Montpellier fait sa fête au climat !

Alors que la tenue de la COP21 (Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques de 2015) à Paris approche, le dérèglement climatique prend de plus en plus de place dans les débats de société et devient un sujet incontournable. Montpellier n’y fait pas abstraction et deux visions s’y côtoient. D’un côté, la mairie et la métropole gérées par Philippe Saurel, ont vite sauté dans le train gouvernemental de la COP21. Direction la « croissance verte » ! De l’autre, des associations et des collectifs font pression sur les décideurs et sont bien résolus à changer concrètement et localement les choses. Le choc thermique entre les deux camps était inévitable et c’est pendant le week-end du 26 et 27 septembre dernier que s’est matérialisé ce gouffre séparant les paroles des actes. Le samedi se déroulait le festival institutionnel « Refaisons le Climat » tandis que le dimanche était le jour du festival des alternatives citoyennes, Alternatiba, dans le quartier populaire de La Paillade. Deux jours, deux lieux, deux philosophies et surtout un gros questionnement pour les habitants : « Pourquoi deux événements similaires à un jour d’intervalle ? »

Refaisons le climat ?

Le festival « Refaisons le climat » organisé par la mairie de Montpellier et l’association France Nature Environnement (FNE) avec l’appui de Montpellier Méditerranée Métropole est le résultat de la rencontre de deux événements : la thumb_IMG_7199_1024septième édition de la Fête de la biodiversité municipale ayant habituellement lieu au printemps et la campagne nationale de la FNE ayant pour but de « stimuler la lutte contre le changement climatique ». Le thème du festival était l’eau et le littoral, un sujet brûlant pour une ville située à 10 kilomètres de la mer Méditerranée et qui a subi deux grosses inondations en deux ans, dont la dernière fut meurtrière. Ainsi pouvait-on participer à des ateliers-débats tel que « La mer monte, doit-on reculer ? » ou encore « inondations, ces catastrophes qui n’ont rien de naturel ». La biodiversité et la transition énergétique n’étaient pas en reste et avaient elles aussi leur propre espace.  De nombreuses personnes ont fait le déplacement pour animer l’événement notamment des pays méditerranéens comme la Tunisie, l’Italie ou encore le Maroc. La journée s’est clôturée par un « concert méditerranéen pour le climat ». Un événement labellisé COP21 sans fausse note. Enfin presque.

Refaisons notre image !

Au niveau national la COP21 fait de plus en plus figure de grande opération de greenwashing (verdissage) pour multinationales en mal d’image écolo. En gros « l’argent est davantage investi en COP21-label-300x300publicité que pour de réelles actions en faveur de l’environnement », nous explique Wikipédia. En effet, la liste des mécènes de la COP21 est composée de grandes firmes « climato-incompatibles » selon plusieurs associations altermondialistes et
écologistes. Renault-Nissan, Air France, Suez Environnement, BNP-Paribas,… à tel point qu’Attac se demande s’il ne s’agit pas d’une « conférence des pollueurs ? » Dernièrement c’est l’autorisation de trois permis de recherche d’hydrocarbures et la reconduction de deux autres par le gouvernement à deux mois de la COP21 qui ont fait s’insurger les associations de défense de l’environnement. Ensuite, tombait le projet de loi de finances de 2016 réduisant le budget du ministère de l’environnement. Quelle va être la prochaine surprise ?

Au niveau local la question du greenwashing peut également se poser. Car si l’importance de l’événement et la richesse des activités proposées ne sont pas à démontrer, le cadre de ce dernier appelle au questionnement. De quoi ce festival est-il la caution ? Officiellement la métropole de Montpellier n’était là que pour « appuyer » sa mise en place, officieusement c’est une véritable main-mise qui a été faite par la collectivité présidée par Philippe Saurel, candidat à thumb_IMG_7211_1024l’élection régionale en Languedoc-Roussillon/Midi-Pyrénées. Conférence de presse, message dans le programme, inauguration du festival, construction du site « Montpellier pour le climat », magazine de la métropole spécial « Montpellier s’engage pour le climat », énormes logos de la ville et de la métropole sur l’affiche du festival, supplément promotionnel de La Gazette de Montpellier intitulé « Dérèglements climatiques et biodiversité Montpellier et la Métropole ont pris une longueur d’avance », panneaux publicitaires, oriflammes, banderoles, tracts, Une promotionnelle à Direct Matin Montpellier Plus et même création du mot dièse « #montpelliercop21 ». Le moins qu’on puisse dire c’est que Philippe Saurel n’a pas lésiné sur les moyens ! C’était là l’occasion de montrer son attachement aux questions environnementales tout en faisant oublier son bilan plus que désastreux dans le domaine. Une nécessité électorale pour ce candidat « écologiste ». Eh oui, les multinationales ne sont pas les seules à vouloir verdir leur image ! N’ayant pas le pouvoir de changer l’eau en vin, Philippe Saurel s’est contenté de transformer le béton galopant en une nature luxuriante.

Mission verdissage ! 

Avec ce flot d’argent public, Philippe Saurel aurait pu masquer tous les sujets gênants, mais au contraire, il a usé de la communication afin de faire passer les grands projets contestés pour des atouts environnementaux ! Culotté mais bien pensé. Pourquoi s’embêter avec des explications bancales quand on peut réécrire l’histoire ? Exemples avec le supplément de La Gazette de Montpellier payé par la ville et la métropole. À propos du tramway, la communication officielle fait rêver : « En misant sur le tramway avec toutes les conséquences que cela suppose, Montpellier et Montpellier Méditerranée Métropole se sont dotées d’une arme décisive dans la lutte contre les gaz à effet de thumb_IMG_7535_1024serre ». S’en est presque à oublier que dès son arrivée au pouvoir Philippe Saurel a fait annuler le projet de 5ème ligne qui devait aller de Clapiers à Lavérune.  Le tramway, « arme fatale » ou pas ? Il faudrait savoir ! Toujours côté transport , la propagande métropolitaine ne faiblit pas. « Le déplacement de l’A9, c’est bon pour le climat », peut-on lire un peu plus loin. Une autoroute aux vertus environnementales, personne n’avait jamais osé, voilà qui est fait !

Une petite place est également faite pour le nouveau parking de la gare Saint-Roch en centre-ville, véritable bloc de béton. Juste à côté figure un petit encadré expliquant que pour 2020 l’objectif est de dépasser les 65% de transports autres que la voiture à Montpellier. Avec un parking de 800 places en plein cœur de ville ? Comprenne qui pourra. Les grands projets inutiles sont aussi à l’honneur. La seconde gare en zone inondable dite de La Mogère et le quartier Oz qui l’entourera figurent dans l’inventaire de « L’écocité, la ville du 21ème siècle ». Une page entière est réservée à la montée des eaux, la page suivante est quant à elle dédiée à la « Route de la mer », axe sur lequel l’urbanisation se fait de plus en plus dense tout en précisant que « 140 000 logements et 80 000 personnes sont situés dans une zone affectée par un aléa submersion définitive ou érosion d’ici 2100 dans la région Languedoc-Roussillon ». L’art du double langage. À aucun moment la bétonisation excessive n’est pointée du doigt, tout est bon tant qu’il y a la mention « éco-quartier ». Et si l’eau monte ? « La réalisation d’importants travaux limite considérablement les risques pour les personnes et les biens ». On peut aussi lire que si « le problème est mondial, la solution est locale ». Pourtant ce n’est visiblement pas demain que Montpellier remettra en question son développement. Dans ces conditions que fait donc France Nature Environnement au cœur de cette supercherie ?

FNE complice ?

Les associations co-organisatrices du festival que sont France Nature Environnement Languedoc-Roussillon et Provence-Alpes-Côte d’Azur ont-elles été instrumentalisées ou ont-elles délibérément prêté leur image « verte » à une métropole grisée par le béton dans un intérêt quelconque ? Quoi qu’il en soit ce partenariat est une véritable duperie écolo faite sur le dos du contribuable. Ce n’est pas la seule collaboration incohérente à laquelle la FNE participe. En effet, la liste est longue : Veolia Eau, BNP-Paribas, Lyonnaise des Eaux ou encore Veolia Transport. Des firmes dont les actes ne sont pas toujours très « vert ». FNE, association de protection de l’environnement ou boîte de com’ ?

Pourtant la FNE est très au fait des actions de la métropole de Montpellier en matière d’environnement. « Le conseil métropolitain a refusé de voter le schéma de cohérence écologique, qui identifie les zones constructibles ou pas, et qui thumb_IMG_7201_1024avait été rédigé par l’État et la Région », expliquait Olivier Gourbinot, coordinateur de la FNE LR dans les colonnes de Direct Matin Montpellier Plus (22/09/15). Sur Twitter, c’est la présidente de la FNE Languedoc-Roussillon, Céline Mesquida qui se lâche : « 155 communes déclarées catastrophe naturelle. Peut-on changer de modèle économique en LR? Stop au béton ! » ou encore « Palavas sous l’eau. Imaginez les dégâts avec le sud de Montpellier urbanisée par une nouvelle gare ! ». On voit bien quelle incohérence il y a à se lier à la métropole de Montpellier. Mais pire encore, en Languedoc-Roussillon la FNE est composée de plusieurs associations dont « TGV Sud Territoires Environnement » qui n’a d’autre but que de « promouvoir la réalisation de la la ligne à grande vitesse de TGV entre Nîmes et Perpignan ». Cette même ligne à grande vitesse nécessitant une seconde gare à Montpellier. Côté PACA, on peut voir sur les documents de la FNE qu’elle « agit » avec Réseau Ferré de France (RFF), instigateur du projet de la Gare de La Mogère. Nationalement la FNE est également en partenariat avec la SNCF et RFF. C’est de nouveau la cohérence qui déraille.

En prenant un peu de recul on voit que la situation de Montpellier est unique par rapport à d’autres villes. En effet, la campagne nationale de France Nature Environnement se tenait aussi le samedi 26 septembre à Rennes et à Grenoble mais le comportement des collectivités vis à vis de l’événement n’était pas tout à fait le même. Dans ces deux villes, les élu-e-s étaient bien évidemment présents et n’ont jamais phagocyté la manifestation. Le cas de Grenoble ressemblait en tous points au cas montpelliérain. L’événement de la FNE se tenait là aussi un jour avant Alternatiba, le festival des alternatives, à la différence que ce dernier a été associé à la mobilisation de France Nature Environnement. Si la coopération a été gagnante au cœur des montagnes iséroises, c’est la division qui a primé à Montpellier.

Le succès Alternatiba

Le dimanche 27 septembre, la première édition d’Alternatiba ouvrait les portes du Parc Sophie Desmarets dans le quartier de La Paillade. L’occasion de mettre en avant les initiatives citoyennes mais aussi les luttes locales en matière d’environnement. Prendre part au changement du système tout en faisant pression sur le pouvoir en place, voilà comment on thumb_IMG_7303_1024pourrait résumer la philosophie d’Alternatiba. Un principe qui ne semble pas plaire au maire-président de Montpellier. Si ce dernier se dit souvent « citoyen » dans ses discours et autres tracts, le slogan ne semble pas résister à la réalité du terrain. Quant aux critiques sur sa politique environnementale, elles semblent plus urgente à réduire que l’émission de gaz à effet de serre. Si Philippe Saurel à misé gros sur l’événement où il pouvait passer pour le roi du climat, l’autre mobilisation qui n’est pas adepte du greenwashing a dû se contenter des restes. Faisant avec les moyens du bord, Alternatiba a tout de même réuni entre 10 et 13 000 personnes ! Un véritable succès. Preuve que les habitants ne sont pas dupes, le festival « Refaisons le climat » ne peut pas, lui, en dire autant. Mais qu’importe, pour Philippe Saurel l’importance n’était pas l’affluence de cet événement institutionnel mais son existence permettant une communication à outrance. Oui Alternatiba était bien loin de tout cela et c’est tant mieux. Quant à l’argent public, peut-être aurait-il été plus utile ici que pour ce qui ressemblait beaucoup à une communication électorale.

2 réflexions sur “Montpellier fait sa fête au climat !

  1. « Quant à l’argent public, peut-être aurait-il été plus utile ici que pour ce qui ressemblait beaucoup à une communication électorale »… Pas vraiment, c’était aussi un gage de liberté de ne pas dépendre de financements publics. L’esprit « débrouille », coopération, convivialité donnait beaucoup de sens à cet évènement où les participants n’étaient pas que des « consommateurs d’activité », et c’est assez enthousiasmant de constater qu’on n’a pas nécessairement besoin des pouvoirs publics pour faire des choses (même s’il faut bien sûr avoir le lieu)!

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    • Bonjour,

      Bien sûr, on ne peut que se réjouir de l’indépendance de cet événement qui a d’ailleurs été un succès. Cependant le manque de soutien, surtout logistique (chaises, tables,…) doit quand même être pointé du doigt. Sinon il est toujours possible de rêver à un système politique où les collectivités viendraient en aide à des projets sans arrière pensée électorale, juste pour un coup de pouce aux initiatives citoyenne et pour le bien commun. Mais nous en sommes hélas très loin dans cette ville.

      Hugo Daillan.

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