Précarité énergétique, vite une couverture sociale en Languedoc-Roussillon !

En Languedoc-Roussillon, une des régions les plus pauvres de France, l’arrivée de l’hiver rime avec facture trop chère pour des milliers d’habitants en situation de précarité énergétique. Si le climat plutôt clément au bord de la Méditerranée diminue l’utilisation du chauffage, dans les terres, la situation est alarmante. Gaz, électricité, fioul sont devenus des denrées hors de prix pour celles et ceux, trop nombreux, qui ont des fins de mois difficiles comme le confirme une étude de l’Insee.

thumb_IMG_8089_1024En décembre 2012, l’Hérault connaît un épisode dramatique : « La précarité énergétique tue », titre L’Humanité du 21 mars 2013. Le journal de Jaurès relate effectivement l’histoire d’un homme qui est « mort de froid après une coupure d’énergie ». Plongé dans la précarité et alors handicapé par la maladie, l’homme, habitant de Marseillan, est pris dans la spirale infernale de la pauvreté avant d’être retrouvé mort d’hypothermie suite à un malaise aggravé par une coupure d’EDF. Il ne pouvait plus subvenir à ses besoins. En plein hiver, pour 643,38€ d’impayés, EDF lui coupe le courant. Une coupure fatale donc.

Plus pauvres, plus vulnérables

La précarité énergétique est un vrai enjeu comme vient de le confirmer l’Insee en septembre dernier dans une étude qui n’a été que très peu relayée. « Se chauffer : source importante de dépenses pour près de 100 000 ménages languedociens », est intitulé le document Insee Analyses n°17 (à télécharger dans son intégralité à la fin de cet article). 94 500 ménages consacrent une part importante de leurs revenus au chauffage de leur logement, explique l’institut pour qui « cette vulnérabilité énergétique est particulièrement forte pour les ménages pauvres, touchant un d’entre eux sur quatre ». Les plus touchés sont les étudiants et les retraités.

Certes, en Languedoc-Roussillon, un ménage dépense moins par an pour chauffer son logement (870€) que la moyenne nationale (1 250€). Mais, rappelle l’Insee : « dans une région à forte précarité financière et au taux de pauvreté le plus fort des régions métropolitaines, se chauffer constitue néanmoins un poste de dépenses important au regard du revenu disponible ». Surtout qu’il faut aussi ajouter le coût des transports qui « affecte aussi significativement Visuel1-Vulnérabilité-logementla part »énergétique du budget. » Le choix est alors simple : « renoncer à d’autres dépenses pour se chauffer correctement ou se déplacer ou, au contraire, se résigner à avoir froid ou à se déplacer moins. » Sans oublier l’autre choix par défaut : se voir couper l’énergie pour impayés de facture, même en plein hiver.

Dans la région, 8,3 % des ménages sont en situation de vulnérabilité face aux dépenses de chauffage. L’Insee définit ainsi le concept de « vulnérabilité énergétique » : cela concerne un ménage qui « consacre plus de 8 % de ses revenus pour chauffer son logement et plus de 4,5 % pour ses déplacements ». En France, la moyenne des ménages en vulnérabilité énergétique est de 14,6%. Un critère clé entre alors en jeu : le climat qui « est le premier facteur de disparité pour la vulnérabilité liée au logement, disparité qui se retrouve au sein même de la région : les ménages des zones montagneuses connaissent de plus grandes difficultés. »

Ces zones représentent « 25 800 ménages vulnérables, soit plus du quart des ménages vulnérables languedociens pour seulement 11 % de l’ensemble des ménages. » Au vue de la pauvreté du Languedoc-Roussillon, les habitants des zones montagneuses ont la double peine : un climat froid et des revenus plus faibles. Sont ainsi concernés les Causse-et-Cévennes, Conflent Hauts-Cantons, Pyrénées Audoises-Corbières et Contreforts du Massif Central Ouest. Pour ce qui est du littoral et en particulier les alentours des villes moyennes, « le taux de ménages en situation de vulnérabilité énergétique liée au logement est moindre, mais ces zones plus peuplées regroupent 59 % des ménages vulnérables de la région. »

Électricité, fioul, gaz ?

D’autres indicateurs entrent en jeu dans la vulnérabilité énergétique : le mode de chauffage et l’année de construction des logements. Ainsi, « les ménages chauffés au fioul sont nombreux à être vulnérables : 23 % sur les 143 000 utilisant Visuel3-Ménages-vulnérablesce combustible » en Languedoc-Roussillon. Là encore, on retrouve le fioul en grande partie dans les logements des zones montagneuses ce qui enfonce un peu plus les habitants dans la précarité.

En région, c’est tout de même l’électricité qui est en tête du mode de chauffage faisant tourner à plein régime les centrales nucléaires. 45% des ménages utilisent l’électricité pour une moyenne nationale de 30%. « La part de ménages vulnérables parmi ceux utilisant ce mode de chauffage est proche de la moyenne régionale », explique l’Insee. Quant au gaz de ville, il est « moins répandu dans la région (28 % contre 36 % en moyenne métropolitaine) ». L’Insee indique tout de même que le chauffage au gaz « préserve la grande majorité de ses utilisateurs de la vulnérabilité énergétique ». Ainsi, « seulement 2,6 % des ménages languedociens chauffés au gaz de ville consacrent plus de 8 % de leurs revenus au chauffage de leur logement. » Pour ce qui est des logements, les ménages les plus vulnérables sont ceux habitants dans un logement construit avant 1975 et 15 % en moyenne dans ceux construits avant 1949.

Étudiants, retraités, agriculteurs

Les ménages les plus pauvres restent les plus touchés par le phénomène. Rappelons que Montpellier, c’est 25% de pauvreté et 33% pour Béziers comme l’a démontré l‘Observatoire des inégalités. Ainsi, « parmi les 223 000 ménages languedociens qui disposent de moins de 1 000 € par mois (…) 55 000 sont vulnérables pour le chauffage de leur logement, soit près d’un quart. » Dans ce palmarès de la pauvreté, les plus exposés sont les personnes seules (38 %), de moins de 30 ans (43 %) ou de plus de 75 ans (31 %), les inactifs, les retraités et surtout les étudiants. N’oublions pas le milieu rural où les agriculteurs sont aussi très touchés (32%) car ils ont des revenus « plus faibles et qui occupent plus souvent de grands logements. »

Les ménages pauvres se retrouvent alors pris dans l’étau des factures d’énergie : chauffage et  déplacements occupent une place importante dans un budget plus que contraint. Mais, note l’Insee, « une augmentation de revenu semble FondationAbbePierre-chauffagepermettre de sortir plus rapidement de la vulnérabilité étant donnée la dépense de chauffage inférieure à la moyenne. Ainsi la part de ménages vulnérables baisse fortement, de 25 % pour les pauvres à 8 %, puis 2 % pour les tranches de revenu plus élevé. » Une augmentation des revenus comme le Smic et les minima sociaux permettrait donc de faire sortir la tête hors de l’eau à beaucoup d’habitants du Languedoc-Roussillon.

Pour ce qui est des déplacements, le budget n’est pas anodin non plus. Ainsi, dans la région, 128 800 ménages sont vulnérables aux déplacements, soit 11,3 % des ménages. Un ménage dépense en moyenne 580€ de carburant par an pour « ses déplacements contraints en voiture : entre son domicile et son lieu de travail ou d’études, ou pour accéder aux services de santé ou de la vie quotidienne. » En France, la moyenne de ces dépenses est de 610€ par an. La particularité de cette vulnérabilité liée aux déplacements est qu’elle ne concerne pas que les plus précaires. Elle est « relativement plus forte et atteint également nombre de ménages aux revenus moyens ». Les actifs sont alors les plus touchés car ils cumulent plus de déplacements domicile/travail. Ensuite, à cause du coût de l’immobilier, ils s’éloignent des villes pour se loger et rallongent d’autant les distances.

Fusion sociale

La grande région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées qui sera effective au 1er janvier 2016 va aussi voir fusionner les problématiques sociales. Ainsi, elle compte 282 000 ménages vulnérables pour le chauffage, ce qui représentent tout de même 12 % des ménages ! Les habitants du nord et de l’ouest de la nouvelle région sont les plus touchés. Même si le revenu moyen est plus élevé en Midi-Pyrénées (31 900€ par an) qu’en Languedoc-Roussillon (30 000€ par an), cela « ne suffit pas à compenser les effets d’un climat moins favorable dans la partie nord-ouest de la nouvelle région. »

Visuel4-Vulnérabilité-RégionLRMP

L’énergie tout comme l’eau devrait être élevée au rang de biens communs et tout à chacun devrait pouvoir y accéder sans conditions de moyens. Au sortir de la Seconde guerre mondiale, c’est ainsi qu’avait été pensé Électricité de France (EDF). « EDF a été créé en 1946 comme entreprise publique, à l’issue d’un processus de nationalisation du secteur électrique de notre pays, inscrit dans le programme du Conseil National de la Résistance, mis en place par la volonté conjointe de Jean Moulin et du général de Gaulle », rappelle justement la Fondation Copernic. Délivrer une électricité au même prix aux quatre coins du pays avec un véritable service public associé était l’essence de la pensée du CNR qui mettait l’égalité au cœur de son processus. Aujourd’hui, c’est machines arrières toutes avec une privatisation qui a engendré toute sorte d’agissements. Sauf une baisse effective des factures. L’énergie de sa production à sa consommation se doit d’être au cœur d’un réel débat citoyen confisqué jusqu’alors par les tenants d’une énergie nucléaire incontrôlable. Le système actuel de l’énergie privée produite à n’importe quelle norme anti-environnementale laisse sur le bord de la route les plus pauvres qui, en 2015, ne peuvent pas vivre décemment. Et soixante dix ans après le Conseil national de la résistance, l’opérateur historique EDF en arrive à couper sans vergogne l’énergie à des foyers pauvres.

INSEE Analyses n°17 – septembre 2015 – Jean-Claude Gidrol, Insee – À télécharger ici.

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