevol-Calvatcompte bien conserver son pré carré et faire longue route avec ses amis de la métropole. Pour preuve, son appel sans concession et au nom du Parti de Gauche, à voter pour son collègue vice-président à la métropole, le candidat PS Renaud Calvat (canton Montpellier-Castelnau) au second tour des départementales 2015. Les belles idées sont donc jetées dans « les poubelles de l’histoire », et le peuple dans tout ça ? René Revol, puissant à la place du puissant, a déjà donné son avis là-dessus. Venu félicité Georges Frêche pour sa victoire au soir du premier tour des élections régionales 2010, Frêche lui lance : « Le peuple a toujours raison mon frère ! » Et Revol de lui répondre : « Ah non le peuple n’a pas toujours raison, ça je peux te le dire ! » (Bonus DVD du documentaire « Le Président »). Apparatchik un jour, apparatchik toujours…

 

6 réflexions sur “René Revol, l’apparatchik

  1. On pourrait ajouter à votre excellent article la leçon que tire René Revol de sa rencontre avec Pierre Broué : « le goût de l’esprit critique, l’obligation de penser par soi-même sans attendre la parole du chef  » (déclaration de René Revol dans un portrait paru dans la Gazette de Montpellier du 2 décembre 2010 et intitulé « Revol, un idéaliste à l’épreuve du terrain ».
    Entre la « leçon » (les paroles) et les actes, toujours ce gouffre !

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  2. Hugo, Nicolas… Simplement un mot perso sans le partager sur FB (merci) pour dire que je comprends votre colère et que, pas mal remué moi aussi par ce congrès, je compatis à votre déception… Nous n’avons pas la même attitude vis à vis du parti mais les mêmes inquiétudes… Probablement…
    Bises
    Michel

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