A Montpellier, le « renouveau » du Peyrou se fait attendre !

En avril dernier, Philippe Saurel, sous sa casquette de maire de Montpellier avait convoqué la presse pour la “présentation des futurs aménagements du jardin du Peyrou”.  Il faut dire que ce monument dominant la ville a bien besoin d’une seconde jeunesse. Mais loin de « retrouver toute sa splendeur », la place royale est victime du manque de projet politique de la municipalité, de son refus d’implication citoyenne réelle ainsi que d’une hypocrisie politicienne qui carbure à la communication. Trois tares qui semblent coller à la peau du maire-président.

Sous les débris, le « joyau » !

« Le Peyrou dont le nom signifie « pierreux » en occitan, est un joyau. Alors, il faudra le traiter comme un joyau », annonçait Philippe Saurel dans le journal municipal de mai 2015. Si l’édifice classé monument historique est bien un joyau, il faut le polir avec insistance pour en prendre conscience, la surface actuelle faisant plus penser à un champ de ruine. Dalles cassées, bitume rapiécé, bancs brisés, murs grignotés, c’est en réalité un triste spectacle qu’offre le Peyrou. « SOS Peyrou », titrait même La Gazette dans un de ses numéros de février. Tout cela n’est que le résultat d’un manque d’entretien voire d’une inertie inquiétante de la part des pouvoirs publics compte tenu de l’héritage historique que constitue le Peyrou. Si le temps faitIMG_4426 des ravages, ce dernier est quelque fois aidé par les ambitions politiques de certains. En effet, depuis 2010, la mairie de Montpellier avait pris la fâcheuse habitude de faire du Peyrou un parking géant au mois de décembre dans le but de booster les ventes de Noël. Une fois arrivé au pouvoir, Philippe Saurel a perpétré cette danse du ventre à destination de l’électorat commerçant. Quelle vision court-termiste ! En novembre 2014 c’est donc durant trente-neuf jours que les voitures ont pu librement circuler sur le Peyrou. Un temps record depuis le lancement de l’opération. Face aux dégâts causés par plus d’un mois de circulation, le maire a dû revenir sur cette mesure et non sans hypocrisie : « C’est une aberration de laisser les voitures accéder au Peyrou, s’agace Philippe Saurel. Nous ne laisserons plus la place royale se transformer en parking. », rapportait La Gazette. Une indignation indigne de la part d’un élu de la majorité municipale depuis 1995 et maire depuis 2014, grâce à qui la dernière édition du parking royal a donc pu se faire. « La place est classée. Or, l’hiver dernier, nous avons constaté qu’un banc avait été entièrement détruit. J’y suis moi-même allé un dimanche matin et cela m’avait rendu fou ! », avait poursuivi l’élu hypocrite dans Midi Libre. Plus c’est gros, plus ça passe.

Vous avez dit « renouveau » ?

Comme il l’a fait lors de sa campagne électorale, Philippe Saurel n’a pas manqué d’utiliser ses éléments de langages habituels pour parler du Peyrou. L’homme promettant donc le « renouveau du jardin du Peyrou » comme il avait promis, voilà plus d’un an, un « renouveau politique », d’ailleurs encore très attendu. Le maire-président n’a pas non plus oublié de jouer avec abus d’une propagande digne d’un empereur en mal de grandeur : « Ainsi, la place royale et les jardins sont à l’image de Montpellier aujourd’hui, tournés vers l’avenir », pouvait-on lire dans le journal municipal d’avril 2015. Si les paroles flirtent souvent avec les étoiles, la réalité est toujours bien moins scintillante. thumb_IMG_6480_1024« Première mesure : la réfection des sols, en très mauvais état, dont les travaux coûteront 1,5M€ et s’achèveront en novembre 2016. Deuxième mesure : la création d’ici à juin 2015 de «quatre nouveaux parterres fleuris composés de plantes vivaces méditerranéennes», ainsi que «la suppression des clôtures existantes» « , rapportait Direct Matin Montpellier Plus, dans son édition du 9 avril, après avoir assisté à la conférence de presse du maire. Pour autant, le journal n’a pas été emballé : « Aménagement du Peyrou des fleurs mais un site aseptisé », titra même le quotidien. Il faut dire que la mairie avait promis « du lourd », attirant même quelques médias nationaux. La déception n’en fut que plus grande. « Bon, c’est très bien tout ceci. Mais avouons que cela manque un tantinet de panache. Surtout pour ce lieu emblématique de la ville, où de nombreux riverains et touristes se massent depuis des lustres », ajouta le journal. Aujourd’hui terminés, les parterres fleuris sont encore plus décevant, il s’agit en réalité de l’exacte réplique de ceux que l’on trouve sur l’esplanade Charles De Gaulle près de la Place de la Comédie. Seule fierté du maire, la présence de plantes méditerranéennes. Il fallait oser en Méditerranée. Tout ça pour ça !

Pelouse interdite aux chiens et aux citoyens

Si la mairie ne semble avoir aucune vision d’ensemble et aucun projet politique concret pour gérer ses espaces, ce n’est pas pour autant qu’elle laisse libre court aux impulsions citoyennes, bien au contraire ! « Pourquoi le jardin ferme-t-il ses portes à 21h, quand il est un parfait endroit pour les déambulations nocturnes en période estivale ? », se demandait légitimement le même Direct Matin. PeyrouPelousePoliceCertains diront que ce couvre-feu est nécessaire pour préserver le lieu d’un zonage nocturne. Mais n’est-ce pas prendre le problème à l’envers ? Un lieu vide et sans animations peut-il devenir autre chose qu’un repère de dealers ? « Pourquoi aucun loisir doux (balançoires, aires de pétanque, espace stretching…) ou aucun commerce ambulant (glaces,souvenirs…), ou encore aucun événement culturel ne sont-ils prévus ? », enchérissait le journal. Il est vrai qu’à part les brocanteurs des Dimanches du Peyrou, les événements y sont inexistants. Le refus de voir un Peyrou vivant va même parfois très loin. En mars dernier, alors que la température atteignait des sommets à Montpellier, les habitants venus profiter des pelouses du  Peyrou ont eu une drôle de visite : celle des agents de la police municipale. Ces derniers leur priant de déguerpir en vitesse avec pour seule explication : « C’est le maire qui l’a dit », rapporte Midi Libre Montpellier sur sa page Facebook. La situation est d’autant plus incompréhensible Piolleque dans le numéro 399 du journal municipal revenant en partie sur l’Histoire du Peyrou, il est expliqué que ce projet a vu le jour, en partie, pour le bien-être des montpelliérains: « Ils n’ont que ce seul endroit pour prendre l’air en été », disait le feu trésorier des Etats du Languedoc. Aujourd’hui il faut savoir que dans la ville la plus ensoleillé de France,« toutes les pelouses sont interdites » et c’est le service des espaces verts qui le dit ! Quelques endroits sont toute fois « tolérés ». Où ? Pour qui ? Pour quoi ? Est-ce au bon vouloir du maire ? Une chose est sûre, cette façon de faire est à mille lieu d’autres villes comme Grenoble où la mairie convie les habitants à faire des pique-nique sur les pelouses de la cité. Alors Philippe Saurel, liste citoyenne sans les citoyens ?

Au mois de mai cette fois-ci, une petite troupe avait décidé de faire germer un gardenblitz dans les jardins du Peyrou. « Sur cette place emblématique du pouvoir tyrannique, nous allons créer un lieu de vie démocratique, un potager citoyen, bio, étique et solidaire. Des travaux de restauration sont en cours… le maire va débourser 300.000 euros pour 4 massifs fleuris, alors que le gardenblitz est gratuit, utile et non futile. Le contribuable a-t-il été consulté ? Un jardin d’agrément c’est un décor qui ment, comme un arracheur de dents… Gardenblitz au Peyrou contre l’argent-roi, l’argent-fou ! », pouvait-on lire sur l’événement Facebook spécialement 17696_465389656962943_6960521125239364907_nouvert pour l’occasion. Le 23 mai le groupe répondant au nom de « Mouvement de libération des Biens communs » s’est donc lancé à l’assaut de la place royale pancartes et plants de tomate à la main. Sur une des banderole on pouvait lire : « C’est la crise, on métropolise : spéculation, corruption, bétonisation… on nous méprise ! », mais également : « Avec les multinationales, la métropole convole… », le tout floqué d’un logo « Montpellier Médiocracité Megalopole » volontairement moqueur à l’égard de la Montpellier Méditerranée Métropole tant aimée par Philippe Saurel. La blague n’a pas dû plaire à l’édile qui s’est empressé de faire le ménage. « La police ne nous a pas lâché. Ils ont arraché deux pieds de tomates que nous avions réussi à planter », raconte même un participant sur Facebook. Aucun pied de tomate ne fera de l’ombre à Saurel, il aura prévenu !

 

En résumé, aucun projet politique n’englobe réellement le Peyrou qui fait pour le moment office de sinistré. Sur ce sujet comme beaucoup d’autres, la communication de la mairie va bon train, mais pour quels résultats ? Les parterres fleuris à 300 000 euros en sont un bon exemple. Bientôt viendra la rénovation des sols tandis que le pont Vialleton menant au Peyrou est en cours de restauration. Espérons que cela redonnera un peu d’éclat au bâtiment. De son côté le IMG_4664bouclage de la ligne 4 de tramway poursuit son cours et facilitera l’accès au Peyrou. Pour Stéphanie Jannin, alors encore première adjointe au maire, le Peyrou « est la carte de visite de la ville, mais aussi de la métropole ». D’ailleurs la métropole de Montpellier a récemment demandé l’obtention du label « Pays d’art et d’histoire ». Mais comment parler d’Histoire alors qu’aucun panneau ne fait référence à l’historique du Peyrou dans la ville ? Elle est pourtant gorgée d’anecdotes instructives. Ainsi, celle autour de la statue royale est pleine d’avertissements. En 1792, la statue de Louis XIV est renversée et fondue par les révolutionnaires pour en faire des boulets de canon, elle sera remplacée par une guillotine. Ce n’est qu’en 1828 que la tête couronnée refera surface. Gare donc à la mégalomanie et au mépris du peuple, surtout quand on se réfère sans cesse au comté de Toulouse, que l’on est friand du moindre mandat et que l’on est membre d’une baronnie locale. Le couperet électoral sera tranchant.

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