A Lunel, un tour de table très solidaire !

Lunel est une ville héraultaise de plus de 25 000 habitants. Située en bordure du Gard, la cité des Pescalunes (pêcheurs de Lune en occitan), a récemment fait parler d’elle. Et pour cause, depuis 2013 une vingtaine de lunellois, dont plusieurs ont trouvé la mort, sont partis rejoindre les forces djihadistes en Syrie. Du Monde au New York Times ce sinistre coup de projecteur n’a pas forcément été bénéfique à la « djihad city ». « On sait dire du mal des gens et on ne sait pas trouver le bien. Peut-être est-on trop esclave des médias » écrivait justement Pas de roses sans épines ! dans un précédent article en citant le résistant et pédagogue Jacques Ladsous. Loin de se voiler la face il s’agit là de montrer un autre Lunel, sans doute moins vendeur mais portant en lui une réponse aux nombreux maux qui rongent la ville. Après le buzz médiatique et derrière les gesticulations politiques, des citoyens sont bien partis pour décrocher la Lune !

De la solidarité à tous les étalages

Ce samedi 11 juillet était le jour du lancement de La Pescalune à Lunel, « la plus importante des fêtes populaires camarguaises » informe la mairie sur son site. Une fois passée la traditionnelle messe en provençal et le lâché de cent taureaux, c’est une petite contre-fête qui s’est organisée au clair de Lune, rue Victor Hugo. L’association Saveurs Solidaires y était à l’honneur. Il faut dire que le nom était bien trouvé saveur1alors même qu’une grande tablée attendait bruyamment que la paella géante parfumant la rue ne soit prête. Si Saveurs Solidaires mettait le couvert ce soir-là, c’est que son but approche : ouvrir une épicerie solidaire à Lunel. Un vieux projet porté par une association fondée il y a plus d’un an. Soutenue par près de 80 adhérents cette utopie solidaire est pourtant très concrète. Après s’être mise en relation avec l’Association Nationale de Développement des Épiceries Solidaires (A.N.D.E.S.), Saveurs Solidaires compte bien ouvrir deux épiceries en une. Une épicerie traditionnelle et une épicerie dont les denrées seront 10 à 20% moins chers à destination des personnes bénéficiaires des minimas sociaux (RSA, ASS). Le tout avec des produits locaux et de saison via de petits producteurs. Est aussi prévu de valoriser les invendus en préparant des plats: « pas de gâchis », insiste Souad Viellard, présidente de l’association, en dégustant sa paella. Le projet comporte également des ateliers théâtre, couture, cuisine ou encore tricot. Plus qu’un lieu marchand, cette épicerie se veut humaine. Pour tourner, la petite machine militante aura recours à deux contrats avenir pour les 16-25 ans des quartiers prioritaires autour de la gérante.

Dans une ville avec un taux de pauvreté de 25% et un taux de chômage supérieur à 20%, ce type de projet devient une véritable nécessité. « 66% de la population ne paye pas l’impôt sur le revenu ! », s’exclame t-on entre deux bouchées. Cependant, si l’épicerie thumb_IMG_6546_1024n’est toujours pas ouverte c’est qu’elle cherche encore un local. Pour le moment, la mairie dirigée par Claude Arnaud (divers droite) qui dispose pourtant de locaux, n’a toujours pas donné suite à la demande de l’association. « Le maire n’a jamais soutenu le social », entend t-on autour de la table. Saveurs Solidaires met ses derniers espoirs en le département et la communauté de communes sans trop y croire et compte bien se débrouiller par ses propres moyens pour trouver le sésame. Fort heureusement tous ne percent pas les paniers de ceux qui veulent pêcher la Lune. C’est ainsi que le Centre d’Entraînement aux Méthodes d’Education Active (CEMEA) a fait dons de ses meubles à l’épicerie en quittant son local lunellois. Saveurs Solidaires peut aussi compter sur le soutien d’une myriade d’associations et de collectifs afin de l’aider à concrétiser son projet.

La Lune


Jeanne songeait, sur l’herbe assise, grave et rose;
Je m’approchai:—Dis-moi si tu veux quelque chose,
Jeanne ?—car j’obéis à ces charmants amours,
Je les guette, et je cherche à comprendre toujours
Tout ce qui peut passer par ces divines têtes.
Jeanne m’a répondu:—Je voudrais voir des bêtes.
Alors je lui montrai dans l’herbe une fourmi.
—Vois! Mais Jeanne ne fut contente qu’à demi.
—Non, les bêtes, c’est gros, me dit-elle.

Leur rêve,
C’est le grand. L’Océan les attire à sa grève,
Les berçant de son chant rauque, et les captivant
Par l’ombre, et par la fuite effrayante du vent;
Ils aiment l’épouvante, il leur faut le prodige.
—Je n’ai pas d’éléphant sous la main, répondis-je.
Veux-tu quelque autre chose ? ô Jeanne, on te le doit !
Parle.—Alors Jeanne au ciel leva son petit doigt.
—Ça, dit-elle.—C’était l’heure où le soir commence.
Je vis à l’horizon surgir la lune immense.

Victor Hugo – L’Art d’être grand-père (1877)

Vive La Sociale !

Créée il y a seulement trois mois, La Sociale est un rassemblement citoyen lunellois faisant déjà beaucoup parler de lui. Voulu sans structure aucune, La Sociale fait office de véritable incubateur pour les initiatives locales. Composé d’anciens militants de partis politiques, d’associatifs ou encore d’habitants curieux, La Sociale a fait le choix de bannir la verticalité des organisations traditionnelles pour se concentrer sur le concret du terrain. Cette méthodeLaSociale alternative implique sa présence dans la rue mais aussi sur le net, avec un blog et également sur les réseaux sociaux. « Quand quelqu’un a une idée, il l’a présente et tous ceux qui le souhaitent rejoignent le projet », explique une participante. Avec ça, La Sociale ne pouvait qu’apporter sa pierre à l’édifice de la future épicerie solidaire ! Mais c’est loin d’être la seule action réalisée par le collectif.  Après un pique-nique spécial éducation populaire, La Sociale s’est mis en tête de prendre les murs de la ville en y collant des affiches, « des poèmes et des citations », informe le groupe. Des messages non partisans mais pourtant très engagés, il en a pas fallu moins pour attiser la curiosité des médias locaux, Midi Libre parlant de messages « sur le vivre ensemble, le respect d’autrui », tout en se demandant « mais qui est-ce qui a affiché ça ? Mystère… ».  Deux jours plus tard, le même journal informait que les autorités « ont fait décoller à certains pris sur le fait une partie de leurs affiches ». Le vivre ensemble ne parle décidément pas à tout le monde, chose qui n’empêcha pas ces mêmes citoyens de récidiver en ce soir de fête. Le chemin vers la Lune est rarement dépourvu d’embûches.

Comme pour lutter contre le défaitisme et pour se donner du courage, La Sociale prévoit d’inviter à 11759419_1469855759997466_408615062_nLunel ceux qui ont déjà attrapé la Lune des deux mains. Ceux-là, ce sont les « FraLib », d’anciens producteur de thé et d’infusions Elephant de Lipton pour le compte de la multinationale Unilever. Après 1336 jours de lutte contre le mastodonte financier qui voulait rayer de la carte leur usine de Gémenos dans les Bouches-du-Rhône, les salariés ont finit par sortir gagnants de ce bras de fer. S’en est suivi la création d’une société coopérative et participative (Scop), la SCOP Ti. Aujourd’hui les « FraLib » relancent la production en mettant en place des circuits courts, leur nouvelle marque se nomme « 1336« , tout un symbole. Ce sont donc ces éveilleurs de consciences et réveilleurs de papilles que La Sociale veut mettre en avant. Au programme : « pièce de théâtre et musique », annonce une citoyenne. Leur venue est programmée pour le 19 septembre mais La Sociale invite tous les intéressés à participer à une réunion de préparation, le vendredi 31 juillet, dans leur « QG », le tout nouveau QG café à Lunel.

 

Impliquer les citoyens, même pas CAP !

Le collectif avenir pescalune (CAP) fondé en 2012 était aussi représenté autour de la table. Le CAP qui compte 1600 membres a officiellement deux missions, la première est d’inciter au débat, la seconde est de pousser les habitants à s’inscrire sur les listes électorales. En réalité, et par la force des choses, les actions du collectif sont bien plus vastes. Dernièrement, le CAP s’est attelé à mobiliser les lunellois pour qu’ils s’investissent au sein des futurs conseils citoyens car la mairie n’en a fait aucune promotion. Il faut dire qu’après la suppression du conseil municipal des enfants et des réunions de quartier en 2001, date de l’arrivée au pouvoir de Claude Arnaud, certains habitants ne se sentent plus vraiment acteurs de leur ville mais plutôt comme de simples sujets. D’ailleurs le maire sera surnommé « l’Empereur » à plusieurs reprises au cours du repas, c’est dire ! Il n’en reste pas moins que la création de ces conseils citoyens avec participation des habitants est la condition sine qua non pour que le contrat de ville donnant 250 000 euros à la commune soit signé par la secrétaire d’Etat, Myriam El Khomri. Si Paris vaut bien une messe, un minimum de démocratie vaut bien un chèque !

Le CAP a aussi pour projet de créer une application permettant aux citoyens de se tenir au courant des activités associatives et des événements sur la ville. De son coté, contactée par téléphone, la mairie informe qu’ « il n’y a aucun panneau d’affichage libre sur Lunel, uniquement des panneaux municipaux ». Pourtant, d’après la loi, la commune devrait mettre à disposition au moins 17m² d’ « affichage d’opinion et à la publicité relative aux activités des associations sans but lucratif ». En réalité, la ville est totalement à la traîne d’un point de vue social et démocratique, c’est aussi le cas pour les logements sociaux. La loi oblige un taux de 25%, or a Lunel seuls 13% (2013) des logements sont à destination des personnes aux revenus modestes. Avec un tel paysage politique, les associations et collectifs n’ont d’autres choix que de composer avec et de se débrouiller, encore faut-il que la municipalité ne s’acharnent pas sur eux. Ils ne demandent pourtant pas la Lune !

 

La mise à mort de la MJC

La question de la maison des jeunes et de la culture (MJC) de Lunel, sujet brûlant, était bien sûr au cœur des discussions ce soir-là. Connue de tous et présente depuis 53 ans sur Lunel, la MJC et ses 420 adhérents ne pouvaient pas se douter que son existence serait remise en cause par la municipalité. En effet, lors du conseil municipal de mai, son budget annuel avait même été voté par tous les élus, à l’exceptionca110e_7220248c3eb944508c897318c1e58697.jpg_srb_p_547_450_75_22_0.50_1.20_0 du Front national. Seulement voilà, quelques jours plus tard, dans les colonnes du Midi Libre, le maire annonçait son souhait de créer un service jeunesse municipal et de ne plus soutenir la MJC qui ferait donc doublon. La situation est d’autant plus incompréhensible qu’en 2001, la MJC et le service jeunesse fonctionnaient ensemble, avant que Claude Arnaud ne décide de supprimer ce même service. Il y avait pourtant quelques signes avant-coureur de cette estocade soudaine. Déjà en 2013, l’association avait été priée de changer de local, divisant par deux sa superficie et faisant perdre de la visibilité à la structure. Une cible isolée est d’autant plus facile à abattre. La paella avait beau être délicieuse, certains gardent pourtant un goût amer de ces récents événements : « Le FN en rêvait, Arnaud l’a fait ! », se lamente-t-on dans l’assemblée. D’autres, dégoûtés, ne veulent même plus en entendre parler.

Pour le moment, l’heure est au dépôt de bilan pour la MJC. Mais déjà de nombreuses questions se posent : qu’adviendra t-il des ateliers musique, danse, ca110e_dc7f3848413a45d98f7e75101848f789.jpg_srb_p_543_627_75_22_0.50_1.20_0poterie, hip-hop, flamenco, piano, violon et des groupes de parole qu’organisait la MJC ? Si les activités proposées par le service jeunesse sont encore inconnues, son public est en revanche déjà tranché. Alors que la MJC s’adressait à tous les âges, le service jeunesse ne s’occupera que des 3-25 ans, il faudra aussi dire adieu aux médiations dans les quartiers de la ville et ne plus compter sur les services à destination des habitants de la communauté de communes. Des reculées qui sont d’autant plus difficiles à avaler que le maire, grand défenseur des traditions, prévoit 7 à 10 millions d’euros pour rénover et agrandir les arènes de Lunel, déjà rénovées il y a deux ans. Une pétition a d’ailleurs vu le jour pour dénoncer cette gabegie financière. Contrainte de mettre la clé sous la porte, la maison des jeunes et de la culture va devoir se plier aux désirs du maire-empereur. C’est par la voie d’une nouvelle association, FA MI L’ART, que certains salariés espèrent pouvoir participer au service jeunesse, et ainsi sauver les meubles.

 

La légende du Pescalune

« Voici les gens de Lunel
Qui en font toujours quelqu’une
Un jour comme des étourneaux
Ils allèrent pêcher la lune
La lune était couchée
Ils croyaient qu’elle s’était noyée
Et ils allèrent la pêcher
Avec un panier troué. »

Dans l’Hérault, département qui souffre socialement, les empereurs de Lunel tout comme les barons de Montpellier s’accaparent le pouvoir et ne font aucunement vivre la démocratie locale qu’ils perçoivent comme un danger pour leur pré carré. Les FB_IMG_1437764990911associations, rassemblements de citoyens par essence, sont dans leur viseur. Ainsi, Philippe Saurel, le maire-président de métropole de Montpellier, refuse de rencontrer le Collectif des acteurs associatifs de la ville. Ce dernier se mobilise contre la baisse, en moyenne, de 10% des subventions accordées aux associations. Saurel joue donc le mépris persuadé de son plein pouvoir. A Lunel la situation parait sensiblement la même. Alors que la ville est secouée par des événements tragiques, ce tumulte ne semble guère amener les politiques à se remettre en question. Pire, le maire de Lunel se sert de la situation pour se débarrasser des associations qui lui font de l’ombre. Au non respect des lois sociales et démocratiques s’ajoute le dénigrement de la moindre émergence citoyenne. La légende du Pescalune ne précise pas qui a troué les paniers des pêcheurs de Lune, nous en avons désormais la réponse.

2 réflexions sur “A Lunel, un tour de table très solidaire !

  1. Ce Monsieur Arnaud (dont certains portant le même nom, ont beaucoup appris dans cette MJC ou beaucoup donné dans d’autres) commet, sous réserve d’inventaire, une triple faute, en s’en prenant à la MJC des pescalunes. — Tout d’abord par le fait que les enfants et les jeunes ont aujourd’hui besoin de plusieurs maisons pour s’éduquer ( c’est pas comme dans le temps où il était petit Claude, les choses ont beaucoup changées…)et que les priver d’une de ces maisons, c’est les mettre à la rue, et tout comme lancer comme qui dirait un appel d’offre à bien des « gens  » qui leur proposerons, à nos jeunes pescalunes, des maisons de substitution… — Ensouite, parce que son « service jeunesse »( quel vilain nom!), ne concernera que les djeuns et pas les adultes, et que les dits djeuns ne peuvent (ni ne doivent) s’éduquer dans un entre soi. Les citoyens de demain ne peuvent se former qu’avec ceux d’aujourd’hui, même si ces derniers deviennent de moins en moins attractifs, et c’est une des plus grande vilenie de notre temps que de l’avoir oublié; Et si certaines MJC pêchent elles même et s’acoquinent avec le jeunisme, en gros elle l’ont compris ( c’est comme qui dirait inscrit dans leur gênes, car elles sont nées – ne l’oublions pas- dans une période où il fallait reconstruire, dans un même temps et le pays et la République, que le maréchal Pétrin et ses acolytes avaient détruits simultanément.). — Enfin, et en dernier lieu, car il est dangereux pour le vivre ensemble, la cohésion sociale et autres joyeusetées du jargon actuel… de séparer ainsi les vieux de la jeunesse. Car, et Monsieur le Maire en est lui même une forte illustration, les vieux, quand on les sépare ainsi, sont (éducativement) fort désoeuvrés, ils trainent ainsi le soir, dans des réunions, ressassent des idées n’ayant qu’un lointain rapport avec le …réel en cours et, les logiques à la fois rassurantes et concurrentielles de la bande commettant leurs effets, finissent immanquablement par faire des bêtises! Il semblent bien que la bande du bureau des adjoints vienne d’en commettre une très grosse, dont risquent de ne pas se remettre la MJC de Lunel, dans un premier temps, la ville elle même, assez rapidement, et la dite bande de l’hôtel de ville à terme, quand viendra l’heure du souffrage puniversel (veillez et priez, car vous ne savez ni le jour…). Bon, je suis un jour venu sur la terre (et passé à Lunel) je n’y reviendrai sans doute plus…et j’ai un gros chagrin du vandalisme que vient d’y commettre cet Arnaud là, un gros chagrin pour les pêcheurs de lune; Qui accueillera demain ceux que la MJC avaient su accueillir, l’affriolante Julia Migenes Johnson, l’abyssal plaisantin Dick Annegarn (qui tant s’était instruit des lignes de pêche et filets du pescalune Michel), la très grande Dulcie September, venue parler du racisme et du respect de l’autre aux lycéens lunellois, avant que d’être abattue par les sbires de prétoria… M Arnaud, quand vos affidés partent couper des têtes, et y perdre assurément la leur, faites donc venir à demeure des étrangers armés d’arguments, de poèmes et de chansons, c’est un des meilleurs remèdes, vous verrez. Et surtout, ressaisissez vous, et vite. Ce n’est pas avec un tel Maire, que votre ville va décrochez les étoiles

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