Élections régionales : le nuage de pollution électoral éclipse l’écologie politique

Que dire de cette campagne des élections régionales d’un point de vue programmatique ? Que les électeurs ne croulent pas sous les propositions tant les candidats sont empêtrés dans leur bidouillage de liste. Les places semblent plus intéressantes à leurs yeux qu’un programme clair et engagé. Les enjeux sont pourtant nombreux pour cette méga région Midi-Pyrénées/Languedoc-Roussillon. À l’instar de l’écologie qui reste un axe fort au regard des pollutions de l’air, de l’eau et des sols. Pas de roses sans épines ! prend le pouls de l’environnement en Languedoc-Roussillon contaminé, entre autre, par les particules fines, les pesticides et la radioactivité.

thumb_IMG_6803_1024Sur quoi les électeurs vont-ils faire leur choix le 6 décembre prochain, date du premier tour des élections régionales ? Espérons qu’en moins de deux mois, les candidats auront de véritables projets à leur soumettre. Pour le moment, tout n’est qu’affaire de communication politique sur les têtes de liste sortis des chapeaux des appareils politiques transformés pour le coup en fabrique de citoyens, la mode électorale du moment. Les candidats arc-boutés sur les vieux principes d’une Vème République à bout de souffle sont plus occupés à poser leurs pions dans les départements méprisant au plus haut point les citoyens qu’ils disent pourtant vouloir représenter. Les sujets majeurs sont ainsi laissés de côté comme la pauvreté galopante de la nouvelle région comme nous l’avons déjà expliqué ici. Il est à parier que l’écologie qui implique la santé, le développement économique et la gestion de biens communs tels l’eau passe aussi à la trappe électoraliste.

Écolo-candidats ?

Un petit tour sur les sites Internet des candidats en présence rendra l’électeur plus que sceptique sur les engagements concernant l’environnement. Si le texte le plus ambitieux reste celui du candidat Gérard Onesta (EELV-PG-PCF-occitanistes), l’actuel vice-président de la région Midi-Pyrénées ne dit pas comment il financera ses mesures dans un contexte d’austérité généralisée. Et ses engagements sont en complète contradiction avec ses actions du passé. Ainsi, le cartel de partis du « projet en commun » propose, entre autres promesses, de garantir « le droit universel à l’énergie » car « l’énergie doit rester ou redevenir un bien commun, maîtrisé publiquement et accessible à tous » ou encore de soutenir « les projets de coopérative citoyenne et de régies publiques locales de production et de distribution ». Petit problème : il y a dix ans, la tête de liste Onesta faisait la campagne du oui au traité constitutionnel européen (TCE). Les habitants du Languedoc-Roussillon avaient une opinion inverse et ont clairement dit « un grand non à l’Europe de la finance ». D’ailleurs, Onesta alors euro-député était même « déclaré indésirable chez anti-OGM » (La Dépêche du Midi – 23/05/2005). L’Europe des marchés toxiques que soutenait  à l’époque Onesta est la même qui aujourd’hui propose ce traité félon qu’est le TAFTA et qui sera dévastateur pour le territoire (à lire ici). Son alliance avec le Parti de gauche et le PCF est même de l’ordre de la tartufferie. En 2005, ces partis ont furieusement fait campagne pour le non. Mais depuis, ils semblent avoir mis de l’eau dans leur vin embrassant à pleine bouche l’adversaire idéologique d’hier.

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Carole Delga du PS, avec qui Onesta a déjà prévu une fusion au second tour, a un programme écolo’ plus que léger. Sur son site, elle commence par enfoncer des portes ouvertes sur l’air : « la réalité du réchauffement climatique s’impose et ses effets sont discernables » ou encore « la faune et la flore évoluent ». Elle enchaîne avec une petite publicité pour la COP 21, la Conférence mondiale pour le climat qui aura lieu en fin d’année à Paris. D’après elle, cette conférence « va tenter de préparer un programme d’actions internationales ». Au vu des financeurs de l’événement, on peut en douter. Ainsi, les 187 millions d’euros que coûtent la COP21 seront assurés par des multinationales comme la BNP-Paribas, Suez Environnement, Air France, JC Decaux, Renault Nissan, etc. (Le Monde – 27/05/15). La vision de l’écologie de Delga est joliment résumé en une phrase : « Sensibiliser et éduquer nos concitoyens au développement durable ». L’écologie par la culpabilisation des citoyens, un vieux crédo qui permet de jeter un voile pudique sur les actions des industries et sur la lâcheté des actions des élus envers notre environnement.

Pour sa part, le maire-président-candidat Philippe Saurel dont la liste est autoproclamée « citoyens, divers gauche, écologistes » ne pense même pas à faire figurer l’écologie comme priorité dans son premier tract de campagne. Celui qui a été « élu à 8 reprises depuis 1995 » engage des têtes de liste sortis tout droit du sérail politique et les citoyens sont, là aussi, un affichage marketing. Saurel dont la ville subie de multiples inondations préfère mettre en avant l’ « équilibre territorial », le « développement économique » et l’ « international » plutôt que de s’atteler à démontrer en quoi sa liste est écologiste. Du côté de la liste Les Républicains menée par Dominique Reynié, l’écologie n’est même pas évoquée. Le discours semble tout droit sorti d’une école de commerce : il propose de construire une « puissance publique régionale (qui) mettra en place un programme volontariste pour appuyer les performances de nos entreprises, de notre agriculture, de son versant agro-alimentaire et agro-industriel, de nos universités et de leurs centres de recherches, en encourageant la multiplication des liens avec les services Recherche et Développement (R&D) des entreprises innovantes. » De son côté, le Front national de Louis Aliot est parti en campagne avec une caravane de la ruralité. Et on cherche encore une trace d’écologie dans les sillons de sa communication.

Climat mauvais en LR

En Languedoc-Roussillon (LR), la nature en prend pourtant plein les racines. Et la santé des habitants est en première ligne de la dégradation de ce environnement. Pour trouver des pistes concrètes, les candidats n’ont qu’à ouvrir le Plan régional santé environnement 2010-2014 (PRSE). Le lecteur attentif y trouve d’abord un état des lieux complet avec, en préambule, un avertissement utile : « il est aujourd’hui prouvé que les expositions à des substances polluantes PRSE2-Gouvernance(physiques, chimiques et biologiques), même à des doses faibles mais sur une longue durée, peuvent avoir des effets sur la santé. » La région est un acteur incontournable du PRSE intégrant le groupe de pilotage au côté notamment de l’Agence régional de santé (ARS). Il serait bien que les aspirants aux hautes fonctions régionales sachent de quoi il retourne.

Le constat environnemental du PRSE est sans appel ! « Près des 2/3 (des habitants) se concentrent dans la zone de passage, autour des axes autoroutiers » surtout à côté des grandes villes, apprend-on dans un premier temps. Pour ce qui est de l’eau, élément vital à la vie, elle est vulnérable et « 15 % des masses d’eau (représentant plus de 50 % des prélèvements) ne sont pas en bon état qualitatif du fait des pollutions par les nitrates et pesticides » et « 20 % des masses d’eau (représentant 60 % des prélèvements) présentent un risque fort de non atteinte du bon état quantitatif en 2015 ». Les inondations sont ensuite un danger réel comme les récents événements l’ont prouvés. Ainsi, « 3/4 des communes du Languedoc-Roussillon sont soumises au risque d’inondation sur au moins une partie de leur territoire, et plus de 500 000 personnes résident en zone inondable », soit 1/6 de la population régionale ! Les crues ne sont pas prêtes de décroître en raison de « divers facteurs d’origine anthropique, en particulier la diminution des zones naturelles d’expansion des crues, l’imperméabilisation des sols, et les aménagements lourds des cours d’eau », comme nous le démontrions ici pour Montpellier.

D’après le PRSE, « le Languedoc-Roussillon figure parmi les régions de France métropolitaine les plus vulnérables face aux évolutions du climat. » Et les premiers effets se font déjà sentir comme le prévoyait justement le document : « Les conditions climatiques, leur évolution, ainsi que la présence de zones humides, soulèvent également la question des risques biologiques notamment ceux liés aux moustiques ; le moustique Aedes albopictus, vecteur de la dengue et du chikungunya, s’implante progressivement dans la région. » Ça n’a pas raté : le moustique tigre fait des ravages sur la santé humaine comme l’Institut de veille sanitaire l’a étudié.

Climat social malade

L’écologie ne peut pas ici être décorrélé de la situation sociale où la pauvreté est galopante. « Les personnes aux revenus les plus faibles se perçoivent en moins bonne santé que le reste de la population, elles vont moins souvent chez le IMG_5564_1024médecin, surtout chez les spécialistes, elles sont moins bien couvertes par des complémentaires de santé, et elles pratiquent moins la prévention et le dépistage que le reste de la population », constate les rédacteurs du PRSE. Tout comme l’environnement, le climat social en LR aligne une liste de points négatifs dus à la situation sociale des administrés. Concernant la santé à proprement parlé, il y a « une dégradation de la situation concernant les maladies cardio-vasculaires et plus particulièrement le niveau élevé de la mortalité par maladie vasculaire cérébrale. » Il y a aussi « une prévalence du diabète élevée » avec « 3,9 % de la population de la région présent(ant) un diabète traité. » Le diabète est responsable de 6 % des décès en région. En ce qui concerne le surpoids et l’obésité, il y a une prévalence en hausse.

Si cela ne suffisait pas, le rapport note un fort risque psychosocial qui est « l’interface de l’individu et de sa situation de travail ». Les symptômes les plus répandus sont le stress, le harcèlement moral et, pire, le suicide. En LR, « on observe depuis la fin des années 90 une surmortalité régionale par suicides par rapport à la moyenne nationale. Sur la période 2003-2005, 484 décès par suicide ont été déclarés en moyenne chaque année en Languedoc-Roussillon, soit 2% de l’ensemble des décès. »

Habitat indigne et radioactivité

Au-delà du constat, ce plan régional propose des pistes d’actions concrètes qui pourraient être autant d’engagements de campagne intéressants. Le tout est ficelé par trois axes forts : « connaître et limiter l’exposition des populations aux risques sanitaires », « réduire les inégalités sociales et territoriales » et « préparer l’avenir : veille sur les risques émergents, information, formation et participation ». Entre autre élément, on trouve la « lutte contre l’habitat indigne ». Le Languedoc-Roussillon compte effectivement « 138 000 logements potentiellement indignes » (47 000 dans l’Hérault, 39 000 dans le Gard, 24 600 dans l’Aude, 22 000 dans les Pyrénées Orientales, 5 509 en Lozère). Il y a là matière à proposer des solutions pérennes pour les plus précaires de nos concitoyens et lutter contre les marchands de sommeil. Concernant la qualité de l’eau, le PRSE propose d’ « améliorer la qualité sanitaire de l’eau potable » en s’attaquant à la « diminution des non-conformités sur l’ensemble des réseaux de distribution de la région ». Ici, l’enjeu de santé publique est vital pour tous.

L’Action n°12 a de quoi interroger par sa gravité et par le fait que personne ne communique sur le sujet. Cela concerne l’exposition de la population au radon, « un gaz radioactif naturel produit notamment par les roches granitiques et thumb_IMG_7241_1024volcaniques », nous apprend le document. Et le radon a la faculté de s’immiscer partout dans les espaces clos comme les maisons. « On estime qu’il y est responsable, chaque année en France de 2500 à 3500 décès par cancer du poumon », poursuivent les rédacteurs du plan. Et le seul département classé en zone prioritaire par le Ministère de la santé est la Lozère. Cela ne veut pas dire que les autres départements sont épargnés. Ainsi, le « radon touche également partiellement le Gard, l’Hérault (roches riches en minerai d’uranium du bassin de Lodève) et les Pyrénées-Orientales (massifs granitiques). » Et « dans ces départements, les teneurs en radon dans l’habitat peuvent très occasionnellement dépasser les valeurs réglementaires. » Sur la période 2010-2014, le PRSE s’est juste donné comme objectif « de mieux connaître les zones d’exposition accrue (…) et d’informer (élus, particuliers, propriétaires et gestionnaires d’établissements publics) sur les risques sanitaires et les méthodes de réduction du risque. » Les candidats aux régionales se sont-ils au moins mis au courant de ce problème écologique de premier ordre ? En même temps, il faut dire que la Lozère étant le département le moins peuplé, elle ne constitue qu’une faible réserve d’électeurs.

Pourtant les chiffres sont éloquents :  « 73 000 habitants sont concernés par une exposition au radon dans la région ». Dans l’Aude, « 6 établissements (dont 5 écoles) (sont) concernés par des concentrations supérieures à 400 Bq/m3. Cinq cas sont solutionnés, pour le dernier, pas d’informations » ; dans le Gard, « 15 établissements scolaires (ou crèches) (sont) concernés par des concentrations supérieures à 400 Bq/m3. Aucune information sur les éventuels travaux » ; dans l’Hérault, « aucune mesure supérieure à 200 Bq/m3 » ; en Lozère, « 16 % des mesures montrent une concentration entre 400 et 1 000 Bq/m3 et 16 % des mesures donnent des résultats supérieurs à 1 000 Bq/m3 » ! L’enjeu de campagne est donc loin d’être anodin.

 

L’électeur averti ne peut que déplorer la faiblesse programmatique des candidats en matière d’écologie et de santé publique. Et quand il y a des propositions, elles résonnent comme des vœux pieux. Avec ce Plan régional santé et environnement qui présente des éléments factuels, les pistes de travail intéressantes ne manquent pas. Ainsi, l’Axe 3 pointe l’ « importance (qui) doit être accordée aux efforts d’information, de transparence et de dialogue avec l’ensemble des acteurs ayant une responsabilité quant à l’amélioration du cadre de vie et de l’environnement ». Parmi ces acteurs, on retrouve les citoyens et les collectivités locales. Et le PRSE de conclure : « Au lieu de multiplier les informations sur chaque type de risques, il faut réfléchir à une approche plus globale et intégrée partant des préoccupations locales. » Mais ces préoccupations locales sont-elles les réelles priorités de candidats en mal de mandat ?

Consulter l’intégralité du Plan régional santé environnement 2010-2014 ici.

3 réflexions sur “Élections régionales : le nuage de pollution électoral éclipse l’écologie politique

  1. A nouvelle Donne, alors que nous n’avons pas de volontaires pour être candidats, nous sommes clairs sur le fond, patience !
    Trouver nos représentants au conseil régional qui travailleront selon nos valeurs, me paraît légitime maintenant
    Votre lecture nous encourage pour a suite

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  2. Nous n’avons pas assez de volontaires plus exactement ! 184 personnes qui s’engagent sur ce terrain, c’est difficile à trouver, La différence entre s’impliquer et s’engager ?
    Dans l’omelette aux lardons, la poule est impliquée, le cochon, lui… !!!!!!!!!!!!!!!

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  3. Elle est bien bonne celle-là ! Je l’enseignais à mes élèves BPA et BTS agricoles avec l’appui de la MSA en 1983…
    « il est aujourd’hui prouvé que les expositions à des substances polluantes (physiques, chimiques et biologiques), même à des doses faibles mais sur une longue durée, peuvent avoir des effets sur la santé. »…
    C’est l’intoxication chronique !!

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