Élections régionales : la fabrique des citoyens !

Les 6 et 13 décembre prochains, nous serons appelés aux urnes pour élire le Conseil régional de la nouvelle région fusionnée Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon. La campagne va véritablement prendre son envol courant septembre. Cette dernière élection avant les présidentielles de 2017 sonne un peu comme une répétition générale des forces en présence. Avec le désaveu des organisations politiques, lesdites forces sont quelques peu bousculées et peinent à ramener les électeurs vers eux. Les partis politiques ont mis à profit la période estivale pour élaborer leurs stratégies. Et on dénote un regain d’intérêt pour « les citoyens » qui seraient accueillis à bras ouverts sur les listes. À y regarder de plus près, les partis se sont recyclés en parfaite fabrique de citoyens !

Pour notre région, les enjeux des élections régionales sont avant tout d’ordre social. En un an, en Languedoc-Roussillon, le chômage a augmenté de 8,1% et les bénéficiaires du RSA de 11,2% ! La précarité gagne du terrain sur ce territoire en souffrance. Et, à première vue, les candidat-e-s ne souhaitent pas s’atteler à y répondre avec des engagements concrets. Pourtant, cela pose aussi les questions de l’emploi, de la formation professionnelle, du logement, etc. Ils préfèrent perdre du temps à maquiller leurs listes des oripeaux de la citoyenneté.

 

Le gloubi-boulga de la gauche-écolo radicale

Les partis situés à la gauche du Parti socialiste (PS) ont préparé une recette offrant un vrai gloubi-boulga d’étiquettes et de fond politiques. Ainsi, Europe Écologie Les Verts (EELV) agglomère autour de Gérard Onesta, son leader, le Parti de gauche (PG), le Parti communiste français (PCF), Ensemble (membre du Front de gauche), Régions et peuples solidaires (fédération des partis politiquesGloubiboulga1_1024 régionalistes et autonomistes), Nouvelle gauche socialiste (dernière scission du PS). Comment ce petit monde va-t-il mettre au point un programme sérieux alors que sur le fond, ils ne sont d’accord sur pas grand chose ? Ainsi, EELV soutient mordicus la réforme territoriale (fusion des régions, création de métropoles) et le PG est furieusement contre. Tandis qu’EELV est radicalement contre le nucléaire et le productivisme, le PCF trouve des bienfaits à la radioactivité. Pendant que Régions et Peuples solidaires prône le régionalisme dont les langues régionales, le PG fait preuve d’un jacobinisme forcené.

Par ailleurs, Gérard Onesta qui est dans l’exécutif de la région Midi-Pyrénées avec le PS en tant que vice-président chargé des affaires européennes, des relations internationales, de la coopération décentralisée et de la réflexion sur l’avenir des Régions, ne semble pas maîtriser le Languedoc-Roussillon. Si EELV est bien implanté dans les institutions de Midi-Pyrénées, plutôt à gauche, « il n’a pas pris la mesure de l’importance du vote FN en Languedoc-Roussillon », confie une personne de son staff. Cela ne l’empêche pas de partir la fleur au fusil en proposant un nébuleux « projet en commun ». La propagande officielle explique : « Le projet solidaire que nous voulons bâtir n’est pas celui d’un simple cartel d’organisations ou d’un rassemblement d’élu-e-s qui se substitueraient à une dynamique citoyenne. Nous voulons permettre un vrai débat de fond, en confrontant sereinement les idées, pour co-élaborer un projet commun à même de répondre aux urgences sociales, environnementales et démocratiques autour de pratiques nouvelles basées sur des valeurs humanistes. » Si « les citoyens » peuvent faire des contributions, quid de la validation ? Ainsi, ce contributeur engagé sincèrement dans la démarche et qui veut garder l’anonymat explique désemparé : « ma contribution a été validée mais je ne l’ai jamais retrouvée dans les textes finaux. » En juin dernier, La Tribune le prévoyait déjà : « Qui fera ensuite le tri entre les contributions ? Le processus reste flou pour le moment ».

L’alliance avec le Parti de gauche relève aussi de la tarte à la crème. Ainsi, un militant PG de la nouvelle région ayant assisté au Revoldernier congrès du parti de Mélenchon de juillet dernier raconte : « Jean-Luc Mélenchon nous a clairement dit que les régionales n’étaient pas une élection importante et que c’était un tremplin pour sa candidature en 2017 . » Et dans la région Languedoc-Roussillon, cette stratégie est entre de bonnes mains. C’est effectivement René Revol, maire de Grabels et vice-président de la métropole de Montpellier qui négocie pour le PG avec EELV alors qu’il n’a plus, officiellement, de mandat local dans le parti. Le même Revol qui a fait ses armes avec Mélenchon dans la secte OCI, qui attaque un titre de presse indépendant à Montpellier (à lire ici) et qui travaille main dans la main avec le lobby de l’eau dans la métropole tout en se baignant avec un sénateur-maire de droite (à lire ici). Ce qui ne colle pas vraiment avec « les plus hauts standards de transparence, de concertation et d’éthique » prônés par Le projet en commun.

Le PG met ses jeunes loups en avant comme pour montrer que les anciennes méthodes sont abandonnées. Pas vraiment. À l’instar de Muriel Ressiguier, candidate aux élections municipale de Montpellier, européenne, sénatoriale et départementale, qui est de toutes les conférences de presse pour ces régionales. C’est qu’elle a la politique dans le sang : papa est un cadre du PCF héraultais et maman, Gabrielle Henry, est vice-présidente du Conseil départemental de l’Hérault élue avec le binôme PS Michaël Delafossse. Du côté de Midi-Pyrénées, c’est aussi une histoire de famille. Ainsi, le candidat en vogue est le pétillant aveyronnais Guilhem Serieys, actuel conseiller régional. Son papa, ami de Mélenchon, a participé à la fondation de PRS (Pour une République sociale), le courant de Mélenchon au PS. Aux dernières régionales, le fiston s’est retrouvé propulsé sur la liste PG-PCF-GU (Gauche unitaire). Ladite liste qui fusionnera au second tour avec le PS pour une liste « gauche plurielle ». Serieys fils doit donc son poste actuel d’élu au Parti socialiste.

Au-delà des acteurs et des actrices du projet enGareMogèreProjetEnCommun commun, cette alliance n’est pas crédible non plus au regard des actions politiques. Ainsi sur la carte interactive de l’alliance multiformes, au chapitre des Grands projets inutiles et imposés (GPII), on retrouve la désormais célèbre gare de La Mogère, la seconde gare TGV de Montpellier. Dans les hémicycles, les élus EELV et PG ne se sont pas du tout opposés au projet comme Pas de roses sans épines ! l’a déjà démontré ici. L’un, Mustapha Majdoul, élu EELV, a préféré ne pas assister au vote sans même donner son pouvoir. L’autre, René Revol, élu PG, a voté la compatibilité avec le Plan local d’urbanisme (PLU) qui a permis de lancer la construction de la gare. De quoi faire voler en éclat ladite « charte éthique » vantée par le rassemblement qui dénonce pourtant la « démission du politique face aux lobbies de tout ordre ».

Dans ce marigot écolo-gaucho, les citoyens intègres vont se résumer à un simple logo supplémentaire au milieu de ces partis, qui, en perdition militante, n’ont d’autre choix que de s’unir. ProjetEnCommunMais l’union, même intéressée, ne sera pas de tout repos, notamment sur la question de la tête de liste. Le PCF qui a l’habitude de revendiquer les premières places va devoir la disputer à EELV qui au niveau national les veut toutes, unique condition de rassemblement. Cette méthode a d’ailleurs été jugée « sectaire » et vécue comme une « annexion » par Jean-Luc Mélenchon. La parole du chef n’a pas tardé à résonner localement par la voix du toulousain Manuel Bompard, secrétaire national du PG, ce dernier avertissant sur Facebook : « Il est clair que le Parti de Gauche ne participera pas à des faux rassemblements, présentés comme des listes EELV ouvertes ». Ambiance ! Il est vrai que si ce rassembleEELVNetment est citoyen, il est avant tout EELV, c’est d’ailleurs ce dernier qui héberge le site Internet et qui ne manque pas de floquer tous les visuels du mouvement de son nom. À y regarder de plus près, le seul mérite des participants au projet en commun est qu’ils ont (presque) su mettre leurs égos de côté pour n’en faire qu’un !

 

Philippe Saurel, le Roi des citoyens du Midi

Le maire de Montpellier et président de la métropole a réussi son pari de faire de la « politique autrement » : entouré d’une cour d’élus à ses ordres, il se pose en monarque absolu engloutissant les mandats. Terminé le clivage gauche-droite et le débat d’idées qui est censé en découler. Avec lui, c’est « tous Saurel » ! Et pour avoir l’honneur d’apparaître sur ses listes, il faut 1048653_478624198880913_1040597658_ocourtiser le roi. Ainsi, il fait passer un entretien d’embauche à tout citoyen voulant le rejoindre dans sa quête du pouvoir régional. D’ailleurs, le baron de Caravètes a déjà reçu le soutien d’autres seigneurs locaux tels Jean-Pierre Grand, sénateur-maire (Les Républicains) de Castelnau-le-Lez ou encore Monique Iborra (PS), députée de Haute-Garonne et vice-présidente à la région Midi-Pyrénées. Il a même le soutien de l’aristocratie médiatique parisienne en la personne de Geneviève de Fontenay. Encore une histoire de couronne !

En bon monarque conquérant, Philippe Saurel n’a pas hésité à choisir la date du 2 décembre pour se lancer dans la campagne municipale à Montpellier. Cette date faisant volontairement écho au coup d’état de Louis-Napoléon Bonaparte contre la Seconde République afin de réinstaurer l’Empire. Aujourd’hui assis sur son trône, Saurel lorgne sur la nouvelle région qui a le même territoire que l’ancien Comté de Toulouse. Mais comme Napoléon, il paraît tout petit face à cette gigantesque région. Pour conquérir ce nouveau royaume, unnamed (1)le Roi Saurel n’a d’autre choix que d’envoyer des missi dominici dans chaque département. Et ces serviteurs ne sont pas des citoyens sortis du chapeau. Ce sont des déshérités de leur parti d’origine. À l’image de Pierre Verdier, maire de Rabastens dans le Tarn. Ancien chef de cabinet de Martin Malvy, l’actuel président PS de la région Midi-Pyrénées, Verdier devient tête de liste saurélienne dans son département. Régis Cailhol, conseiller régional PS sortant en Midi-Pyrénées et conseiller départemental PS dans l’Aveyron, prendra la tête de liste dans son département au nom de Philippe Saurel. Sa candidature à la liste régionale PS de Carole Delga avait été écartée. Les listes Saurel sont donc des refuges pour élus en disgrâce dans leur parti. Qu’ils rendent leur carte et jurent fidélité au baron de Montpellier ! Du côté des stratèges, Saurel compte sur Jean-François Portarieu, ancien directeur de cabinet du maire PS de Toulouse Pierre Cohen, qui intègre son staff. Il apporte sa connaissance locale des contrées toulousaines.

Le Roi Saurel a habitué les montpelliérains à briller par sa communication et non par le fond politique qu’il développe sur la ville. Ainsi, son programme régional est bâti sur « trois piliers : l’équité territoriale, le développement économique et l’international. » Du bling-bling pour magazine économique bien éloigné de la réalité 10401516_713835032026494_4740220706509887995_nsociale de régions en souffrance. Faut-il rappeler, par exemple, que le Languedoc-Roussillon fait partie des régions les plus pauvres de France ? Ainsi, au rythme actuel de hausse du chômage, rien qu’en Languedoc-Roussillon, la CGT Pôle-Emploi prévoit 300 000 chômeurs d’ici la fin de l’année. Mais jamais le Roi Saurel ne prend la parole sur les vrais problèmes de ses sujets, faute d’être citoyens. Ce qui n’empêche pas  l’homme de voir plus loin. Cette élection n’est qu’un palier supplémentaire pour la prochaine. Certains parlent de ses aspirations pour l’élection présidentielle de 2017 ! Mais où donc Philippe Napoléon s’arrêtera-t-il ?

 

Dominique Reynié, le citoyen de surface

Dominique Reynié vient tout juste de prendre sa carte chez Les Républicains et d’en devenir le chef de file pour l’élection régionales Midi-Pyrénées/Languedoc-Roussillon. Il emmènera également derrière lui, l’UDI et Chasse pêche nature et traditions. Passer de simple citoyen à militant politique, tête de liste dans la 5ème plus grande région de France, quel changement ! « N’ayant jamais été candidat ou élu, je n’ai pas le profil de quelqu’un choisi par une formation politique, où la reproduction est la règle », se démarquait Renyié face à une journaliste du Monde. Mais le grand écart est moins important qu’il n’y parait. En effet, la politique a toujours été le centre de gravité de Dominique Reynié, que ce soit en tant que professeur de Science Po’ ou en tant que directeur général de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol). ReyniéRodezÀ part le fait de passer de politologue à acteur politique, le véritable changement sera territorial pour Dominique Reynié. Bien qu’il soit né à Rodez dans l’Aveyron, le candidat a passé la plus grande partie de sa vie à Paris et débarque fraîchement de la capitale, ses opposants ne se privent d’ailleurs pas de lui rappeler son parachutage.

Avant de remporter la grande région, Dominique Reynié va devoir rassembler localement son nouveau parti autour de lui. Le dilemme ? Fédérer les troupes et mettre Les Républicains en ordre de marche tout en paraissant loin des affaires internes et des partis tant dévoyés par la « société civile ». Cette façon de faire passe plutôt mal au sein des barons locaux du parti. Dans le Gard, le sénateur-maire de Nîmes, Jean-Paul Fournier et le maire d’Alès, Max Roustan, n’ont pas vraiment appréciés que Reynié leur impose un référent chargé de composer la liste. Leur réponse ne s’est pas faite attendre : « Dominique Reynié ne peut s’affranchir des règles d’un mouvement politique dont il a sollicité l’investiture« , avant d’appeler le candidat à se « ressaisir et à cdanslair-reynierespecter les femmes et les hommes qui se battent depuis longtemps sur le terrain (…) Car il ne faudrait pas qu’à force de vouloir s’affranchir des partis politiques, il en arrive à ce que ce soient les partis politiques qui s’affranchissent de leur candidat ». À Montpellier c’est le même son de cloche, alors que Dominique était en conférence de presse dans la ville, L’Agglo-Rieuse s’est étonnée de n’y voir aucune personnalité politique locale. « Nous n’avons pas été informés et pas été invités. Nous ne sommes jamais concertés », a expliqué un conseiller municipale de Montpellier. À force de vouloir paraître pour un citoyen indépendant, Dominique Reynié endosse de plus en plus le rôle du technocrate parisien venant éclairer la province de son savoir. Si bien que certains doivent déjà regretter l’époque où il était simple commentateur à C dans l’air sur France 5 !

Niveau idées, l’heure est aussi au désaccord. Favorable au mariage pour tous, défenseur de l’immigration et de la suppression des frontières, les positions de Reynié font un peu tache au milieu d’une droite proche de la Manif’ pour Tous et faisant des appels du pieds incessants au FN. Mais tout cela n’est fait que pour enrober un discours ultra-Note-fiscalitélibéral. Ce n’est pas pour rien que ce dernier est directeur général de Fondapol, « un Think Tank libéral, progressiste et européen ». Une publication de la fondation intitulée « La France des classes moyennes » montre très bien comment la petite bourgeoisie dont fait partie Dominique Reynié tente de comprendre le français moyen à coup de sondage. « Pour mieux les connaître, la Fondation pour l’innovation politique a décidé de conduire une étude ambitieuse auprès d’un échantillon de 2 000 personnes », nous informe le site de l’organisme. Avant de dire que l’enquête « a permis de contribuer significativement à la compréhension de cette catégorie sociale centrale et fragile ». La campagne des régionales va permettre à Dominique de découvrir les autres couche de la faune citoyenne : « avec près de 20 % de la population considérée comme pauvre, contre 14 % au niveau national, la région est ainsi l’une des plus concernées par la pauvreté en France », analyse l’INSEE.

Si « le candidat tête de liste de la droite, du centre et de la société civile » est un migrant politique, les ordres qu’il reçoit viennent de là-haut. L’UMP ne s’est pas contentée de modifier son nom, elle s’est aussi mutée en véritable machine de guerre à la gloire de Nicolas Sarkozy qui vise la présidentielle de 2017. Ainsi, chaque membre des listes départementales de Reynié est contrôlé par l’équipe du chefaillon. C’est ce qu’explique Le blog des Régionales 2015 de France3 Midi-Pyrénées : « Les responsables départementaux pourront faire des propositions, la tête de liste régionale peut faire des suggestions. Mais ce sont les instances nationales qui adoptent et composent la liste des candidats ». Pour une dynamique qui vient de la base c’est raté, la société civile en reste sans voix !

 

Carole Delga, la politique de comptoir

Pour le Parti socialiste, cette élection régionale est l’occasion de reprendre la région en main depuis Paris. Georges Frêche n’étant plus là pour régner en maître et après la déroute des municipales à Toulouse (remportée par l’UMP) et à Montpellier (remportée par le dissident PS), Solférino compte peut-être remettre de l’ordre sur les terres du Languedoc. Leur allié historique, le Parti radical de gauche (PRG), est de la partie après un vaudeville pour la répartition des candidats sur fond de politique nationale. Jean-Michel Baylet, chef du PRG, est par ailleurs patron des médias locaux La Dépêche du Midi et Midi Libre et aurait des velléités pour entrer au gouvernement. Pendant ce temps, les socialistes locaux avalent des couleuvres. Ainsi, la tête de liste de l’Hérault, Hussein Bourgi, premier fédéral PS, laisse sans moufeter sa place à un-e élu-e PRG.

La tête de liste régionale est Carole Delga qui était jusqu’en juin dernier secrétaire d’État chargée du Commerce, de l’Artisanat, de la Consommation et de l’Économie sociale et solidaire. Delga est un pure produit du système PS avec un CV politique long comme un bras de la Garonne. Elle décroche son concours d’attachée territoriale en 1994 et débute une carrière administrative. D’abord à la mairie de Limoges, elle deviendra ensuite collaboratrice dans des syndicats territoriaux dans le Comminges avant d’être nommée directrice générale des services du Syndicat des eaux de la Barousse, du Comminges et de la Save. En 2005, elle intègre le conseil régional de Midi-Pyrénées en tant directrice adjointe de l’Aménagement du territoire. Elle enchaîne en 2007 avec un poste de chargée de mission avant de quitter le conseil régional en 2009. Entre temps, elle est élue en 2008 à la mairie de Martres-Tolosane (Haute-Garonne), sa ville d’origine où elle est réélue haut la main avec 65% au premier tour en 2014. Elle démissionnera quelques mois après pour son poste de secrétaire d’état au gouvernement. Avide de mandats, Carole n’en est pas restée là. En parallèle, en 2010 elle est élue à la région Midi-Pyrénées sur la liste de Martin Malvy et devient vice-présidente chargée des questions de ruralité, des services au public en milieu rural et des technologies de l’information et de la communication (TIC). Elle est ensuite élue députée de la 8ème circonscription de Haute-Garonne en 2012. Elle a quitté le conseil Delga-Régionrégional en 2013 mais reste députée. Aujourd’hui, elle compte compléter son palmarès en décrochant la présidence de la nouvelle région à la tête de la liste « Notre Sud ».

Et Carole compte bien rafler une nouvelle fois la mise auprès des citoyens ! « Je veux que chacun puisse apporter sa contribution au projet que nous allons porter pour cette nouvelle grande région. C’est le sens de cette démarche participative », claironne-t-elle sur son site Internet de campagne. Quoique le citoyen est relégué à la marge quant à la participation programmatique. Carole leur propose ainsi de se prononcer sur le nom de la future région. Et quand elle leur demande de s’exprimer sur les « dix grandes entrées thématiques » du programme, le citoyen ne peut que faire part de son expérience, donner son avis ou réagir aux commentaires. Carole préfère certainement les citoyens qu’au moment du vote. Son action de secrétaire d’État a effectivement montré de quelle côté de la barrière citoyenne elle se trouve.

Ainsi, le vice-président de la branche foraine du syndicat de commerçants CID’Europe a pu le constater comme le rapporte Midi Libre dans son édition de Nîmes du 5 juin 2015. Interpellée sur l’avenir de la profession par le syndicaliste, ce dernier « dit avoir été déçu par sa réponse » qui était : « Je serai candidate à la fin de l’année sur le Languedoc-Roussillon. Je ne serai plus ministre. Je vais en toucher un mot à mon successeur. » « Mais alors qu’êtes-vous venue faire à Nîmes si ce n’est préparer votre pré-campagne (…) qui ne doit pas être financée sur les deniers de votre ministère ? », rétorque justement le syndicaliste. « Et vlan, c’est la fête à Carole ! », conclut même Midi Libre. Si elle reste donc flou avec les petits commerçants, elle n’épargne pas non plus les salariés.

Alors que la loi Macron prévoyait d’instituer un accord social dans l’entreprise pour le travail le dimanche dans les Delga-Macronzones touristiques, les professionnels se sont levés contre le principe d’un tel accord. Des magasins pourraient en effet fermer le dimanche n’ayant pas contracté un accord avec ses salariés. Alors que les débats sont houleux, « le ministère de l’Economie prépare-t-il déjà des modifications à la loi Macron pour sa partie consacrée à l’ouverture du dimanche ? », demandait le magazine professionnel LSA le 3 mars dernier. Lors des États généraux du commerce organisé par le Conseil du commerce de France à Bercy, Carole Delga a rassuré le patronat : « Nous travaillons avec le Sénat, et avec le rapporteur Stéphane Travers, de manière à pérenniser l’ouverture des commerces le dimanche dans les zones touristiques ». Carole a pour le coup tenue sa promesse : quelques mois après, la loi Macron passe à coup de 49-3 avec un assouplissement considérable du travail le dimanche, garanti sans accord social.

Pendant son mandat au gouvernement, Carole Delga a porté haut les couleurs des grandes enseignes commerciales (Carrefour, Auchan, Fnac, Conforama, etc.). Tandis que la loi de Finances rectificative comptait, en mars dernier, conserver l’augmentation de 50% de la taxe sur les surfaces commerciales (Tascom), Delga a plaidé « pour une révision à la baisse de la taxe sur les surfaces commerciales », nous apprend l’AFP (03/03/15). Avec cette proposition, elle allait dans le sens des intérêts d’un « commerçant », Michel-Édouard Leclerc, patron-héritier de l’enseigne Leclerc qui dénonçait alors sur son blog « le fait que les « commerçants, qui serrent aujourd’hui leur compte d’exploitation pour passer la crise, sont ponctionnés pour financer le trou de l’État ». Dans son combat, Michel-Édouard a trouvé une alliée de poids. D’ailleurs, au gouvernement, Carole Delga s’est montrée très généreuse avec ceux qui ne sont pas de son bord politique. C’est ce qu’explique très bien le quotidien La Montagne (17/05/15). À la demande du maire de la commune de Lanobre (Cantal), le député UMP Alain Marleix était intervenu auprès de Sylvia Pinel qui était alors secrétaire d’État en charge notamment du commerce. Il lui demandait des crédits publics pour « le financement de la réalisation d’un
ensemble commercial ». Pinel ayant entre temps quitté ses fonctions de secrétaire d’État, sa successeur s’empressa d’honorer la demande du député UMP. Carole Delga donnera derechef une subvention de 189 000€ ! Avec ces antécécdents, le chariot des régionales risque d’être poussif pour Delga.

 

Louis Aliot et le jeu des sept familles

Pour le Front national, ces élections restent une histoire de famille. Ainsi, c’est Louis Aliot qui va porter la flamme pour les régionales. Le concubin de Marine Le Pen est déjà élu à la région Languedoc-Roussillon avec la montpelliéraine France Jamet, fille d’Alain Jamet qui a fondé le FN avec Le Pen père. Il sera donc voisin de campagne avec Marion Maréchal-Le Pen, la nièce de sa compagne, candidate en région PACA. C’est à se demander si la mère du candidat Aliot va-t-elle aussi se représenter Aliotsur une liste comme lors des législatives de 2012 ! La région compte au total dix élus d’extrême-droite. Si Aliot se positionne comme un candidat anti-système, il connaît par cœur les arcanes de la politique et est aussi un fin gourmet de mandats. Il est aussi conseiller municipal d’opposition à Perpignan et député européen ! Après les scores des municipales et des départementales dans la région, le FN est en passe d’être en tête du premier tour de ces régionales aidé par un traitement médiatique complice qui a joué à fond la dédiabolisation des idées d’extrême-droite. Pour sa campagne, Aliot délaisse dans un premier temps les grandes villes pour se concentrer sur la ruralité. Il lance « une caravane rurale » dont plusieurs véhicules vont sillonner la région. D’un point de vue idéologique, Aliot s’est différencié de sa compagne dans les désaccords qui existent avec son père. Aliot a publiquement soutenu Jean-Marie Le Pen face à sa fille. Il n’est effectivement peut-être pas stratégique de se couper de la vieille garde FN à quelques mois d’une élection. Comme à chaque fois, le FN n’aura pas besoin d’une grande campagne d’ampleur pour exister et diffuser ses idées. Aliot maniera très bien l’amalgame opposant les puissants aux faibles et se réclamant de ses derniers malgré des émoluments dignes des premiers. Et le FN a un rôle utile : arrivé en tête du premier tour, « cela facilite les positions d’opportunistes qui n’ont ainsi pas à justifier leurs nouvelles alliances. C’est pourtant de leurs actions politiques ambiguës que l’extrême-droite se nourrit en premier », écrivions-nous déjà pour les élections départementales.

 

Ces élections régionales sont bien mal entamées. L’hémorragie militante se poursuit dans des partis politiques en déshérence dans l’opinion publique. Ils tentent une énième parade moribonde en invoquant la citoyenneté alors que les appareils ferraillent dur pour placer leurs petits soldats aux meilleures places. L’appât du gain d’élu si maigre soit-il attire les appétits d’égos en mal de reconnaissance. La Vème République va prouver une nouvelle fois que ses institutions sont à bout de souffle. L’argument marketing du citoyen ne dupera personne et le FN reste l’épouvantail utile à agiter aux badauds. Car, si tous appellent à une participation sur leur liste – participation réduite comme nous l’avons démontré – ce qui est intéressant est l’attitude adoptée au second tour. Car c’est bien maintenant qu’il faut en parler. Il n’y aurait rien d’étonnant qu’EELV fusionne avec la liste PS-PRG. Les alliés d’EELV comme le PG pousseront des cris de vierge effarouchée ce qui ne les empêchera pas de s’asseoir dans les fauteuils moelleux de la région. La droite se retrouverait sans réserve de voix sauf à fusionner avec un Philippe Saurel qui va démonter si sa stratégie bonapartiste fonctionne une fois encore. Face à cela, le FN reste tapi dans l’ombre de ces combinazione profitant alors d’une abstention en hausse et d’une absence réelle de fond politique. Pas sûr que la politique sorte grandie de ces fabriques de citoyens.

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