Quand les élus s’affichent, la démocratie s’effrite à Montpellier

Au niveau d’une ville comme Montpellier, rares sont les moyens pour les citoyens de s’exprimer. Il y a bien les élections, dont les municipales ayant lieu tous les 6 ans, mais avec 51% d’abstention, blancs et nuls au premier tour en 2014 et 46.5% au second, ce scrutin ne semble pas passionner les foules. Ce qui explique que Philippe Saurel soit devenu maire avec seulement 20.5% des inscrits. Un record parmi les dix plus grandes villes françaises ! Pour donner leur avis, les citoyens peuvent également opter pour une participation aux conseils de quartiers. Ces derniers sont obligatoires dans une ville de la taille de Montpellier mais demeurent uniquement consultatifs. Autant dire que les décisions restent entre les mains de la mairie, fut-elle élue par 11% des habitants.

Il est aussi possible de passer par la presse locale, mais cette dernière vit souvent grâce aux collectivités et tout le monde n’a pas le courage, ni le temps de créer un site local tel que Pas de roses sans épines ! par exemple (quoique nos colonnes restent ouvertes) . Il existe cependant un autre moyen de s’exprimer sans attendre 6 ans, en s’évitant de siéger dans des conseils joués d’avance et en ne faisant pas de compromis avec des médias aux ordres. Cet outil s’adresse à tous les citoyens, qu’ils soient engagés dans des associations, des partis politique, des collectifs ou qu’ils ne représentent qu’eux-mêmes. Cet outil c’est l’affichage libre. Simple et accessible à tous, ce dernier est pourtant malmené à Montpellier.

Respect de la loi, ne pas tomber dans le panneau !

Au sujet de l’affichage libre, officiellement nommé « affichage d’opinion et à la publicité relative aux activités des associations sans but lucratif », la loi est très claire. Pour une commune de plus de 10 000 habitants comme Montpellier, il faut compter « douze mètres carrés plus cinq mètres carrés par tranche de 10 000 habitants au-delà de 10 000 habitants ». Pour notre ville (270 000 habitants) cela équivaut à 142 m² d’espace dédié à l’affichage libre. Avec 135 panneaux, Montpellier en totalise plus de 510 m², soit trois fois plus que ce que la loi préconise. C’est beaucoup mieux que certaines villes qui ne comptent pas un seul panneau à destination des habitants, comme c’est le cas à Lunel.

Si sur le papier tout est correct et que la loi est respectée, dans la vie quotidienne les choses sont un peu plus mitigées. Côté localisation géographiqueIMG_2653, on peut voir que tous les quartiers ne sont pas logés à la même enseigne. Ainsi le cœur de ville très piéton et très dense démographiquement est quasiment dépourvu de panneaux. Le centre historique n’en compte en effet que quatre, enfin trois car celui situé à l’entrée de la Faculté de droit a disparu voilà plus d’un an sans être jamais remplacé, tant pis pour les associations étudiantes ! Comptez-en un seul au Petit-Bard et aucun à l’intérieur de Figuerolles, pas plus que dans la Cité Gély, Malbosc ou Tournezy. En revanche une trentaine de panneaux se trouvent sous des ponts au niveau de la voie rapide ou du chemin de fer. A y regarder de plus près la plupart des panneaux sont de très grande taille (2,40m sur 1,60m), proches des grands axes routiers et au nombre de deux, voire trois au même endroit. Si cette description fait plus écho à des panneaux publicitaires que de libre expression, c’est qu’en effet, la mairie a complètement dénaturé la loi. PanneauxMtpAlors que le maire disait récemment aux néo-montpelliérains qu’ils étaient « dans une ville où chacun est libre de croire, de ne pas croire, de penser, de s’engager ou de critiquer » (Midi Libre 13/09/2015), Pas de roses sans épines ! se demande bien comment cela est possible si la seule voix audible est celle du pouvoir en place et que les citoyens n’ont pas accès aux plus fondamentaux des outils démocratiques. Pourtant Philippe Saurel n’a rien changé à la gestion de l’affichage libre depuis son élection. Entre falsification de la loi et communication hypocrite de la mairie, certains ont trouvé le moyen d’exploiter ce déficit démocratique pour faire des profits.

Affichage business

Immenses et à proximité des croisements routiers, les panneaux d’affichage libre de Montpellier se sont avérés être un cadeau inespéré pour les entreprises de collage de rue. Ces collages rémunérés sont souvent commandés par d’autres entreprises afin de promouvoir des événements payants alors même que la loi stipule qu’il doit s’agir d’activités à but non lucratif. Quant aux panneaux plus enfoncés dans la ville, ils sont également désertés par les citoyens de tous horizon. Un militant ne peut pas rivaliser face à un colleur payé, voilà comment l’argent a fait disparaître la citoyenneté des rues de Montpellier. Avec un chariot ou en scooter, ils sont des dizaines à ratisser la ville à la manière d’un JCDecaux clandestin, comme si les véritables panneaux publicitaires n’étaient déjà pas assez nombreux. Et visiblement Montpellier n’est pas la seule ville touchée, à Brest aussi certains pointent du doigt ce vol de démocratie.

Mais pour la mairie de Montpellier, pas question d’agir, c’est en tout cas ce qu’elle disait en 2013 : « nous IMG_2604n’intervenons pas dans le type d’affiches collées, même si nous remarquons qu’elles relèvent plus souvent des spectacles en tout genre que de l’affichage d’associations… ». Pourtant ces petites entreprises collent aussi illégalement en faisant de l’affichage sauvage. Il n’est pas question de blâmer ces colleurs payés au lance-pierre mais au mois pourrait-on s’attendre à des actions contre les employeurs. C’était sans compter le fait que la mairie avait elle-même recours à eux. Alors que « Montpellier et sa métropole renforcent leurs actions pour un territoire propre », il est plutôt cocasse de trouver des affiches floquées du logo de la ville salir les rues de cette même ville. Outre les boîtes de nuits et salles de concerts on peut trouver comme clients d’autres collectivités mais aussi l’Etablissement français du sang ou encore la Lesbian and Gay Pride Montpellier. Quelques billets valent bien quelques militants. Un geste anodin qui isole un peu plus les collectifs et associations souffrant d’un manque de visibilité et qui pousse les derniers colleurs engagés à ne plus militer ou à avoir recours au collage sauvage.

La mairie met donc à disposition les panneaux de libre expression à des entreprises d’affichage, le tout aux frais du contribuable. Ces mêmes entreprises ne se privent pas de faire du collage sauvage, quant à la mairie, elle ne se gène pas de faire affaire avec eux. Et là le contribuableIMG_2584 passe une deuxième fois à la caisse. En effet, la mairie fait appel à l’entreprise Ciel Vert, filiale de HTP, en délégation de service publique (DSP) pour éliminer les affiches des rues : « La Ville de Montpellier lutte contre les tags et l’affichage sauvage depuis une dizaine d’années en faisant appel à un prestataire extérieur », écrivait-elle en 2003, avant d’ajouter que « le coût global de ces opérations s’élève pour 2012 à 1 200 000€ TTC avec une nette augmentation du nombre d’affiches qui a presque doublée sur l’année, les tags étant en stagnation ». Voilà donc le prix à payer pour cette mascarade qui rapporte plus au privé, deux fois gagnant, qu’aux habitants. Pendant ce temps les élus se mettent en scène sur Internet et n’hésitent pas à culpabiliser le citoyen lambda quant à la propreté des rues.

Les M. Propre des réseaux sociaux

Si vous cherchez les élus en charge de cette question à Montpellier, vous les trouverez très surement sur Facebook ou Twitter. Luc Albernhe, adjoint délégué à la voirie et à « Montpellier au quotidien » et Valérie Barthas-Orsal, adjointe déléguée à la propreté sont en effet devenus des experts en communication sur les réseaux sociaux. Pour Luc BDSAlbernhe le message est clair, tout repose sur le dos des riverains : « Si les Montpelliérains ne prennent pas eux-mêmes en considération les problèmes liés à la propreté, on n’y arrivera pas », rapporte L’Agglo-Rieuse. C’est donc avec précaution que le M.Propre de la majorité évite la question des panneaux d’affichage et surtout la présence d’affiches de la ville collées en toute illégalité dans nos rues. En évacuant cette cause du problème l’élu peut donc tranquillement s’adonner à son activité favorite : la com’ ! Dans ses publications frénétiques, toujours à la gloire de Philippe Saurel, Luc Albernhe va même jusqu’à qualifier des affiches de la campagne Boycott, désinvestissement et sanction (BDS) appelant à boycotter l’état israélien de « racistes », tout en se vantant de les faire arracher au plus vite. Les collages commerciaux de masse n’auront pas le même traitement. Pourtant il s’agit de l’élu, qui d’après le site de la mairie, est chargé de la « signature des arrêtés de mise en demeure des contrevenants à l’affichage et mises en demeure relatives à la publicité ». Alors, si le ridicule ne tue pas, et heureusement pour Mme Barthas-Orsal et M. Albernhe, l’action politique concrète non plus !

 

L’affichage libre est la base même de la démocratie locale, c’est par ce biais que l’information circule dans chaque secteur de la ville, c’est le vecteur de la citoyenneté. Partis, comités de quartiers, groupements citoyens non structurés, chacun doit pouvoir s’exprimer à l’intérieur de la Cité. Mais dans notre ville, cet outil a perdu tout son sens. Devenu le gagne pain d’entreprises privées (collage et décollage), on en vient à se demander où est la place du citoyen dans tout cela. La municipalité ne bouge pas le petit doigt et de fait, aide le privé qui se fait une bonne marge sur le dos des habitants. Une bonne partie des 1 200 000 euros de nettoyage est jetée inutilement par les fenêtres chaque année, ça fait cher pour une démocratie inaccessible ! Le résultat de IMG_2390tout cela est le dégoût des militants qui ne peuvent lutter contre des mastodontes bien équipés. Le tissu social se meurt alors que l’affichage, autrefois bénévole, devient marchand. Les petites associations souffrant d’un manque de visibilité n’ont d’autre choix que de flirter avec les politiques pour exister. En d’autres termes, l’action de terrain fait place aux petits arrangements de salons, pas sûr que le grand nombre y soit gagnant.

Alors que Philippe Saurel a récemment fait couvrir la ville d’affiches (en toute illégalité) prônant une « nouvelle citoyenneté », accompagnées du slogan « Montpellier c’est nous », il est aujourd’hui plus que nécessaire de savoir qui se cache derrière ce « nous » car les citoyens semblent avoir été oubliés. Eux, les élu-e-s, pourraient pourtant agir très concrètement et à moindre coût pour donner un nouveau souffle démocratique dans la ville. Pourquoi ne pas multiplier le nombre de panneaux par trois ou quatre de sorte a en placer un à proximité de tous les lieux de vie de la ville mais également réduire leur taille afin que les affiches commerciales soient trop grandes par rapport au support. Pourquoi ne pas sanctionner les entreprises de collage de rue, puisque la mairie a déjà leur contact ? Et pourquoi même ne pas oser, comme à Grenoble, supprimer les panneaux publicitaires de la ville pour planter des arbres et placer des panneaux de libre expression ? Les idées ne manquent pas, à NOUS de les porter, en attendant de pouvoir les afficher !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s